LE NOM DE TOUT
Une fois que je pleurais, — c'était sous la caresse désolée d'un saule, près de Tétang de Ville-d'Avray, — un .passant m'interrogea :
— Ecoute, homme qui pleures, et dis quelle est ta peine?
— Ma peine, répondis-je, se nomme Madeleine?
Le passsant reprit, non sans se moquer vn peu :
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— Voilà qui est fort plaisant ! jamais je n'ouïs parler d'un tel chagrin. 11 y a la trahison, il y a le parjure, i! y a l'abandon, il y a le deuil, mais je ne sache pas qu'il existe une peine portant le nom que tu dis.
— Hélas, Monsieur, répliquai-je, l'amour menteur et les serments faussés et le lit solitaire et les rêves défunts, pour moi, c'est Madeleine !
Une fois que je riais, — c'était sous la tonnelle d'un cabaret, dans l'île de Croïssy, — - une passante m'interrogea :
— Ecoute, homme qui ris, et dis qu'elle est ta joie?
— Ma joie, répondis-je, se nomme Madeleine.
La passante reprit, d'un air de raillerie :
— Voilà qui est fort absurde ! Jamais on n'entendit parler d'un tel ravissement. Il y a le baiser, il y a la gloire, il y a l'espoir d'aimer, il y a l'oubli de vivre ! mais je ne pense pas qu'il existe une joie portant le nom que tu dis.
— Ah! Madame répliquai-je, la douceur humide des lèvres et le triomphe sur les plus grands et l'espérance des sincères tendresses et le divin Léthé, pour moi, c'est Madeleine !
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Une fois que je grillais, — c'était sur un gril fort ardent, dans un coin rouge du Purgatoire, — un diable m'interrogea :
— Ecoute, pécheur qui grilles et dis quel est ton mal?
— Mon mal, répondis-je, se nomme Madeleine.
Le diable reprit, après un haussement d'épaule :
— Voilà qui est parfaitement imbécile 1 Jamais je n'eus connaissance d'un tel supplice. 11 y a les cuves d'huile bouillante, il y a les broches d'acier rougi, il y a les carcans de fer, il y a le souffre et le naphte !
LES AMOURS DE MADELEINE , 25i
mais je ne crois pas qu'il existe un mal portant le nom que tu dis.
— Hélas, diable, répliquai-je, ce qui brûle, ce qui transperce, ce qui étrangle, ce qui consume, pour moi, c'est Madeleine.
Une fois que je m'extasiais, — c'était sur la quatrième marche du Trône, en l'auguste splendeur du paradis, — un séraphin m'interrogea :
— Ecoute, élu qui t'extasies ! et dis quel est ton délice?
— Mon délice, répondis-je, se nomme Madeleine.
Le séraphin reprit, non sans une ironie où se mêlait de la miséricorde :
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Sfô2 LES AMOURS DE MADELEINE
— Voilà qui est bien digne de quelqu'un qui fut homme ! Jamais, dans le ciel, il ne fut question d'un tel enchantement. Il y a le pain mystique, il y a la liqueur vendangée dans la vigne étoilée, il y a la musique des sphères, il y a Dieu lui même ! Mais j'affirme qu'il n'existe pas un délice portant le nom que tu dis.
— Ah ! beau séraphin, répliquai-je, l'adorable hostie et le vin astral et la céleste musique et la divinité unique, pour moi, c'est Madeleine.
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