‹ La messe roseChapitre 16 sur 21 · LES AUMONES RÉCOMPENSÉES · texte numérisé non relu

LES AUMONES RÉCOMPENSÉES

J'ai rencontré un mendiant qui m'a dômandé Taumône ; je lui ai donné tout Tor — bien peu d'or — qui était dans ma poche.

J'ai rencontré un sot qui voulait être glorieux; je lui ai donné mes rêves, mes subti*i lités exquises et mon art à trouver des rimes nouvelles. J'ai rencontré un général qui s'en, allait vers la bataille; je lui ai donné un plan de campagne grâce auquel il triompha de ses ennemis. J'ai rencontré un faiseur d'Echos, inquiet de la copie prochaine ;. je lui ai donné toutes les nouvelles à la main que j'avais inventées, au dessert de mon déjeuner, pendant que les camelots criaient

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sur le boulevard les journaux du matin. J'ai rencontré un lâche qui allait se battre; je lui ai donné mon imperturbable sang-froid , et ma vivacité à l'attaque, et ma prestesse à la riposte. J'ai rencontré un impie ; je lui ai donné mon éternelle croyance en les dieux où s'éternise la rêverie de l'homme. J'ai rencontré un misérable millionnaire qui n'avait jamais aimé, bien que toutes les belles filles dû monde }m eussent offert leur cheveux et leur sein ; je lui ai donné la tendresse dont tout mon cœur est fait.

Alors, dénué, je suis allé faire visite à Madeleine. Pour me récompenser de mes charités, elle m'a permis de la baiser aux lèvres ; et, dans sa bouche, dans l'odorante humidité de sa bouche, j'ai recouvré, — > centuplés trésors ! — la richesse, le talent, la stratégie, l'esprit, le courage, et ta foi et Tamour!

LES AMOURS DE ItAtmLBtNB ^

XI s

LIMBÉCILB ASSASSIN

Un assassin, d'un coup de marteau, m^ênfonça un clou dans la tempe.

Mais je ne mourus point.

— C'est peu de chose, dis-je, qu'une pointe d'acier dans la tête ! Si tu reux que je trépasse, il faudra que tu t'avises d'un oulil plus violent.

— Attends ! attends I me dit<*iL

Il s'éloigna. 11 revint. l\ avait dans la droite un énorme maillet à assommer les bœufs, dont il m'asséna cinq lourds coups sur la nuque.

Mais je ne mourus point.

— La belle affaire ! dig-je. Tu Us trompes

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?88 LES AMOURS DE MADELkINE.T

étrangement si tu croîs que je vais rendre Tâme sous ton instrument d'abattoir. Je te conseille, si tu veux que j'expire, de recourir à des moyens plus subtils.

— Attends ! attends I dit-il-

Il s'éloigna. Il revint. Il mit sous mon nez une petite fiole de qui la liqueur était due à Tart mêlé de toutes les Locustes et de toutes les Brinvilliers.

. Mais je ne mourus point.

— Que tu es sot! lui dis-je. Pensais-tu que je cesserais de vivre, si facilement, à cause d'un traître parfum? Môme si tu usais des brusques couteaux, de l'aqua tofana, et de la goutte claire que le serpent à sonnettes jfecèle en sa dent, et'du couteau delà guillotine, et des balles explosibles, je" n'en continuerais pas moins d'exister, ayant la vie résistante. Invente quelque autre crime!

— Attends I attends ! dit-il.

Mais il ne bougeait pas. Il était, comme on dit, au bout de son rouleau, et il avait Tair fort piteux.

Alors, j'eus pitié de lui.

— Ah! pauvre assassin, lui dis-je, faut-il

donc Rapprendre ton métier? Fais venir Madeleine. Qu'elle passe sans me sourire, ou en souriant à quelque autre, et je mourrai tout de suite !

MHBmMI

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