L'HIRONDELLE HUPPÉE
L'été, dans le pays de France, sur Téptiilc d'une menue vierge de pierre au partoii d'une chapeUe, l'hiver, dans le pays de D«h ride, entre la cannelure rose d'une coloftue qui penche au temple d'Uranie, il y arait une hirondelle huppée, mais non pas de plumes s'évasant et sereployant commte smt la tête des somptueux aras, ni d'un migiimi diadème pareil à celui qu'érige le roitelici, prince de l'aérien Lilliput ; cette huppe, — étonnement et envie de toutes les autres burondelles — était faite d'une toute petite blancheur diaphane, au ciel montante^ el^
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étaient bien chagrines d'en être privées, quand la cloche de la chapelle avait averti de la messe ou quand l'offlcier de bouche avait passé dans les couloirs en annonçant le repas. Mais, tôt, elles se rejoignaient, et les jeux de recommencer» plus aimables et plus vifs. A tel point la princesse aimait l'aronde, que, la rose d'amour en son cœur déjà mi-ouverte et déjà à ses lèvres éclose la rose du baiser, elle ne donnait aucune attention aux princes, jeunes et beaux loiiime ils sont tous aux pays de féerie, qui venaient de Trébizonde ou de Mataquin pour lui faire leur cour etia prier d'hymen ; même elle ne savait pas qu'un page, bientôt hors de page, — c'est dire qu'il avait un peu plus de quinze ans — chaque soir, de rage, après la sérénade, jelaît, par dessus le mur du jardin royal, sa mandore inécoutée; maint vagabond, ainsi, put ramasser maint instru-
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ment, dont, chantant et jouant, il mendia par les routes; le mal de l'un, c'est le bien de Tautre. La fille du roi n'avait d'ouïe, — comme elle n'avait de tendresse et de caresse — que pour l'hirondelle, dont elle se laissait becqueter partout. Si bien qu'un jour elle ne put se tenir de dire : « Ah ! petit oiseau, j'y suis bien résolue, jamais, je le jure, je n'aurai d'autre mari que toi ! » Et disant cela, elle le baisait au bec. A vrai dire, pour une jeune personne qui si frêle qu'elle fût, n'eût point manqué, aidée d'une tendre lourdeur d'étreinte conjugale, de creuser très suffisamment la mollesse d'un lit de plume, c'était une étrange fantaisie de ne vouloir se marier qu'à une bestiole ailée, si légère qu'elle semblait faite d'air. Mais c'était à cet hymen qu'elle avait mis son idée, et rien ne la ferait démordre de son dessein. D'ailleurs, quelqji'un l'approuvait.
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Qui donc? son Ange gardien.
Les Anges n'ayant que des informations assez confuses en ce qui touche les concordances par où se parfait le mariage, celui qui veillait au salut de la petite princesse se réjouissait fcirtde cet amour pour une hirondelle, qui la divertissait de toute occasion de péché ; cependant qu'elles se caressaient, il consacra leur hymen, d'une bénédiction d'ailes étendues ; et les petites mariées s'aimaient à la fenêtre, la bouche au bec, le bee à la bouche.
Mais le roi perdit labataïlle. Depuis plus de dix ans il était en guerre avec l'empereur des Iles Fortunées, à cause d'un paon blanc qu'il lui avait dérobé. Une défaite décisive l'obligeait à rendre le bel oiseau de moire et de neige ; mais, comme celui-ci était mort depuis longtemps, Dieu sait ce qu'il serait advenu du royaume conquis et rançonné par
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un ennemi sans miséricorde, si, pour apaiser le vainqueur, le roi n'avait eu Tidée de lui offrir sa fille, plus blanche que le paon de neige et de moire. Marché conclu. Jour pris pour les noces. Et la princesse ne fut avertie du pacte que le matin où ses demoiselles d'honneur, portantdes coffres pleins d'atours et des coffrets pleins de joailleries, dirent, cérémonieusement saluantes : « Ah ! que Sa Majesté sera belle en ses robes de satin d'or, et sous le rayonnement de son diadème de perles! » La princesse frissonna. «Mais...
je suis mariée ! — Avec qui donc ? — Avec une hirondelle ! » On ne fit que sourire, non sans respect d'ailleurs, d'une telle réponse; et on commença d'habiller, pour d'autres fiançailles, l'épouse de l'oiselle.
Habillée, elle demanda qu'on la laissât seule, un instant. Il était naturel qu'elle eût souci de se recueillir avant un acte aussi
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solennelquereHtIemariage; les demoiselles se retirèrent, elle courut à la fenêtre.
« Aronde ! aronde ! ma chérie, mon amour, mon mari, mon trésor ! emporte-moi sur tes petites ailes ! et allons dormir dans ton nid sous le toit! » Mais c'était là une imagination folle, (car, pour petite qu'elle soit, une jeune personne ne peut coucher avec un oiseau dans un nid), et l'hirondelle ne s'y put accorder.
Dans le cadre de la croisée, songeaient, cruellement perplexes, l'oiseau, la princesse, l'ange gardien aussi. Certes, il ne pouvait vouloir que celle dont il avait la garde s'exposât à la damnation éternelle par une désobéissance à son père, désobéissance qui causerait de si affreux malheurs ; d'autre part, en sa candeur de lys ailé, — les anges, oui, ce sont des lys qui ont des ailes! — il souhaitait ardemment que la princesse, en
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tenant sa promesse à Toiselle, demeurât pure de tout viril outrage. Hélas ! quelle perplexité ! Mais d'être ingénu, on n'est point sot. Il songea que la part d'elle-même promise par la princesse à l'oiseau, — la seule, réellement, qui fût importante quant au paradis futur, — c'était son âme ; et l'on pouvait fort bien, sans crainte même du purgatoire, abandonner le reste à l'exigeant vainqueur.
A cette minute, justement, la princesse mettait son âme entière dans un baiser parmi lesplumes..»« Envolez-vous! oiselle!
envolez-vous ! » dit l'Ange; et l'hirondelle s'envola en emportant l'âme de laprincesse.
L'empereur des Iles Fortunées eut pour femme une princesse belle comme le jour, mais sans regard dans les yeux, sans sourire suries lèvres. Car son âme n'était plus dans sa beauté. Mais elle était, petite blancheur