DEUX OISEAUX, UN SEUL NID
Parce que Madeleine était un peu malade, je faillis devenir fou de peine.
— Allons, allons, dit-elle, ne vous alarmez point tant ; et apprenez la cause de mes souffrances, qui d'ailleurs durent peu et s'achèvent en de fort aimables délices.
Elle réfléchit, elle dit :
— Autrefois j'avais un cœur.
Je lui dis :
— Hélas ! qu'en fîtes-vous ?
— Rien du tout, dit-elle. Mais maintenant, j'en ai deux.
— Deux cœurs à vous seule ?
— Eh ! oui> dit-elle; le mien et le vôtre.
Allez-vous vous plaindre, parce que j'ai mis
LES AMOUaS DE MADELEINE 28t
à côté de mon cœur votre cœur sous celui, précisément, de mes deux seins de qui la rose pointe est la plus chère à vos lèvres, et à vos dents?
— Ah ! je ne me plains de rien! avouai-je.
— Vous avez bien raison. Or, ayant en moi ces deux cœurs, il arrive que Tun, jaloux, cruel, excessif (c'est le vôtre, monsieur !) cherche querelle à l'autre, qui n'est pas toujours aussi résigné qu'il faudrait. De \h des batailles qui ne laissent pas que d'être cruelles en une poitrine de jeune femme.
— Hélas ! Madeleine !
— Mais ne me jugez pas trop malheureuse, je vous prie ! Car souvent aussi ces deux cœucs sont d'accord à tel point qu'il me semble vraiment qu'ils n'en font qu'un, et je connais des ravissements sans pareils à sentir notre double vie se mêler et se fondre et se pâmer en moi !