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III. Change avec les j^ay s à étalon de jjapiev

Les Etats privés de monnaie métallique, et soumis au régime du cours forcé, se trouvent, vis-à-vis des pays à étalon d’or, dans la même position que les précédents, sauf une diflerence importante : la perte sur le change, qui a pour extrême limite la perte du métal argent dans les pays pourvus de monnaie d’argent, n’a plus aucune borne naturelle dans les pays qui ont l’étalon de papier, car leur

^ Bulletin de statistique du ministère des finances, juillet 1894, p. 97 et 98 : « Il faut attribuer cette diminution (des importations de Topium de Tlnde en Chine pour 1893) au taux élevé du change de la roupie, qui a tellement augmenté en Chine le prix de Topium indien, que la iilnpart des fumeurs y ont renoncé, et l’ont remplacé par J'opium indigène, dont la culture et la préi^aration sont continuellement perfectionnés. L’importation des filés indiens a également baissé, et n’a plus été que de 937,800p^c^^Z5 en 1893, au lieu de 1,254,000 p/c z/Z.v en 1892; il en a été de meme pour le coton brut de rinde, dont l'importation en Chine avait été de 108,000 p/c2^Z.9 en 1892, et qui n’est plus que de 53,400 piculs en 1893. La diminution sur ces deux derniers articles seulement représente une valeur de 4,745,000 taëls ».

M. de Lucy-Fossarieu constate dans son rapport (Zoc. cil., p. 43 et s.), que le Japon importe aujourd'hui beaucoup moins de filés indiens, et va lutter en Chine contre les filés anglais et meme indiens.

Rapport de M. Jouslain, consul général de France h Calcutta [Rapports conimerciaux, 1894, n. 231, p. 5) : « Pour les exportations (en 1893-94), bien que leur chiffre accuse un excédent de 23 lacs de roupies sur l’année passée, elles sont loin de présenter un résultat aussi satisfaisant, ce qui est attribuable, au dire du rédacteur des statistiques douanières, à l’état de marasme du commerce de rinde avec les autres pays à monnaie d’argent, par suite de l’incertitude du change des monnaies indiennes pendant la majeure partie de l’année ».

Rapport de M. Goebel, consul général de Belgique à Shangaï, pour 1893 [Recueil consulaire, 1894, p. 457-459) : « L’opium a perdu. plus de 4 0/0 en quantité importée, quoique la valeur de l’importation soit restée approximativement la meme. Cette augmentation du prix de l’article, provoquée par la malencontreuse tentative faite par le gouvernement de l’Inde de hausser artificiellement le cours de la roupie en fermant

ses établissements de monnayage, coïncide etc. Le second grand article d’importation

en provenance de l’Inde britannique, les fils de coton, a été atteint plus rudement encore. Lii aussi, le renchérissement artificiel de la roupie a coïncidé avec le développement de la production intérieure chinoise, avec l’ouverture de deux grandes filatures de coton, l’une à Shangaï, l'autre à Woutchong. Mais la diminution la plus sensible est naturellement celle qui a frappé les importations européennes, payables en or, et en particulier tous les produits des industries textiles». — Le rapport signale une augmentation de 36 0/0 sur le prix des shirtings gris et blancs. — « Toutes les marchandises en provenance des régions de l’Extreme-Orient qui ont conservé intact le régime monométallique d’argent, ont trouvé en Chine des débouchés plus étendus ».

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papier-monnaie, n’ayant aucune valeur par lui-mème clans sa matière, peut tomber à rien, si toute chance de remboursement en espèces paraît définitivement écartée.

l*our un eflét-type de 100 roubles sur Pétersbourg, le pair est 400 IV., et c’est efiéctivement ce cpi’ou donnerait à Paris de cet efiet, pour une remise de 100 roubles à faire en Russie (sauf de légers écarts ne dépassant pas les frais de transport du numéraire), si ces roubles devaient être payés en or. Mais ils le seront en papier, parce c{ue le rouble-papier a cours forcé, de sorte 'que le Français qui achète à Paris une traite de 100 roubles sur Pétersbourg, et cjui la paie en or, bénéficie naturellement de toute la prime de l’or vis-à-vis du rouble-papier. 11 paie, par exemple, un elfet à vue de 100 roubles, 269 fr. 67. La perte au change du rouble-papier contre l’or est de l‘30 fr. 33 sur 400, ou 32,58 ; la prime de l’or est de 48,33 Si la balance des paiements devenait favorable à la Russie, grâce à une diminution de sa dette extérieure, l’or rentrerait, sa prime diminuerait peu à peu, le change tendrait à s’équilibrer, et la reprise des paiements en espèces ne serait pas éloignée. Si, au contraire, la dette russe augmentait, si les exportations de la Russie subissaient une diminution, la prime de l’or s’accentuerait, et la perte sur le change pourrait s’accroître sans limite.

11 n’y a plus de point de sortie de l’argent qui puisse ici, après le point de sortie de l’or, arrêter la baisse du change, puisque l’argent n’est pas la monnaie usuelle. Quant au point de sortie du papier, il n’en saurait être question, le papier-monnaie n’étant en aucune façon, et à aucun taux, un objet d’exportation pjour le paiement des créances à l’étranger.

N’y a-t-il pas cependant un certain pair, d’ailleurs mobile, endeçà et avi-delà duquel se placent les gold g)oints'] La prime sur l’or étant par exemple de 50 en Russie, ne pourrait-on pas dire que le pair, pour le change, est déterminé par cette prime? 100 roubles d’or r= 150 l’oubles papier; 100 roubles papier = 66,66 roubles d’or; 66,66 roubles d’or = 266 fr. 66. Le pair du change russe à Paris serait 266 fr. 66, et c’est autour de ce point que se fixeraient les gold jioints, à 263 fr, 66 et 269 fr. 66. Si en effet les banquiers français voulaient demander plus de 269 fr. 66 pour une traite de 100 roubles, le débiteur français préférerait envoyer à son créancier russe 266 fi’. 6 > d’or, en payant les frais estimés à 3 fr.; car, là bas, ses 266 fr. 66 d’or français jouiraient de la

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prime de 50 "/o sur l’or, et vaudraient 100 roubles papier. A l’inverse, si les banquiers ne voulaient prendre un effet de 100 roidjles que pour un prix inférieur à 203 fr. 00, le créancier français se ferait expédier directement par son débiteur russe 00,00 roubles d’or, qui à Paris vaudraient 200 fr. 00, et dont l’expédition aui’ait coûté 3 fr.

Cependant, il n’y a pas là un véritable pair môme provisoire, comme celui qui résulte du prix de l’arg-ent dans les pays monométallistes argent. Le pair entouré de ses deux gold pohits doit, pour mériter ce titre, avoir un point d’appui extérieur, qui impose ses bornes aux flLictuations du cbange. Rien de tel ici, puisque la prime sur l’or, qui détermine le soi disant pair du change, est ellemême déterminée en grande partie par le cours du cliange. Le raisonnement qui vient d’être exposé supposerait au contraire que la prime sur l’or en Russie est indépendante du cours du change, ce qui est inexact. Si les banquiers français demandent plus de 209 fr. 00 pour une traite de 100 roubles, s’ils en demandent par exemple 280 fr., c’est que le papier sur la Russie est recherché, et que la balance internationale lui est plus favorable qu’à l’époque où le change se fixait à ce chiffre de 209 fr. 00. Le change russe s’améliore donc, et, par contre-coup, la prime sur l’or diminue en Russie — sinon, des envois d’or la réduiraient forcément — ; de sorte que le débiteur français qui, ne voulant pas payer 280 fr. un effet de 100 roubles, expédierait 200 fr. 00 d’or en Russie, ne pourrait plus les convertir en 100 roubles papier. Dans les relations avec un pays où le billet a cours forcé, il n’y a donc aucun point de repère, indépendant du cours du change, qui puisse imposer des bornes à ses oscillations. Ce cours peut tomber sans limites assignables, et c’est ainsi qu’on voit aujourd’hui la prime sur l’or atteindre la proportion de 255 à Bueynos-Ayres ; pour avoir 100 d’or, il faut, dans la République Argentine, donner 355 en papier.

Cette perte au change du papier contre l’or agit-elle, dans le pays qui la subit, comme la perte au change de la monnaie d’argent, dans un sens favorable aux exportations et défavorable aux importations? Les principes sont toujours les mômes ; oui, à la condition que l’unité monétaire n’ait pas perdu, dans le pays, son pouvoir général d’achat, dans la proportion où elle a perdu sa valeur visà-vis de l’or. Mais la dépréciation du papier-monnaie, à l'égard des marchandises en général, suit pour ainsi dire fatalement sa dépréciation à l’égard de l’or, tandis que la baisse de l’argent vis-à-vis

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de l’or n’enlraîne pas sa baisse vis-à-vis des marchandises. On voit généralement les prix, relativement immobiles dans les pays à étalon d’argent, hausser progressivementdans les pays à étalon de papier '.

. Cependant cette hausse n’est pas tellement rapide et régulière sur toutes choses, qu’elle suive exactement la marche de la dépréciation du papier l’elati vement à l’or : et ainsi, temporairement, les producteurs des pays à papier-monnaie se trouvent favorisés dans le commerce international. II y a, dans leurs frais de production, certains éléments qui sont loin d’augmenter du môme pas que la prime de l’or; ainsi les impôts, les frais de transport, les salaires, les loyers et fermages, etc. Tant que ces frais ne se sont pas élevés au niveau de la dépréciation du papier relativement à l’or, le producteur jouit d’une véritable prime à l’exportation, et se trouve défendu contre les importations étrangères. Peut-être môme certains éléments de ses frais n’arrivent-ils jamais à hausser dans la mesure de la perte du papier. A l’inverse, quand la prime de l’or diminue et que le change s’améliore, les frais du producteur, fixés et calculés en papier, ne diminuent pas toujours aussi vite; la situation se retourne alors contre lui ,

^ Il est assez singulier de voir M. Goscben, dans sa Théorie des changes étvangei^s éd. fr., p. 140 et 141) admettre qu'au cas où la hausse des prix a suivi exactement la dépréciation du papier-monnaie par rapport à Tor, cette hausse encourage l'imi^ortation et décourage rexportation. Il est pourtant bien certain qu’en pareil cas la différence du change (la hausse si la place donne rincertain, la baisse dans le cas contraire) vient rétablir réquUibre ; elle supprime l’avantage apj)arent qui résulte des hauts ]Drix pour les importations, comme aussi le désavantage qui semble en dériver pour les exportations de ce pays. M. Goschen paraît surtout frappé de ce fait qu’un pays soumis au cours forcé est nécessairement débiteur de l’étranger. C’est exact, car, dans rhypolhese inverse, la monnaie métallique lui reviendrait. Mais un pays h pa|)ier monnaie peut être débiteur de l’étranger, sans avoir un excédant des importations sur les ex'i^or tâtions.

2 Commerce extérieur des jjags à j^cipier-mo anale qui ont subi dans ces dernières années une ci'ise iirovoquani une baisse du change.''

Halle j

(1000 fr.) )

Import.

Export.

Portugal (

(1000 milreis) |

Import.

Export.

Grèce (

(1000 fr.) )

Import.

Exi3ort.

Chili (

(1000 pesos) )

Import.

Export.

Ixépub. argentine j (1000 piast. fortes) J

Import.

Export.

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Tel est le point de vue des inlïationnisles, qui, exclusivement préoccupés de l'intérêt momentané des producteurs, envisagé d’un certain côte, ferment les yeux devant les maux causés par le régime du papier-monnaie. Si certains particuliers bénéOcient de la hausse des prix en papier, d’autres en souffrent, même parmi les producteurs. Les prix sont en elfet d’une extrême mobilité, mus par des causes aussi actives et variables du côté de la monnaie que du côté des marchandises. Le producteur compte sur des prix toujours croissants, le crédit s’étend outre mesure, et les crises se succèdent

Ces chifîres dénotent, pour la plupart, une diminution des importations, et, pour quelques-uns, une auganentation des exportations. Mais il y a tant de causes diverses qui agissent sur le commerce extérieur : régimes douaniers, récoltes, etc., qu'il est difficile de tirer de cos cfiifTrcs une conclusion sûre concernant rinfinence du cliangc. Les rapports des consuls sont plus intéressants à consulter.

Rapport de M. le baron ?vIoncbeur, chargé d'affaires de Belgique en Italie {Recueil consulaire, 1894, p. 446) : <( Durant toute la période d’iiiver, le change, qui à in*ésent est encore h 109, s’est maintenu aux environs de 115, constituant une véritable prime à l’exportation, dont le commerce des huiles, de la soie et de la volaille a largement profité, tandis que les importations se trouvaient singulièrement entravées ».

Rapport de M. Birgfeld, consul de Belgique à Patras (Grèce) {Recueil consulaire, 1894, p. 465) : « Les circonstances politiques et financières... ont continuéàpeser lourdement sur le commerce d’importation pendant l’exercice 1893. Le change, toujours très élevé, des valeurs étrangères, et l’incertitude de la situation, ont empêché une reprise sérieuse des a/faires. Si les slatisliques publiées par la douane n'accusent pas très nettement cette différence avec l’année précédente, c’est que ces documents ne sont pas toujours d'une exactitude absolue, et que, d'ailleurs, la valeur des marchandises, calculée d'après Tunité locale, api)arait plus grande joar suite du change élevé de l’or ».

Rapport de M. le G ® de Lalaing, ministre de Belgique au Brésil {Recueil consulaire, 242) : « La dépréciation du papier-monnaie a été fort préjudiciable au

commerce d'importation... Malgré tout, en décembre 93, les importations ontaugmenté, en prévision d'une majoration des droits d’entrée. Ce sont les consommateurs surtout qui ont souffert de cette situation, puisque ce sont eux qui, en fin de compte, supportent les charges du commerce importateur. La baisse du change a fait renchérir tous les articles de provenance étrangère, et, comme les producteurs brésiliens consomment aussi des articles d’importation (vins, conserves, linge, habillement), les produits purement brésiliens ont augmenté a peu près dans la meme proportion ».

Rapport de M. Wolters, consul général, chargé d'affaires de Belgique au Chili {Recueil consulaire, 1894, p. 206) : « Un élément très sérieux qui intervient, ou plutôt qui soutient la liausse du change, est l’intérêt des exportateurs. On le sait, ceux-ci sont payés en or, c’est-à-dire qu’ils font des traites sur leurs clients européens, payables en or, et ils cèdent ces traites au Chili contre d’autant plus de piastres-papier que le change est i^lus élevé ».

Rapport de M. Hengstenberg, gérant du consulat de Belgique à Valparaiso (Chili) ^Recueil consulaire, 1894, p. 464 et 465) : « L'année (1893) a été on ne peut plus défavorable, surtout en ce qui concerne l’importation... Nombre d'importateurs ont subi des pertes énormes, faute de s’ôtre assurés du change immédiatement après la conclusion d'une vente ».

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pour ainsi ilire sans inlerrupLion. Au milieu de ces perturbations, le commerce dégénère enjeu pur et simple; on spécule au liasard, et le producteur lui-même est obligé de subir, comme le spéculateur de profession, tous les risques de liausse ou de baisse, aggravés par la variabilité de l’élalon monétaire. Le but des inllationnistes serait-il donc de faire d’un Etat une vaste maison de jeu, et de transformer tous les laborieux en spéculateurs, risquant la fortune ou la ruine sur les lUictuations du papier? Non sans doute, et leur idéal doit être une dépréciation lente, sage et progressive de ce papier; jusqu’au l)Out sans doute, caril n’y a pas de raison pour s’arrêter en chemin, ni surtout [)our restaurer la valeur de l’assignat après l’avoir avilie.

(Juant à l’Etat, s’il a une dette extérieure, on sait ce que lui coûte le paiement en or des intérêts de sa dette, quand il ne reste en cii’culation que du papier; l’Etat ne peut plus alors compter que sur la douane pour trouver de l’or. Aussi, les Etats soumis au régime du papier-monnaie font-ils généralement les plus grands elforts, les plus grands sacritlces pour en sortir, quand ils ont le souci de l’avenir et de leur crédit. Malheureusement, il ne suffit pas d'accumuler l’or à grands frais, et de constituer aux billets en circulation une couverture métallique complète, pour être en mesure de snp[)rimer le cours forcé. Tant que la cause profonde du mal subsiste, tant que, par l’exagération de la dette extérieure, la balance reste défavoi’able, l’or est exposé à s’enfuir i)ar les guichets ouverts du Trésor ou de la Banque. Un Etat qui reprend les paiements en espèces, sans attendre une diminution de sa dette extérieure, ou une augmentation de ses exportations, A'^erse son or dans le tonneau des Danaïdes.

Ce sont là. des préoccupations qui n’assiègent pas certains gouvernements, très peu pressés d’abolir le cours forcé. Ceux-là se montrent inllationnistes sans grand dommage pour le Trésor public, en négligeant de payer leurs dettes. '

L’inllationnisme des partisabs du papier-monnaie n’est pas, bien eidendu, une doctrine scientifique; c’est une lig'ue d’intérêts privés momentanés, contre d’autres intérêts particuliers, et surtout contre l’intérêt supérieur et permanent de l’Etat.

Conclusion. — Eaiso?is un rêve. Au milieu des nations' s’en trouve une cqui, par son travail et son épargne, a su accumuler des capitaux, qu’elle a placés à l’étranger. Chacun de ses habitants est

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rentier, et touche régulièrement ses coupons de titres étrangers. La nation entière se trouve créancière de toutes les autres, à ce point qu’elle peut payer toutes ses importations par compensation avec ce qu’on lui doit pour les intérêts de ses placements à l’étranger. Désormais, elle peut vivre de ses revenus sans travailler elle-même, sans produire ni pour l’étranger, ni même pour son propre compte. C’est donc une condition très fortunée que celle de cet Eldorado, dont tous les autres pays sont tributaires. L’intérêt évident de ce pays, qui a stipulé le paiement en or de toutes les sommes qu’on lui doit, c’est l’appréciation de l’or, la baisse des prix en or de toutes les marchandises à l’étranger; car plus l’or aura de valeur, plus notre pays de rentiers recevra de marchandises en paiement d’une somme d’or Oxe qu’on lui doit, plus il pourra étendre ses consommations et vivre dans l’aljondance. Heureux créanciers, pour qui une même somme d’or, périodiquement touchée, représente un pouvoir croissant! Heureux pays, où tout le monde est consommateur sans être producteur! Heureuse nation, pour qui tout accroissement d’importations, causé par l’appréciation de l’or, est un accroissement de jouissances gratuit et sans contre-partie, au détriment du débiteur étranger!

En réalité, les nations riches, telles que l’Angleterre et la France, se trouvent partiellement dans cette situation. Elles ont d’énormes capitaux placés à l’étranger, et vivent en partie sur les marchandises que l’étranger leur envoie en paiement des intérêts. Malgré l’excédant de leurs importations sur leurs exportations, elles ont toujours un change favorable, et peuvent s’ollVir le luxe do consommer plus qu’elles ne produisent, de recevoir plus de produits qu’elles n’en fournissent au dehors, sans pour cela courir à leur ruine, sans cesser même de réaliser de nouvelles économies, qui s’emploient de la même manière et étendent leur privilège. Elles ont donc, à ce point de vue, intérêt à. l’appréciation de l’or en dehors de leurs frontières. L’étranger nous doit une certaine somme d’or comme annuité; faisons des vœux pour que cet or lui soit de plus en plus difficile à Irouver; plus ses marchandises s’aviliront par rapport à l’or, plus il devra nous en fournir pour nous payer la soinme d’or fixe^qu’il nous doit.

11, ife '^faudrait cependant pas al)user, ni tefidre la c^rde si violemment „qu’elle finisse ptir se rompre. 11 y a une certaine limite au.x forces d’un pays débiteur, même s’il est de l)onne volonté et

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ne commet pas d’extravagances. Une vache ne peut donner par jour qu’une certaine quantité de lait; si son nourrisseur lui en demande davantage, sous prétexte que le prix du lait a diminué, il l’épuise tellement, qu’elle finit par n’en plus donner du tout. On dit alors qu’elle fait banqueroute. Et c’est un l)ien gros mot, si elle n’a pas fait de folies.

A part cette fâcheuse éventualité, un pays créancier, qui a l’étalon d’or, est intéressé en un certain sens à l'appréciation de l’or, c’est entendu. Mais un pays ne se compose pas exclusivement de préteurs d’or, de capitalistes intéressés à un avilissement des prix sans limites. Un pays ne peut vivre uniquement de ses revenus; il faut qu’il produise aussi, et la pjlupart de ses consommateurs sont en môme tejnps producteurs. Or, à ce dernier titre, les habitants d’un pays, fiit-il riche en épargnes comme la France, soulTrent de la baisse des changes sur les pays dont la monnaie est avariée, et ils en soulTrent de plus en plus, à mesure que le nombre et l’importance de ces pays s’accroissent. Si la dépréciation de la monnaie, dans les pays concurrents, est plus forte et plus rapide vis-cà-vis de l’or que vis-à-vis du l’este des marchandises, il n’y a plus d’égalité dans la concurrence; les conditions normales d’une lutte loyale, qui consiste à se disputer le marché en [joursuivant par des perfectionnements l’abaissement des pjrix de revient, se trouvent traversées par un élément pej’turbateur, le change, qui atteint la production nationale dans ses exportations, et jusque sur le marché intérieur. Les prix baissent, tant jnieux poui* les consommateurs, s’écriera-t-on. C’est possible, mais quand la baisse, au lieu de tenir à une cause normale inliérente aux marchandises, à une réduction du prix de revient qui profile à tous, provient d’un fait anormal tel que la baisse des chcinges étrangers, qui avilit les produits sans diminuer les frais de production, cette baisse est une calamité, joarce qu’elle est capable de tarir dans sa source la production et la richesse d’un pays. A ce point de vue, nul pays, môme le plus riche et le mieux pourvu d’or, ne saurait, dans son propre intérêt, souhaiter malheur à autrui ; il pâtirait indirectement du désarroi financier qui réduirait un concurrent à la monnaie d’argent ou aux assignats. U y a là un exemple, entre tant d’autres, de la solidarité d’iidôrèts ([ui unit toutes les nations; beau thème à proposer au moraliste, au philosophe humanitaire, qui tenterait de décrier cet égoïsme national, dont les hommes font étalage avec autant

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de complaisance qu’ils mellenl de soin à dissimuler leur égoïsme individuel !

11 y aurait cependant imprudence et exagération à attribuer à celle seule cause la baisse générale des prix. Encore une fois, les phénomènes relatifs aux prix sont si complexes, qu’on ne peut jamais se llatter d’en avoir la clef. La diminution du prix de revient a peut-être été la cause la plus active de ce fait; la surproduction relative de certains produits à certaines époques peut agir temporairement dans le meme sens. Aussi n'est-il pas étonnant que les fluctuations des prix, et les oscillations de la balance du commerce, ne correspondent pas exactement à celles du change. Les phénomènes économiques ne se manifestent pas dans cette simplicité élémentaire, qui nous permettrait de relier du premier coup d’œil l’elfet à une cause unique et certaine. Mais si l’on considère l’ensemble des produits qui nous viennent de ces pays où la monnaie a perdu de sa valeur par rapport à la nôtre, et si on les considère sur une longue série d’années, il ne semble guère possible de nier l’action de cette cause, la baisse des changes, l’appréciation de l’or dans ces divers pays, sur la baisse des prix dont souffre la production dans tous les Etats dotés de l’étalon d’or.

Tous les produits qui ont à subir cette concurrence se trouvent atteints : et ceux qui la subissent directement de la part des produits similaires, comme le blé, le vin, la soie, le lin, etc. ; et ceux qui en éprouvent l’effet indirect, tels que l’avoine menacée par le maïs, le chanvre par le jute, la pomme de terre par le riz et le maïs, le lin par le coton, etc. Ces produits s’avilissent pai’tout, parceque les prix s’établissent d'une manière à peu près uniforme sur le marché universel ; le coton et le blé des Etats-Unis, par exemple, ne peuvent, à qualité égale, se vendre plus cher que le coton et le blé des Indes. Aussi, quoique le froment des Indes et de la République Argentine ne représente qu’une faible partie de nos importations de blé, subissons-nous, en France môme, la répercussion de la baisse que ces pays imposent aux cours internationaux L Avec la facilité actuelle des communications, il suüit que le prix d’une

Quantités de froment importées en France [1000 quintaux).

Etats-Unis

Russie

Indes a?igL

Répub. Arg

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denrée baisse an dehors, pour que cette dépression se répercute à riutérieur, par la simple menace d’une importation. Alors même que nos statistiques douanières n’accuseraient qu’une importation insignifiante île blé ou de vin, l’efiét des cours étrangers ne s’en ferait pas moins sentir en France; et de même, le sucre de betterave peut baisser de valeur en France et en Allemagne, par le seul fait de la concurrence potentielle du sucre de Java et de Sumatra. 11 ne faut donc pas mesurer le mal que nous font les produits des pays dont la monnaie est avariée, au chiffre de leurs importations-dans les pays à étalon d’or, mais au chiffre de la baisse de leurs prix estimés en or.

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