‹ La messe noireChapitre 9 sur 30 · LE COMPLOT · texte numérisé non relu

LE COMPLOT

A la fm du mois de janvier^ sur- 1-es neuf heures du soir, une femme, enveloppée dans un longmanteau sombre, le visage masqué, et un homme de haute taille .allaient côte à côte, silencieux, à pas pressés. Parfois ils se retournaient, fouillaient l'ombre du regard, comme s'ils eussent craint d'être épiés ou suivis, puis continuaient leur marche dans la direction de la Ville Neuve. Une fois arrivés en haut de la montée Poissonnière, ils prirent à droite et s'engagèrent dans la rue Beauregard.

Le quartier, à cette heure, était désert et plongé dans l'obscurité la plus complète. Le Cabaret de la Bonne Eau, si bruyant dans la journée, et la boutique du chandelier qui ne désemplissait pas du matin au soir avaient leurs volets hermétiquement fermés. Au bout d'une cinquantaine de pas les nocturnes promeneurs s'arrêtèrent, à gauche dans la rue, devant le portail d'une maison située proche Téglise Notre - Dame r de - Bonne - Nouvelle. C'était là 'qu'habitait Catherine Voisin.

Après quelques coups du lourd marteau, la porto

iourna sur ses gonds et, rapides, l'homme el la femme disparurent dans le corridor, oii tremblait la flamme d'une veilleuse.

La devineresse était venue ouvrir elle-même.

Elle- introduisit les deux visiteurs dans son cabinet. Un flambeau posé sur la haute cheminée éclairait la pièce. Des bûches flambaient dans l'âtre.

Catherine Voisin poussa la porte et, d'un geste, après avoir salué, elle indiqua un siège à l'homme. Puis, s'adressant à sa compagne:

— Vous êtes exacte au rendez-vous, des OEillets. Je vous attendais avec impatience.

— Nous ne pouvions retarder plus longtemps cette entrevue, dit Mlle des OEillets, car mylord — elle désigna, son compagnon — doit repartir à la pointe du jour pour Calais et, de là, regagner l'Angleterre.

— Gomment! mylord? fit Catherine en se tournant vers l'étranger... Vous n'êtes à, Paris que der puis ce matin, et vous vous préparez déjà à nons quitter, sans prendre le moindre repos?...

— Il n'est point de repos, madame, quand il s'agit d'exécuter les desseins de Dieu. Au nom de mon parti, je viens vous prier d&me rendre compte de la mission qui vous a été confiée. Ditesrmoi les causes qui en ont retardé l'accomplissement. Nous n'avons pas trouvé en vous, madame, le concours que nous étions en droit d'attendre...

Catherine, assez surprise par un tel exorde, se récria ;

— Sonl-ce des reproches que vous m'adressez, mylord? Je ne les mérite point, car du jour oii les partisans d'Angleterre et de Hollande ont daigné

rn'honorer de leur confiance et m'ont chargée, par votre entremise, d'une mission dont j'ai bien compris tout l'intérêt, soyez persuadé que je n'ai pas perdu un seul instant...

Oui, certes, la tâche est périlleuse, et il est plus difficile de supprimer un roi qu'un manant.

— • NO'US le savons, madame, mais voilà quatre ans déjà que nous attendons! Chaque jour qui s'écoule apporte une persécution nouvelle contre les protestants... Il est temps que l'oppresseur disparaisse. A l'époque où je vins en, France, en compagnie de lord Buckingham, il y a de cela huit ans, Mlle des OEillets me vanta maintes, fois votre talent Certes, les cérémonies auxquelles vous me fîtes assister me frappèrent d'étonnement. Trois ans plus tard, c'est-à-dire en 1675, lorsque d'accord avec mes frères réfugiés, nous décidâmes la mort du tyran, nous n'avons pas hésité à vous faire la confidente de nos projets... Vous avez accepté nos propositions et nous vous avons remis sans aucune arrlère^pensée, tout l'argent que vous nous demandiez. Nous vous avons promis, en outre, une somme de cent mille écus d'or, le jour où vous auriez réussi, et nous vous assurions asile en Angleterrre, à vous et à votre fille... Voilà quatre ans de cela, je vous répète et je me demande aujourd'hui si vraiment vous avez eu dessein de nous servir?

Mlle des OEillets, un peu émue, mais confiante en une satisfaisante répoaise, regarda Mme Voisin.

Catherine, impassiblement, avait écouté les reproches de l'étranger.

Très calme, elle prît la parole.

— A vous, mylord, je parlerai en toute sincé-

Ol LA MESSE NOIRE

rite... Croyez que, si j'ai accepté une telle mission, c'est que je me sentais de taille à la mener à bonne fm... Mais, en souscrivant aux conditions que vous m'aviez imposées, je ne m'étais pas engagée à réussir à da,to fixe... Pourtant, je tiens à vous prouver que je suis toujours digne de votre confiance. Depuis des années, en effet, je me suis mise à l'œuvre, et lentement, je vais à mon but — que je suis, enfin, près d'atteindre!... Ecoutez myiord... Avant deux mois, — j'en fais ici le serment, solennel sur toutes les puissances ocmîtes qui me protèg^ent, — avant deux mois, le Ptoi ne sera plus... Voilà, myiord, ce que vous pourrez assurer à vos amis d'Angleterre et de Hollande.

Sombre, la devineresse ajouta:

— Déjà, la Reine de France a failli précéder de quelques semaines dans la tombe son tout puissant époux.

— La Reine de FranccL?

— Oui, myiord... la Reine! Ne faut-il pas être inexorable, frapper sans pitié, comme sans pitié on a persécuté vos frères? La, race des B'ourbons et celle des Stuarts sont des races maudites!

— C'est vrai, madame... Mais la Reine Marier Thérèse n'est pas coupable, et Dieu n'a jamais demandé l'holocauste des victimes innocentesi.

— Peste, répliqua Catherine, piquée'... Vous paraissez ne plus vous souvenir de Madame. Le crime que, selon vous, elle commit en allant signer à Douvres un traité d'alliance avec Charles II, méritait-il do'uc le châtiment dont vous n'avez pas hésité à la frapper, messieurs les partisans d'Angleterre!

-- Madame!..., s'écria' Fétranger. Que voulezvous dire?

— ' Je sais tout, mylord. Il m'était facile de connaître les intrigues qui se nouaient chez la première femme de Monsieur. Plusieurs de ses familiers, Mme de SaintrMartin., sa femme de chambre, Mme de Gordon, votre compatriote, étaient aussi de mes meilleures amies. D'autre part, M. le comte de Beuvron, capitaine des gardes de Monsieur, le marquis d'Effiat, grand écuyer et- grand veneur de Monsieur, le chevalier d'Hanyvel, M. de Morelli, ce petit gentilhomme provençal que vous vîtes une fois chez moi, rue Beauregard, et dont les mœurs semblèrent vous effaroucher si fort, étaient tous de l'entourage de Madame, et ils avaient souvent recours à mes services...

A^ous voyez donc, mylord, que je n'ignorais rien de ce qui se tramait autour de la Princesse.

Mme Voisin triomphait.

Le verbe haut et incisif, elle exerçait son irrésistible ascendant. Mlle des OEillets avait, plusieurs fois, au cours de cet étrange débat, rendu un discret hommage à la devineresse en opinant doucement de la tête. La jolie suivante jouissait de cette lutte oratoire, dans laquelle Catherine étalait toute son éloquence.

Visiblement gêné, l'étranger interrompit Catherine Voisin :

— Je ne suis point venu, madame, dit-il un peu rudement, pour apprendre ce qui s'est passé autrefois à Saintr^Cloud... Le présent seul importe... Vous m'avez fait, tout à l'heure, un serment, et vous-même vous êtes assigné un délai de deux

mois pour exécuter votrei mission". Pouvons-nous, cette fois, compter enfm sur vous?

\ — Vo'us le pouve>z.

Jusqu'ici, il fallait, Mylord, et j'insiste sur ce point, agir avec la plus extrême prudence. Or, grâce aux appuis dont je dispose, j'ai pu surmonter une grande partie des obstacles accumulés sur ma route... Et.afm que vous retourniez près des vôtres, complètement rassuré, je veux bien vous renseigner sur les moyens employés, et vous dire comment je compte utiliser ceux que je tiens en réserve...

Veuillez me prêter éncorei quelques moments d'attention.

Catherine fit une pause.

— Arriver moi-même jusqu'au roi, repritrelle, vous le savez, mylord, était chose impossible... Et, d'ailleurs, c'eût été folie, que tenter l'aventure. Plus le coup que nous porterons à la race que vo'us haïssez sera inattendu, plus il aura de retentissement... Il faut qu'un pareil événement remplisse le monde d'effroi et de terreur, que le bruit d'un tel attentat se répande et se répercute dans les Etats d'Europe comme un grondement de tonnerre, menaçant et terrible!... Il faut que les Rois sachent combien est grande notre puissance... Et dans un instant, mylord, j'en suis certaine, vous louerez l'activité que j'ai déployée, sans relâche,, pendant quatre ans... Apprenez d'abord que mes relations avec les premiers gentilshommes du royaunie et avec les plus grandes dames m'ont permis de pénétrer jusqu'a.u cœur cle la place. Deux hommes que je vous recommanderai tout particulièrement

lorsque l'œuvre sera accomplie me furent surtout utiles: Tun se nomme Lesage et son habileté est des plus extraordinaires; l'autre est ce Romani que vous connaissez déjà, je crois; c'est bien la personne la plus adroite, la plus subtile que l'on puisse imaginer. Un troisième, que j'ai eu comme auteur, on chef de la cabale, m'a aussi rendu de grands services; malheureusement il est aujourd'hui enfermé à la Bastille, par ordre de M. de Louvois : c'est le chevalier Louis de Vanens, un gentilhomme de Provence, ancien capitaine des galères, arrêté, l'an dernier, rue d'Anjou, au petit hôtel d'Angleterre, au moment où il venait d'obtenir une licence pour distiller librement. Un autre de mes amis, le célèbre médecin Rabel, dont l'eau et l'élixir sont si appréciés, aujourd'hui, était menacé du même sort, mais il eut la chance de pouvoir passer en Angleterre où, grâce à votre protection, il donne présentement ses soins au roi Charles IL

En) prononçant ces derniers mots^ Mme Voisin avait regardé fixemen,t l'étranger. Mais celui-ci resta impassible.

— C'est aussi par l'active intervention de Romani et de Levage, que j'ai intéressé à notre cause quatre officiers du gobelet^ MM. Bertin, Pierre Marny, Gilot et Duchesne. Ce dernier a été élevé à bonne école, car il fut longtemps laquais chez M. d'Aubray, père de la marquise de BrinvillierS'. Vous devinez combien de telles relations dans le service de la bouche du Roi pouvaient m'être utiles pour l'exécution de notre dessein. D'autre part, le frère d'une de mes clientes — un nommé Lemaire — acheta, moyennant sept mille

livres doait je lui fis l'avance, la chargei de sommelier de panneterie. Mais des événements imprévus nous ont oblig-'és à nous tenir sur nos gardes. Un billet fut trouvé le 21 septembre 1677, dans le confessioamal des Jésuites, rue SaintrAntoine, et dénonça un projet d'empoisonnement contre le Roi et le Dauphin, sans nommer personne' cepeur liant. Néanmoins, c'est à la suite de cette dénonciation que M. de Louvois crut faire un coup de maître en décernant un décret de prise dei corps contre ce pauvre chevalier de Vanens et ses amis. L'éveil était donné. Les agents du~ lieutenant de police rôdent, se glissent, observent, épient, et la moiur dre indiscrétion pourrait nous perdre. Heureusement, mes hautes relatioins dans la magistrature me permettent de connaître et de déjouer les manœuvres de M. de la Reynie. Voilà où j'en suis, mylord, et voilà pourquoi je vous ai fait si longtemps attendre... Mais l'heure est enfui venue, et bientôt, vous et les vôtres serez satisfaits.

— Et co-mment cela, puisque vous dites être surveillée, épiée, et que toute tentative présente serait '\xlrêmement dangereuse ?

— Patience, mylord, patience!... J'arrive à l'endroit le plus intéressant de mes moyens d'action. - Si les choses ont traîné en longueur, elles n'en ont été que mieux conduites, et c'est au chevet même du Ptoi que j'ai pu arriver. . .

— Au chevet du Roi?

— Oui, mylord, au chevet du Roil Et, à l'heure présente, les jours do Sa Majesté sont comptés... Mais accordez-moi encore un peu d'attention, et vous verrez si Catherine Deshayes

était digne de votre confiance... Il y a aujourd'hui quatorze ans, très exactement, Mlle des OEillets, avec laquelle j'entrai en relations par l'intermédiaire de mon ami Le Roy, gouverneur des pages de la Petite-Ecurie, me fit part des ambitions qui dévoraient sa maîtresse, Mme lai marquise de Montespan, alors dame d'honneur de la Reine.

Mlle des OEillets, après avoir provoqué les co^nfidences de sa maîtresse, lui laissa entrevoir, la première., la possibilité de remplacer La Vallière dans le cœur du Roi.

Mme de Montespan eut donc recours à mes services. J'employai toutes les conjurations habituelles, et mes amis, les abbés Etienne Guibourg et François Mariette,, dirent pour la future favorite les messes et les prières prescrites par le^ rite satanique.

Vous savez le reste...

— Oui, madame, fit l'Anglais, avec un geste d'impatience. Mais, dans quelques heures, le jour va poindre, et jei dois, avant l'aube, avoir repris la route de Calais. Apprenez-moi vite...

* — Vous allez comprendre pourquoi je vous ai rappelé les débuts à la Cour de Mme de Montespan. La voilà donc devenue la maîtresse en titre... Des années passèrent sur cette liaison. Peu habitué à la constance, le Roi, jamais rassasié, tout en conservant ses faveurs à la marquise, alla demander à d'autres de nouvelles recettes amoureuses. Pleine de désespoir, Mme de Montespan s'adressa encore à moi. Je fis agir pour elle les charmes magiques, et je lui remis des poudres

iOO LA MESSE NOIRE

consacrées sous le calice... Ces poudres, elle devait les faire prendre au Roi...

— Et ces poudres ? demanda vivement l'étranger.

— Ah! ah! mylord, continua Catherine avec un diabolique sourire, je crois que vous commencez enfm à comprendre !... Eh bien ! mais ces poudres étaient tout simplement des poudres pour Tamour, et le Roi les prit à son insu dans les breuvages que lui versait la marquise de Montespan...

Une déception se peignit sur le visage de l'interlocuteur de Gatherihe.

— J'avoue que je ne comprends plus, murmurat-il.

— ■ Encore un peu de patience, reprit Mme Voi~ sin... Donc, lamarquisen'hésitapasàfaireprendre ces poudres au Roi, et ces poudres opérèrent à uien'eiile. Or, en ce moment, des événements inattendus se passent à la Cour de France. Le crédit de Mme de Montespan est plus menacé que jamais et toutes les ardeurs du Roi semblent portées vers une fille d'honneur de Madame, la jeune Mlle de Fontanges. La marquise de Montespan est au désespoir et sous peu elle viendra, comme par le passé, me demander conseil... N\îst-ce pas vrai, des OKillets ? interrogea Mme Voisin en se tournant vers la suivante qui, blottie près du feu, suivait avec une attention croissante toute cette conversation.

Mlle des OEillets incili^a la tête en manière d'assentiment.

— Ainsi, continua Catherine, il me faudra avoir recours pour la marquise aux rites occultes.

et je lui remettrai encore une fois des poudres consacrées sous le calice, qui a.uront le pouvoir de ramener à elle le cœur du Roi... Comprenezvous, maintenant, mylord ?

L'étranger, en effet, croyait deviner à présent les intentions de Mme Voisin. Mais, stupéfait devant Taudace d une telle conception, il ne put que balbutier :

— Alors ces poudres pour l'amour.. . ces poudres...

— Seront tout simplement des poudres pour la mort, répondit froidement Gatherlne, et c'est de la main même de sa maîtresse inconsciente que le Roi recevra le poison.

L'Anglais saisit la main de la devineresse :

— Madame, oubliez mes paroles un peu dures de tout à. l'heure.. . J'admire maintenant votre prudence... Certes, Mlle des OEillets ne m'avait point trompé et je ne saurais assez reconnaître le service qu'elle nous rendit le jour où elle vous présenta à nous... Madame, que vous fautil ? Les sommes que vous demanderez sont dès aujourd'hui à. votre disposition.

— Il ne me faut rien pour TinsLant, mylord.

Vous êtes gentilhomme et j'ai confiance en vous. Je suis certaine que vous récompenserez mes importants services comme vous jugerez qu'ils le méritent...

Ce dialogue étrange, saisissant, terrible même, avait grandi encore — si possible — l'admiration de Mlle des OEillets pour Mme Voisin, La suivante s'enorgueillissait de son rôle et prenait un âpre plaisir à voir ainsi ses abominaibles in-

trigues couronnées de succès. — N'était-elle pas Tactive intermédiaire entre la pythonisse de la rue, Beauregard et les partisans d'Outre-Manche, plus que lord Monmouth même ? Lord Monmouth, ainsi se nommait, le noble étranger avec lequel Mme Voisin venait de s'entretenir si longuement.

Il était fils de la belle Lucy Walters qui avait charmé, en Hollande, l'exil de Gharies II. Son père avait pour lui une affection sans bornes ... Tout d'abord il le fit comte d'Orkeney, puis duc de Monmouth et chevalier de la Jarretière. Mais Monmouth était ambitieux' et il voulut mettre à profit sa haute situation. Il fut de toutes les conspirations et ne tarda pas à être le trait d'union entre les éternels mécontents de France, les Protestants et les Anglais opprimés par les Stuàrts. C'est ainsi, qu'il devint l'éloquent truchement, l'apôtre fanatique d'une cause que lei crime ne pouvait effrayer. Les Anglais, d'ailleurs, n'ont jamais cessé de voir, dans le vaincu de Sedgmoor, le glorieux défenseur des intérêts de la religion anglicane, le digne précurseur de Guillaume d'Orange, le champion de la vraie foi, qui, martyr de sa croyance, devait mourir sur l'échafaud, le 15 juillet 1685.

Mlle des OEillets, songeuse, eut un sursaut quand I)ord Monmouth posa la main sur son épaule :

— Allons, mademoiselle, il nous faut quitter madame Voisin... J'en ai suffisamment entendu, maintenant, et je puis reprendre la route de Galais.

Mlle des OEillets se leva et se couvrit de son manteau, pendant que l'envoyé d'Angleterre disait une dernière fois à Catherine son admiration pour tant de géniale audace.

Cependant, au moment où, en compagnie de la suivante, il allait prendre congé, une dernière crainte le retint. Le duc s'approcha de la tragique aventurière :

— Ainsi, vous êtes certaine de réussir, madame ? Et je puis formellement promettre à mes frères la fin proichaine du tyran ?...

— ■ Je vous jure de; nouveau, mylord, sur toutes les puissances surnaturelles et sur tous les esprits contraires en cjui je puise ma force qu'avant l'entrée du Soleil dans la constellation du Bélier, c'est-à-dire avant le 21 mars prochain, à minuit, le Roi de France aura cessé de vivre... Les poudres pour l'amour ne sauraient tromper la mort...

-^ Mais êtes-vous bien sûre de la discrétio^n de ceux qui sont au courant de vos projets?...

— ' Je suis sûre d'eux comme de moi-même, répondit Catherine d'une voix ferme... Nul d'entre eux n'oserait me trahir,.., Trop de secrets nous sont communs et ma perte entraînerait la leur...

— Je vous remercie, madame. Veuillez accepter ceci... Et lord Monmouth remit à la devineresse une bourse contenant mille pistoles d'or d'Espagne. Allons, venez, des OEillets, reprit l'étranger. Il faut que nul ne se doute de notre visite nocturne...

Catherine alla ouvrir la porte avec précaution.

s'assura que la rue était déserte, puis, se retournant vers ses visiteurs :

— Vous pouvez partir... -^^

Et la devineresse regarda lord Monmouth et Mlle des OEillets s'éloigner dans la ^nuit finissante...

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