LA TORTURE
M. de LO'Uvois, avant que le Roi eût enjoint à M. de la Réynie d'arrêter Mlle des OEillets, avait déjà fait appeler cette dernière dans son cabinet. Là, longuement et avec de grands ménagements, il ravait pressée de questions, espérant ainsi obtenir, — ' le premier, — quelque grave révélation an sujet de Mme de Montespan. Mais la confidente de la marquise n'avoua rien. Elle se contenta de répondre au ministre « qu'il était bien facile de prouver son innocence en la confrontant avec les autres accusés enfermés au donjon de Vincennes. On verrait bien s'ils la reconnaîtraient ». Prise de peur, cependant, après cet interrogatoire, et devant les accusations plus précises chaque jour, des OEillets ne se sentant plus en sécurité chez sa maîtresse, se réfugia à Paris, rue du Regard, chez son amant Leroy, qui, compromis, lui aussi, avait dû se démettre de sa charge. La maison, diu gonverneur des pages de la Petite Ecurie était trop connue pour qu'elle Dût offrir un abri sûr. Et, conseillée par Mtoe de Montespan, Leroy et des
OEillets s'en vinront, SO'US un! nom supposé, élire domicile rue de Verneuil.
La prudente suivante ne réussit point à se so'ustraire longtemps aux actives recherches des agents de M. de la Reynie. Deux mois après son installation, un exempt, accompagné de quatre hoquetons, se saisissait d'elle et la conduisait au donjon de Vincennes.
Le soir même, le lieutenant de police procédait à son interrogatoire et faisait de vains efforts pour en obtenir des aveux qui confirmassent la déposition de Lesage. Elle persista à nier. Alors, obéissant à une lettre de M. de Louvods, la Reynie, dans la chambre de M. de Valicourt, lieutenant aux gardes, confronta des OEillets- avec les principaux accusés qui, tous, la reconnurent, à Texception d'une de ses amies, Mme de Villedieu, prévenue à temps.
Il s'agissait maintenant^: d'arrêter Tabbéi Guibourg qui, jusqu'ici, avait vécu sans être inquiété. Le lieutenant de police, devani les C;harges qui pesaient sur le prêtre sacrilège, se décida à lancer un décret de prise de corps. Mais Guibourg avait quitté la rue Jean-Tison et était allé demander asile au curé d'issy. Lai Reynie, a,ussitôt, envoya ses agents dans ce village des environs de Pairis. L'abbé venait encore de changer de paroisse. Enfui sur de nouvelles indications, au mois d'août de cette année 1679, à l'aube, deux exempts, sous les ordres de l'infatigable' Desgrez, descendirent de carrosse devant le presbytère de Vanves, et, plus heureux cette fois, purent s'emparer du prêtre et l'emmener à Vincennes.
Dès qu'il luL avisé de côLLe. capture, La Reyuie se rendit auprès du prisonnier pour Tinterroger. Et, malgré toutes les subtilités, tontes les prières, toutes les menaces même du lieutenant de police, Gruibonrg, comme sa complice des OEillets, garda un silence obstiné.
L'un après l'autre, les principauix acteurs de cette sinistre affaire furent interrogés avec un soin minutieux. La Reynie, en la circonstance, fit preuve d'une grande activité et du dévouement le plus complet. Mais ce zèle lui attira une foule d'ennemis. Pour le défendre contre ceux, qui, chaque jour plus nombreux, l'insultaient sur son passage et proféraient des menaces de mort, le Roi mit à sa disposition une escorte. Dès lors, le lieutenant général de police n'alla plus à Vincennes que protégé par des archers à chevaL
Cependant, malgré les révélations si graves de Lesage, nulle charge nouvelle n'était venue étayer la terrible accusation portée contre Mme deMontespan. On avait su, d'ailleurs, faire comprendre aux autres prisonniers tout le prix qu'on attachait à leur silence. Et ils furent unanimes à nier leurs relations avec la marquise.
Cette longue procédure terminée, et après bien des hésitations de la part du Roi, Catherine Voisin comparut enlln devant la Chambre Ardente. Ses dénégations des premiers jours ne purent tenir devant l'évidence de ses crimes, et elle se mit à parler. Maintenant qu'ehe se voyait perdue, elle nommait tous' ceux qui, en maintes circonstances, eurent recours à son expérience d'empoisonneuse et d'avorteuse. Elle espérait ainsi compromettre
de hauts personnages et faire réfléchir les magistrats. Ceux-ci, pensait-elle, n'oseraient pas assumer la responisabilité d'une sentence qui afficherait au pilori de THistoire toute l'hermine et tout le blason de France- Mais, au milieu de ses dénonciations, Catherine tint ses engagements : seule, madame de Montespan fut épargnée. ^ -
Messieurs les commissaires, après de laborieux débats, se montrèrent justement impitoyables pour la sorcière. En dépit des menaces anonymes qui, chaque jour, leur arrivaient, des démarches tenté>es par des personnages illustres, de Tintervention même de ceriajines femmes de magistrats, ils déclarèrent la Voisin « dûment atteinte et convaincue de crimes d'empoisonnemencs, d'avortémezit, de séduction, d'impiétés, de profanations ». Et le 19 février 1680, la Chambre de l'Arsenal ordonnait que Catherine Deshayes, femme d'Antoine Montvoisin, serait brûlée vive en place de Grève, après avoir subi la question ordinaire et extraordinaire des brodequins, et fait publiquement amende honorable. De plus, le procureur général Robert, voulant remplir son devoir jusqu'au bout, — ' et aussi afm de jeter l'effroi parmi les empoisonneurs, — requit que « la devineresse eût la laaigue percée et le poing coupé ». Mais la Chambre repoussa ces cruautés préalables, obéissant, celte fois, à des désirs venus de haut.
Pourtant, ces mêmes juges n'avaient pas hésité à faire couper le poing à la Ferry et à la Philibert, empoisonneuses moins coupables que la pythonisse de la rue Beauregard, Il est vrai qu'une oc-
?5^ LA MESSE NOIHE
cuUe puissance continuera de protéger la grande criminelle dans îa salle de la question et jusque sur le bûcher.
Dès que le greffier SagoL lui eut lu la terrible sentemce, Catherine Voisin fut reconduite au donjon d& Vincennes.
Certes, depuis près d'un an qu'elle était captive^ dans la solitude de son cachot, elle avait envisagé souvent l'éventualité de la mort. Mais en pensant à Mme de Montespan, elle s'était dit qu'on adoucirait sa dernière heure.
C'en était fait, il fallait qu'elle payât sa dette. Toute sa vie lui apparut. Elle se rappela une prédiction de son amie, la Trianon, emprisonnée comme elle dans ce même donjon. On aivaii confronté sou\ent les deux sorcières et leurs cachots se touchaient. La Trianon n'avaii-elle pas annoncé que la Voisin, se^^rait a accusée et coupable de lèse majesté? » En etfet, les devineresses, s'inquiétant parfois de leur propre destinée, dressaient récipo^oquement leur horoscope, et l'on trouva dans les papiers de ia Trianon deux (( figuresi », — qui avaient été mises sous le scellé, et « tirées » bien avajnt l'arrestation de Gatheiine, — où il était dit que « la Voisin serait impliquée dans quelque crime d'Etat ».
Ah î combien Catherine, maintenant, devait rendre un triste hommage k cet art funeste des devins!
Devant l'effroyable perspective du supplice prochain, elle eut une subite révolte, puis elle retomba dans les douloureuses ang^ois^es. de Tattente.
De pénibles incertitudes, d'anxieuses interrogations se heurtaient en son esprit.
Comment, après les promesses de Fabbé Guibourg — au nom de Mme de Montespan — avaitelle pu être condamnée à une si abominable fln ? Oui, elle s'attendait à la mort. Ses crim.es étaient trop nombreux et trop épouvantables pour qu'elle ne Feût méritée; mais la torture? — la torture !... Et tout son être frémissait d'horreur.
Si, comme la Vigoureux (1), elle allait rendre le dernier soupir dans la salle de la question ! Pourquoi la marquise, au dernier moment, n'était-elle pas intervenue? Quel intérêt si puissant l'avait obligée à manquer à sa parole ?
Deux longs jours se passèrent dans ces appréhensions.
Le mercredi, 2i février, vers sept heures du matin, Catherine, transie de froid, accoudée au bord de sa couche, cherchait à chasser les sombres pressentiments qui l'assaillaient.
Les premières lueurs de l'aube, en ce triste hiver, glissaient entre les barreaux de la fenêtre étroite. Derrière les vitres zébrées de givre, d'épais flocons de neige tourbillonnaient; la bise sifflait, lugubrement; de sinistres sonnailles de clefs tintaient dans les couloirs; les pas lourds des senti-
(1) La Vigoureux, condamnée à être pendue en place de Grève avec la Bosse et la Ferry, était morte au milieu des tourments de la question^le 9 mai 1679.
Le médecin et le chirurgien présents, pour excuser sans doute l'exécuteur-questionnaire , font celte mention plutôt bizarre : « Meurt à quatre heures d'un abcès dans la tête ». Ce cas pathologique déterminé par les brodequins valait la pein^ d'être signalé.
nelles martelaient les dalles sonores du chemin de ronde, réveillaient de lointains échos.
Le grincement des verrous tira Catherine de sa rêverie.
Le gouverneur du donjon, M. de La Ferronays, accompagné du juge, M. de Bezons, et du greffier Sagot, piénétra dans la chambre de la devineresse. Derrière eux, deux porte-clefs attendaient. Quatre hommes arrivèrent ensuite et, sur un signe de M. de La Ferronays, entourèrent le lit de la Voisin.
— Catherine Deshayes, commença le juge;, il y. a trois jours, la Chambre Ardente vous condamna à être brûlée vive, et décida qu'avant Texécution de ce jugement, vous subiriez la question ordinaire et extraordinaire des brodequins, et feriez ensuite amende honorable. Le moment de Fexpiation est venu.
Si la miséricorde divine est infmie, la justice humaine est implacable... Priez Dieu qu'il vous accorde la force nécessaire pour supporter coura,geusement le châtiment qu'ont mérité vos crimes.
Incertaine encore de la réalité de ce qu'elle voyait et de ce qu'elle entendait, Catherine, effrayée, cherchait à comprendre le sens redoutable de ces paroles.
Les mains crispées, les yeux hagards, elle demeurait immobile, pâle d'une livide pâleur.
Le magistrat reprit :
— Pourtaiit, Catherine Deshayes, vous pourriez, malgré la décision de la Chambre royale de l'Arsenal, éviter la question... Consentez à avouer les noms de ceux de vos complices que vous vous
êtes refusée jusqu'ici à faire connaître, et ditesnous tout ce que vous nous avez ca,ché : la torture vous sera épargnée.
Prostrée, la devineresse n'entendit pas.
Le juge répéta sa demande :
— Voulez-vous, avant de mourir, nous dire tout ce que vous nous avez caché ?
Et, comme Catherine persistait à ne pas répondre, M. de La Ferronays, sur un signe du juge, commanda aux porte-clefs :
— ■ Emmenez-la!
Pieds et poings liés, la devineresse fut déposée sur une étroite civière; la porte retomba sur le cachot vide et la petite troupe s'en fut par le labyrinthe des couloirs obscurs.
On arriva bientôt à la salle de la question.
C'était une sorte de vaste crypte dont les voûtes hautes se perdaient dans de la nuit; nulle fenêtre n:éclairait cette pièce; seules, des torches, çà et là, jetaient une tremblotante lueur sur les mnrailles et les piliers largement espacés où pendaient, en une perpétuelle menace, d'effroyables instruments de supplice.
Tout au fond, sur une estrade, M. de Bezons avait pris place; près de lui, le greffier Sagot s'apprêtait à écrire; derrière la patiente, l'exécuteur questionnaire, Claude Amyot, et ses A^alets attendaient les ordres.
La devineresse promena autour d'elle un regard éperdu. A ses côtés, se tenaient le médecin Vesou et le chirurgien Morel qui, après un examen sommaire, déclarèrent, qu'elle était en état de subir la question.
Ainsi, le doute, maintenant, ne pouvait plus
subsister. Mme de Montespan avait oublié ses promesses. Celte fois, tout était fini. Dieu et les hommes rabandonnaient, et, sans rémission, on la livrait aux mains cruelles de Texécuteur questionnaire.
Alors, la vue de ce spectacle lui rendit toute son énergie. Une soudaine décision naquit en son esr prit. Puisque la torture était inévitable, puisqu'on la sacrifiait, pourquoi persisterait-elle plus longtemps à se taire? Elle allait tout dire — tout ce qu'elle savait, tous les sacrilèges et toutes les impiétés, les crimes même qu'elle commit pour Mme de Montespan et la part que celle-ci y prit. Elle ne la ménagerait pas plus qu'elle n'avait ménagé ses autres complices, et la dénoncerait comme elle avait dénoncé tous ses clients de qualité.
Elle che^rcha des yeux, dans l'ombre, le juge chargé de l'interroger et aperçut les valets qui choisissaient, parmi, les coins entassés au pied d'un pilier, ceux qui serviraient au supplice.
Elle se préparait à appeler, lorsque; l'exécuteur questionnaire, profitant de l'inattention du magistrat, quitta ses aides et s'en vint rapidement au siège de torture sur lequel on avait placé la devineresse, après ravoir « admonestée ». Il se pencha, et la condamnée entendit cette phrase murmurée à SO'U oreille :
— Du courage! Ne craignez rien, vous ne souffrirez pas... On s'est occupé de vous... N'avouez rien et simulez la douleur!...
Surprise au milieu des affres de cette agonie commencée, Catherine, fit un effort pour se soulever, tourner la tête et tâcher d'apercevoir celui
dont les paroles avaient, jeté une consolation en son âme. Mais l'homme, déjà, ayant rejoint ses valets, continuait les lugubres préparatifs.
Les pensées les plus diverses agitaient la Voisin. Etait-ce donc vrai?... Mme de Moniespan était-elle encore assez pitoyable pour épargner à celle €|ui l'avait conduite autrefois à la gloire-et à la fortune les indicibles douleurs de la question ?
Les valets, sur l'ordre du juge, avancèrent les pièces qui composaient l'appareil du brodequin. C'étaient quatre planches de chêne percées de trous dans lesquels on introduisait une corde qui servait de lacet. Entre ces planches, on mettait les jambes du patient. Puis, à l'aide de hens solides, on rapprochait l'un de" l'autre les deux membres. C'est alors qu'un valet plaçait entre les planches du milieu un coin de bois ou de métal, et son compagnon, d'un formidahle coup de maillet, faisait entrer ce coin dans l'appareil. On entendait un cri, un craquement sec d'os brisés. Huit tois, les bourreaux recommençaient! Ijeur inhumaine besogne, durant que, impassiblement, le juge interrogeait le patient et que le greffier tran'scrivait le procès-verbal d'interrogatoire.
Du sang empourprait les chairs écrasées et le malheureux, à bout de forces, exhalait un suprême aveu, ou, ce qui était presque toujours l'exception, emportait son secret dans la mort.
Cependant, Claude Amyot venait de donner luimême un coup d'œil au travail préparatoire de ses aides.
— • Tout est-il prêt ? demanda M. de Bezons.
— Tout est prêt, répondit l'exécuteur questionnaire.
Le juge s'approcha de la condamnée, la considéra quelques instants, puis, gravement, il com^ m en ça :
— Catherine Deshayes^ je vous exhorte, dans ce moment suprême, de reconnaître la vérité, et de ne rien dire des noms de vos comphces et des faits sur lesquels vous avez été interrogée, qui ne soit véritable.
— J'ai dit tout ce que j'avais à dire, répondit Catherine. Qu'on me fasse subir tels tourments qu'on voudra, je n'en pourrai dire davantage. Je demande à Dieu qu'il lui plaise de me donner des forces pour souffrir, puisque Dieu le veut î
Après un silence, le magistrat reprit :
— Encore une fois^ Catherine Deshayes, je vous exhorte de ne pas vous laisser tourmenter et de reconnaître la vérité.
— Que Dieu me fasse miséricorde, monsieur !
C'est la seule chose que (je puisse dire.
— C'est bien ! Qu'on lui applique le premier coin de l'ordinaire, commanda le juge.
Un des valets frappa.
— Reconnaissez-vous, prononça M. de Bezons, avoir porté des poudres à Saint-Germain, et voulez- vons nous dire à qui vous destiniez Cies poudres ? ,
— • Je n'ai jamais été à Saint-Germain, je n'y ai jamais porté de poudres;,) je ne connais point Mlle des OEillets et n'eus jamais de commerce avec elle.
— Continuez ! dit le juge au valet, qui frappa de nouveau.
— Ah ! mon Dieu, mon Dieu ! Ah ! Sainte- Vierge, ayez pitié de moi I s'écria la devineresse.
Un signe de M. de Bezons fit retomber le maillet sur un troisième coin.
— Grâce! grâce! clama Catherine. Mais je ne sais plus rien, plus rien... Que voulez-vous donc me faire dire ?
La Voisin en réalité, ne ressentait aucune douleur. Les valets avaient omis de resserrer les cordes qui maintenaient les deux jambes Tune contre rautre, et la devineresse, intéressée la première à dissimuler cette supercherie, criait, gémissait, jouait son rôle à merveille. Le magistrat, qui réglait Tordre de la question, ne pouvait .soupçonner la comphcité de Texécuteur questionnaire.
A chaque nouvelle dénégation de la de\âneresse, les valets, sur Tordre du juge, plaçaient un nouveau coin et frappaient.
Pour la dernière fols, M. de Bezons répéta sa demande, et, pour la dernière fois, les valets frappèrent.
— ■ Oh ! grâce, grâce, monsieur ! supplia encore la Voisin. Ayez pitié de moi ! Voyez combien je souffre... En Tétat où je suis et n'attendant plus que la mort^ je serais bien misérable, devant rendre compte de mes actions à Dieu, de ne point reconnaître la vérité.
Espérant enfln des aveux, M. de Bezons se pencha vers la patiente, et presque avec; bienveiT lance :
— Parlez, Catherine Deshayes, parlez et Dieu
clément, « père des miséricordes »» vous pardonnera vos crimes.
D'une voix faible, comme si la question eût épuisé toutes ses forces, Catherine murmura :
— Je n'ai jamais porté de poudres à Saint-Germain, ni à Versailles... Je ne connais point Mlle des OEillets, et tout ce que je puis répéter pour la décharg-e de ma conscience, c'est qu'un grand nombre de personnes de toutes sortes de conditions et de qualité se sont adressées à moi, pour demander la mort d'autres personnes, et c'est la débauche qui est le premier mobile de tous ces désordres... Et, maintenant, de grâce, monsieur, ne prolongez pas plus longtemps ma torture...
La question extraordinaire s'arrêtait toujours au huitième coin; la Voisin venait de la subir jusqu'au bout.
— Qu'on la déchausse, ordonna le magistrat, et qu'on la porte sur le matelas. Demain matin, elle sera conduite à la Bastille, et, de là, en place de Grève, pour y être livrée à Fexécuteur de la haute justice, après qu'elle aura fait amende honorable à Notre-Dame, ainsi que l'ont prescrit messieurs de la Chambre de l'Arsenal.
Et, se tournant vers le fond de la salle, il aoouta:
— Messieurs les pénitenciers, vous pouvez commencer votre saint office. De ce moment, la condamnée n'appartient plus qu'à Dieu, et lui seul, désormais, sera son juge.
Deux hommes, vêtus de noir, s'avancèrent. Au fond des ouvertures ménagées dans leurs capuces, des yeux brillaient.
L'un et Taulre se placèrent de chaque côté du matelas où était couchée la devineresse, et des prières montèrent vers les voûtes hautes, entre les lueurs tremblantes de deux cierges dont les flammes se mouraient.