‹ La messe roseChapitre 14 sur 21 · DEUX OISEAUX, UN SEUL NID · texte numérisé non relu

DEUX OISEAUX, UN SEUL NID

Parce que Madeleine était un peu malade, je faillis devenir fou de peine.

— Allons, allons, dit-elle, ne vous alarmez point tant ; et apprenez la cause de mes souffrances, qui d'ailleurs durent peu et s'achèvent en de fort aimables délices.

Elle réfléchit, elle dit :

— Autrefois j'avais un cœur.

Je lui dis :

— Hélas ! qu'en fîtes-vous ?

— Rien du tout, dit-elle. Mais maintenant, j'en ai deux.

— Deux cœurs à vous seule ?

— Eh ! oui> dit-elle; le mien et le vôtre.

Allez-vous vous plaindre, parce que j'ai mis

LES AMOUaS DE MADELEINE 28t

à côté de mon cœur votre cœur sous celui, précisément, de mes deux seins de qui la rose pointe est la plus chère à vos lèvres, et à vos dents?

— Ah ! je ne me plains de rien! avouai-je.

— Vous avez bien raison. Or, ayant en moi ces deux cœurs, il arrive que Tun, jaloux, cruel, excessif (c'est le vôtre, monsieur !) cherche querelle à l'autre, qui n'est pas toujours aussi résigné qu'il faudrait. De \h des batailles qui ne laissent pas que d'être cruelles en une poitrine de jeune femme.

— Hélas ! Madeleine !

— Mais ne me jugez pas trop malheureuse, je vous prie ! Car souvent aussi ces deux cœucs sont d'accord à tel point qu'il me semble vraiment qu'ils n'en font qu'un, et je connais des ravissements sans pareils à sentir notre double vie se mêler et se fondre et se pâmer en moi !

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