‹ La messe roseChapitre 4 sur 21 · S' L HIRONDELLE HUPPÉE · texte numérisé non relu

S' L HIRONDELLE HUPPÉE

diaphane, sur la tête de l'hirondelle, au loin. Sans doute, la princesse, très tendre, eût préféré pour son àme une autre place sur l'oiseau : elle eût voulu, peut-être, la blottir sous le duvet des pennes ou près du petit cœur qui bat. Mais l'Ange gardien n'avait pu permettre qu'un hymen d'âme et d'aile connût des tiédeurs de péché...

Et, l'été, dans le pays de France, sur l'épaule d'une menue vierge de pierre au portail d'une chapelle, l'hiver, dans le pays de Doride, entre la cannelure rose d'une colonne qui penche au temple d'Uranie, il y eut une hirondelle huppée d'une petite blancheur diaphane ayant tout l'air de la fumée qui sortirait d'une perle incendiée.

Mais les hirondelles doivent mourir, pour toujours, n'ayant point d'âme, et les âmes doivent retourner au paradis natal. « Ah 1 suis-moi, ma mie aile ! dit la fille du roi. —

l'hirondelle huppée 233

Hélas ! je ne puis, ma mie âme ! i^ dit la fîlle d'oiseau. L'ange gardien s'écria : «Que t'importe, enfin, fille de roi, cette aronde ? Si elle te préserva de l'impudicité, qu'elle ne t'écarte pas du salut. Elle se meurt, elle n'est plus, elle sera une chose vaine et triste mêlée aux feuilles mortes ; toi, tu resplendiras dans l'éternel ciel ! viens, monte, triomphe, et règne. » La petite âme de la princesse répondit qu'elle préférait les plumes mortes aux vivants rayons des cieux. « Je l'aurais pu quitter, si un paradis l'eût attendue!

Mais puisqu'elle meurt tout entière... » En cueillant des fraises, des enfants trouvèrent dans la rousse mousse d'automne un tout menu cadavre d'hirondelle, ayantsur la tète, unpeu, très peu, de cendre pâle...

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Il y a un très savant homme, qui, à force de lire les livres anciens et de causer, les nuits, avec les mandragores écloses au pied des potences, est devenu un grand sorcier.

Les destins lui obéissent au point qu'il pourrait, s'il lui plaisait, réaliser les vœux des plus ambitieux rêveurs, et ce lui est un jeu facile que de faire sortir les morts de dessous les lames sépulcrales.

Dans le cimetière nocturne, il va de tombe en tombe, offrant la vie aux trépassés.

« Toc! toc! » — Qui frappe? — Celui qui ressuscite. — Ah ! qu'il soit ie bienvenu. >

Et les cadavres reprennent vie, s'en retournent vers leB tracas, vers les tristesses, vers les trahisons ; st stupides sont les humains, même après le dernier soupir, qu'aucun ne se refuse à recommencer la douloureuse existence.

Mais c'est en vain, d'abord, que le très savant homme frappe à la pierre qui, dans le coin le plus herbu du cimetière, s'abrite sous un saule tout argenté de lune ; car là repose un défunt un peu plus avisé que les autres, ayant été, de son vivant, poète.

— Quoi, dormeur, ne m'entends-tu pas?

Nulle réponse.

— Est-ce que la terre emplit tes oreilles au point que tu ne puisses ouïr, ou si le ver a mangé ta langue au point que tu ne puisses répondre?

Le silence encore.

Alors le sorcier, pris de colère, heurte si

violemment à la tombe, que le mort, impatienté, se fâche.

— Eh! ne saurait-on reposer en paix, même en ce lit suprême ? Passe ton chemin, sorcier, je te prie ! et ne trouble plus mon sommeil

. — Tu ne veux donc point revoir les cieux pleins d'étoiles, et les bois refleuris, et la rose rouge du jardin ?

— Le ciel me garde de les revoir jamais !

J'ai pleuré sous les impassibles astres, j'ai pleuré dans les bois fleurissants, j'ai pleuré à cause d'une bouche menteuse, qui était pareille à la rose du jardin.

— Tu ne veux point revivre, parce que tu as souffert. Soit. Mais si je t'offrais autant de joies que tu as connu de tristesses?

— Il n'est point de joies sur la terre, sur la terre il n'est que des désespoirs.

^ — Si je le donnais, à toi que, par les rues,

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