LES RONGES ET SON AMOUR
Je vis un papillon qui était tout à fait pitoyable; il avait les ailes si déchirées et si trouées qu'on les eût prises pour de la dentelle mordue par mes dents au sein de Madeleine.
— Papillon, lui dis-je, voici que vous êtes, en vérité, en un fort piteux état; jamais je ne fis rencontre d'un papillon aussi mal en point. A quelle aventure, s'il vous plaît, devez-vous un tel désastre?
— Hélas ! dit-il, c'est que, voletant étourdîment, je me suis laissé choir parmi des ronces dont j'ai senti les cruelles piqûres.
— Certes, repris-je, votre sort est bien fait pour attendrir. Mais, du moins, réfléchissez que, de tout temps, les épines et les ronces ont nui aux papillons. Que diriezvous donc, et combien n'auriez-vous pas lieu de vous étonner et de vous plaindre, si, de vous être frôlé aux lisses calices des fleurs, vous étiez déchiré comme Test mon cœur depuis le si tendre amour de Madeleine !