‹ La messe roseChapitre 11 sur 21 · L'IMPATIENTE · texte numérisé non relu

L'IMPATIENTE

Comme j'allais chez Madeleine, la mignonne si fename qu'elle en est un peu fée, je vis, au coin de la rue Blanche, une charrette de fleurs, où il y avait tant de fleurs que l'on eût dit de tout le printemps tassé dans une charrette. Mais ce qui m'étonna, ce ne fut point qu'il y eût là, en un seul tas, toutes les églantines, toutes les citronnelles et toutes les violettes ; ce fut le parfum qui s'en exhalait, plus doux, plus pur, plus léger que jamais ne fut parfum de calice.

Les narines charmées, je dis ;

— Voici qui est bien étrange! il me semble que j'aspire Tarome épars des lèvres de Madeleine.

Mais j'ajoutai :

— Quelle folle pensée! Madeleine est

chez elle, la bouche mi-close en Tattente de mon baiser : je suis bien sot de perdre ainsi le temps à respirer des fleurs.

Et je suivis mon chemin.

Comme j'approchais de chez Madeleine, je passai, boulevard Haussmann, devant la maison où loge ce fameux tzigane, joueur de flûte, qui depuis deux ans fait l'admiration de tout Paris. Et, précisément, assis sur le bord de sa fenêtre, les jambes pen-

fiantes vers la rue (car il est un peu fantasque et sans gène), il jouait de la flûte pour le plaisir des passants. Ah! qu'il flùtait bien, l'exotique virtuose. Il faisait vraiment tenir dans une rouladej ou dans un trille, tout un chœur de rossignols et de fauvettes; vraiment je crois qu'il aurait étonné Luscignole elle-même. Mais ce qui me surprit, ce ne fut point que sortissent, d'une seule flûte, tous les ramages, tous les gtizouillis, tous les points d'orgue; ce fût qu'une mélodie s'y mêlât, plus exquisement troublante que jamais ne fut mélodie de

nate.

L'ouïe extasiée, je dis :

— Voici qui est bien extraordinaire ! il me semble que j'entends, éparse en cette musique, la voix de Madeleine.

Mais j'ajoutai :

— Quelle absurde idée I Madeleine est

chez elle, chantant au piano, en Tespoir de mon ravissement, tout à l'heure, à l'entendre, la rêverie d'Eisa qui se penche du balcon, ou la miraculeuse phrase plaintive de Fricka parmi la Détresse des Dieux ! je suis bien sot de perdre le temps ainsi à écouter une flûte.

Et je suivis mon chemin.

Comme j'étais sur le point d'arriver chez Madeleine, je vis, au coin de la rue de Miromesnil, derrière la vitrine de l'illustre marchand de tableaux, une très ancienne toile de quelque maître oublié, où une Madame Marie était plus délicieusement jolie que les plus hyperphysiques visions des

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