‹ La messe noireChapitre 4 sur 30 · LES FAIBLESSES DU GRAND ROI · texte numérisé non relu

LES FAIBLESSES DU GRAND ROI

Afin d'éviter tout commentaire, malveillant, Mme de Mo^ntespan ne crut pas devoir présenter elle-même son sauveur au monarque; elle, chargea de ce soin son frère., le maréchal de Vivonne.

Louis aimait les jeunes courages, les cœurs ardents, enthousiastes et dévoués. A défaut d'un personnel génie, nul ne possédait mieux la science des hommes, ne les jugeait plus 'sûrement, ni plus vite. D'un regard, il savait lire au fond des âmes et les apprécier à leur valeur erxacte.

Avec cette politesse et cette bonne grâce qui faisaient de lui le premier gentilhomme de son royaume, le Ptoi accueillit l'hommage empressé d'Olivier. Même, l'extrême timidité du chevaher contribua encore à lui mériter" l'auguste bienveillance du, monarque. Sa mâle beauté et soni air de franchise firent le reste.

Peu de temps après cette présentatiO'n, Mour sieur, frère du Roi, agréait le chevalier de Lussac en qualité de gentilhomme de sa maison.

De ce jour, commença pour la presque Reine et pour son adora leur passionné une vie dei délices que troublaient seuls tant de regards jaloux, épiaurs et hostiles.

Aussi, pour fuir tous les yeux indiscrets, la favorite quitta ses appartements de Saint-Gerrnain et se relira dans son château de Glagny. C'est là qu'Olivier, presque chaque jour, venait retrouver sa maîtresse...

Le Roi, surpris des rares apparitions de Mme de Monlespan à la Cour, désira connaître les motif § de cette retraite. Athénaïs fit rCpondre qu'elle avait « ses vapeurs » et pria le monarque de bien vouloir lui permettre dei prolonger encore son séjour -à Clagny.

Si Louis XIV imposait à Mme de Adontespan par sa grandeur, si elle craignait le Roi et admirait rhomme, elle n'avait, véritablement, jamais éprouvé pour lui de sincère attachement, et, depuis qu'un amour vrai s'était emparé de son cœur, son indifférence n'avait fait que grandir. Malgré tous ses efforts et toute son habileté pour tenir secrète sa passion, elle ne savait même plus cacher l'embarras que lui causait la présence de son royal maître.

Louis, qui s'était aperçu de cette gène, essaya en vain d'en découvrir, les raisons. Bien qu'il n'aimât plus Athénaïs comme il l'avait aimée, et qu'il alflchât publiquement ses liaisons passagères avec maintes dames du palais, il ne put rester insensible ■ à cette nouvelle bouderie. Des doutes, d'abord, naquirent en son esprit^ mais son orgueil souve-

rain les repoussa, et il fit ses propres infidélités la cause de ce changement d'humeur.

Pourtant, dans son impatience de savoir la vérité, un matin, à l'improviste, le Roi se rendit à Glagny. A ce moment, Olivier sortait du parc par une porte dérobée... Quelques instants plus tôt, et le chevalier de Lussac eût été surpris.

Louis, feignant de ne pas s'apercevoir de la contrainte causée par sa présence inopinée, prit la main de la marquise et la porta à ses lèvres.

— Votre indisposition m'avait inquiété, madame, et je suis venu prendre moi-même de vos nouvelles...

— ' Vraiment ? c'est trop de bonté de la part de Votre Majesté...

Le ton un peu ironique de ces paroles n'échappa point au monarque.

— Pourrais-ije agir autrement à votre égard, madame ? demanda Louis.

Sans répondre, Mme de Montespan, froidement, observait le Roi. Et Louis lut dans les yeux d'Athénaïs tous les griefs qui s'y étaient eunassés. Troublé, se rappelant ses trahisons. amoureuses, il vit alors combien il avait de reproches à s'adresser. Il ne put\soutenir ce regard scrutateur et, •éprouvant quelque remords,- il baissa la tête.

Athénaïs eut plus que jamais conscience de son empire. Accablant to-ujours le Roi de son blâme muet, elle oubha la passion de Lussac pour profiter de l'avantage que lui offrait un hasard opportun. '

Non, elle ne saurait renoncer à ses visées ambitieuses... Et l'amour d'Olivier, quelque sincère et

grand qu'lL fût, devait, en ce moment, s'effacer devant le Roi, seul dispensateur des fortunes et des gloires I

A tout prix, il fallait qu'elle raffermît son crédit un instant ébranlé, et que, réduisant à néant les perfides propos de ses ennemis, elle ramenât enfin à elle son royal amant. Nul doute qu'il en fût temps encore.

La question posée par l'inconstant monarque lui donnait une arme dont elle pourrait, peut-être, se servir utilement.

— Vous ne répondez point, reprit Louis, qui, peu à peu s'était remis. Vous aurais-je causé quelque peine ?

— Oh! Sire, cela serait que je ne me permettrais pas de vous en faire rave'u... D'ailleurs, de quoi me plaindrais-je ?... Vous m'avez jusqu'ici comblée de vos bienfaits, et je vous en suis toujours profondément reconnaissante... Et si des méchants ou des envieux ont essayé, par leurs médisances; d'effacer mon nom de votre cœur, c'est contre eux seuls que se dresseraient mes griefs...

' — Que voulez-vous dire. Madame ? s'écria Louis, piqué. Vous vous méprenez... Je n'ai guère l'habitude d'écouter -les médisants, qt si quelqu'un, fût-ce l'hommie le plus illustre du Royaume, se per-, mettait de vous desser-Aâr auprès de moi, je le chasserais immédiatement pour ne pas lui briser ma canne sur les épaules.... Sonvenez-vous de Lauzun!... (1) Pourquoi de votre part de semblables

(1) Le comte de Lauzun, qui' sollicitait la charge de ^randmaître de rartillerie, avait prié M"^^ de Montespan de l'appuyer auprès de Louis XIV. La Favorite lui promit d'en parler le soir

insinuations?.,. Je suis le Roi, madame... Vous paraissez l'oublier.

— Le Roi O'Ublie qu'il est le père de mes enfants?

— Non, madame, je ne l'oublie point et ne l'oublierai jamais... J'ai simplement répondu à vos imprudentes paroles...

C'était comme une revanche que la Majesté Jloyale — après le recul de l'amant — venait de prendre sur la hautaine et subtile l'avorite.

La marquise comprit qu'elle était allée trop loin. Subitement, elle eut recours aux moyens extrêmes. Elle quitta sa fière attitude. Elle se fit ires humble et très tendre et elle laissa tomber ces mots tout tremblants d'émotion:

— Oh! Sire, pardonnez-moi, de grâce...

Et le Roi crut voir alors dans les yeux d'Athénaïs — dans ces beaux yeux qu'un pleur voilait déjà, — une suprême imploration, un profond regret.

môme au monarque. Mais Lauzun avait sans doute d'excellentes raisons pour ne pas compter sur ces promesses. Méfiant, il soudoya à prix d'or une des femmes de chambre de la marquise, pénétra dans les appartements où le Roi et sa maîtresse devaient passer quelques heures et se glissa sous le lit. C'est ainsi que. témoin des ébats des deux amants, il entendit leur conversation. Bien loin de l'appuyer auprès de Louis XIV, M'^*'' de Montespan déconseilla fortement celui-ci d'accorder cette charge au comte de Lauzun, qui, furieux, se. rendit, dès le lendemain, à la Cour et, devant Louis XIV, reprocha publiquement à la favorito sa déloyauté, avouant ainsi sa téméraire et indiscrète curiosité. Plein de colère, le Roi s'avança vers Lauzun, la canne levée, prêt à châtier; mais regrettant bientôt son geste de violence, il jeta sa canna par la fenêtre entr'ouverte et fit immédiatement chasser delà Cour le comte de Lauzun, qui fut enfermé au château de Pignerol, où il demeura dix années. Il n'en sortit que grâce à M^'- de Montpensier, cousine de Louis XIV, qui, à force de prières et de concessions, finit par obtenir sa liberté.

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— Sire, dites-moi que vous mei pardonnez... répéta la Favorite.

Touché plus qu'il ne le voulait paraître, Louis, qui avait peur des sanglots, répondit, déjà reconquis. :

— Qui doue, madame, saurait rester insensible à vos prières?

— Ahl Sire, fit Athénaïs, voyez, je pleure parce que VO'US ne m'aimez plus! ^ '

— ' Oh! madame! se récria le Roi, ému... Pouvez-vous croire?.,.

— Hélas! depuis que je vous appartiens, Sire^ tant d' obstacles se sont élevés entre nous, que j'en suis venue parfois — pardonnez encore ma franchise — à douter de votre affection... La mienne, pourtant, croyez-le, ne s'est pas démentie) un instant, et mon seul, mon plus grand désir, serait d'être assurée que vous m'aimez comme je vous aimel

Sa voix caiine, un peu traînante, ses beaux yeux suppliants dissipèrent d'un seul coup les appréhernsions du monarque, et lui rappelèrent ce vers, si aimable et si vrai :

Paroles et regards, tout est charme dans vous..^ (1)

Et tendrement, Louis attira dans ses bras Athénaïs....

Cette fois encore la ce beauté triomphante » avait repris tout son empire.

(1) La Fonlaioe. Dédicace de son second recueil de fables à M""' de Montespan.

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