‹ La messe roseChapitre 13 sur 21 · L£ NOM OBSTINÉ · texte numérisé non relu

L£ NOM OBSTINÉ

Ce jour- là, pour être certain qne son nom, le nom de Madeleine, exécré et adoré, ne me

suivrait pointpartout, ne me hanteraitjaraaM plus ni l'âme ni le cœur, je me comportai à peu près comme un assassin qui diviserait en trois tronçons le corps d'une victime, et les cacherait ù, une grande distance l'un de l'autre. Je partis pour Sirinagor, ville suffisamment lointaine ! là, sur la tremblante feuille d'un rosier, je traçais d'un poinçon d'or, la syllabe : « Ma », Je me rendis ensuite à Dormsoë, cité peu voisine de mon domicile accoutumé ! là, sur une feuille de belladone, au bord d'un étang glacé, je

traçai, d'un poinçon d'argent, la syllabe :

« de ». Enfin je partis pour San Francisco, où Ton n'arrive point sans quelques jours de voyage 1 là, sur la feuille d'un magnolia, je traçai, d'un poinçon de diamant, les syllabes : < leine >. Pais je m'en revins, non sans beaucoup de jours perdus sur les rou* tes, dans ma maison parisienne où je trouvai en fort mituvais état mes affaires depuis si longtemps abandonnées. Mais, n'importe !

J'étais au moins délivré du nom, du nom exécré et adoré. Et, couché dans mon lit, je m'y endormis fort content. Mais qui donc, la nuit, ouvrit ma fenêtre aux brises qui viennent de loin? Car, en m'éveillant, je vis sur mon cœur, venues de Sirinagor, de Dormsoê et de San Francisco, trois feuilles jointes où je lus le nom de Madeleine I

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