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XVII® siècle. Dans le courant du xix® siècle, quand fonctionnait encore le bimétallisme pur en France, les arrivages de l’or d’Australie et de Californie ont aussi exercé leur influence; de 15,82 en 1850, le rapport est tombé en 1851 à 15,49 en France, 15,31 en Angleterre, et s’est môme abaissé davantage dans les années suivantes, eu restant d’ailleurs toujours au-dessus de 15. L’abondance de l’argent dans ces vingt-cinq dernières années a donc pu contribuer pour une part à la baisse du métal.
Mais cette cause, si elle a agi, est loin d’avoir été la plus puissante. C’est l’année 1873 qui forme le point de départ de cette baisse de l’argent; c’est depuis lors que le rapport, de 15,73 au milieu de 1873, est monté jusqu’à 31 et 35 en 1895. Or, cette année 1873 est justement celle où le liimétallisme français a été altéré par une limitation de la frappe de l’argent. Devant ce fait, il est difficile de nier l’action de la loi sur la valeur de l’argent relativement à l’or, d’autant plus que l’effet a été immédiat. Le 7 septembre, la cote française portait encore : 12 pr. (sur 3,434 fr. 44) pour l’or, et 9 ®/oo pc. (sur 218 fr. 89) pour l’argeut, soit un rapport de 15,73; le lendemain, après la publication de l’arrêté ministériel limitant la frappe, la cote portait : 12 pr. pour l’or, et 8 pt^ sur l’argent, soit un rapport de 1(3. Chaque coup porté à l’argent par une mesure hostile, dans un pays ou dans un autre, a retenti directement et immédiatement sur son cours à Londres, et la fermeture de la Monnaie indienne, en juin 1893, faisant présager, en outre, l’abrogation du Sherman Bill aux Etats-Unis, a été saluée par une baisse de l’once d’argent de 38 p. 3/4 à 30 1/2, portant d’un seul coup le rapport de 24,34 à 30,93.
Mais, dit-on, si la Erance a dû restreindre la frappe en 1873, c’est qu’elle était déjà inondée d’argent. C’est parfaitement exact, et les chilîres comparatifs que j’ai cités concernant la frappe de l’argent en France et en Belgique pour les années 1872 et 1873 le prouvent péremptoirement. Mais quelle fut la cause de cette inondation ? Non pas l’accroissement de production de l’argent, dont la moyenne annuelle, de 1,339,085 kil. dans la période 1866-70, n’est montée qu’à 1,969,425 kil. dans la période quinquennale suivante. La vraie cause, chacun la connaît : ce fut la démonétisation de l’argent allemand, qui venait en E''rance et en Belgique pour se convertir en or. La cause primitive, consistant dans une
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mesure législative prise en Allemagne, fut donc purement artificielle. La France, voyant sa force de résistance à la baisse de l’argent diminuée par la défection d’un État important, et ne voulant pas, d’autre part, être privée de son or, a fait défection à son tour, et précipité la baisse. La cause seconde fut donc également artificielle. Dès lors, aucun Etat n’était plus de force à soutenir le pair; tous ont dû céder au coimxnt et l’ont, par le fait même, transformé en torrent. La baisse de l’argent a commencé en 1873, alors que l’Allemagne, la Hollande, les Etats-Unis, puis la Belgique et la France, renonçaient à la fois au bimétallisme pur. Après ces divers pays, tous les autres États ont arrêté la frappe de l’argent : Italie, Espagne, Roumanie, Indes anglaises, Etats-Unis, etc., de sorte qu’à l’iieure acluelle, le métal argent n’est plus monnaie qu’en Asie, dans une partie de l’Afrique, et dans quelques rares Etats de l’Amérique. Comment ne pas reconnaître que la cause principale, pour ne pas dire exclusive, de la baisse de l’argent, se trouve dans la série des mesures de proscription qui ont retiré à l’argent nouvellement produit le plus important de ses emplois? Les faits paraissent s’enchaîner en cercle, et les lois ont repoussé l’argent, parce que l’argent baissait de valeur; mais aussi l’argent baissait de valeur progressivement, parce que les lois le repoussaient de tous les pays successivement, et chacun sait quel est, dans cette série, l’Etat qvd a commencé.
Sans doute, la quantité absolue de l’argent annuellement extrait des mines a augmenté d’une façon colossale. De 1,339,085 kil. par an en moyenne dans la période quinquennale antérieure à 1871, la production a atteint le chiffre de 5,012,391 kil. en 1893, et 4,637,000 kil. en 1894, Mais quand on veut apprécier l’influence de la production annuelle des métaux précieux sur leurs rapports de valeur, il faut considérer, dans les chiffres de leur production, non pas les quantités absolues, mais les quantités relatives, la proportion entre les quantités extraites de l’un et de l’autre métal. En se plaçant à ce point de vue, on constate que la production de l’argent, qui était, pour le poids, de 81,6 et 81,8 % de la production totale des deux métaux dans les périodes 1851-55 et 1850-60, est de 95 1/2 7o envdron depuis 1881. Est-ce une raison pour que le rapport soit monté de 15 1/2 jusqu’à 34? 11 suffit, pour répondre, de dire que depuis l’année 1545 jusqu’en 1840, la proportion de l’argent annuellement produit, vis-à-vis de l’or, a été constamment supé-
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rieure; 98,3 ®/o à. la fln du xvi® siècle, quand le rapport moyen des métaux était 11,50 et 11,80; 98 au commencement de ce siècle, quand le rapport était 15,50 et 15,60; 96,7 7^ en 1831-40, quand le rapport moyen était 15,67. Et lorsque la production de l’argent, au lieu d’ôtre trente-neuf fois plus forte que celle de l’or, comme dans les quarante premières années de ce siècle, ne fut que quatre fois et demie plus considérable, entre 1851 et 1860, on sait quelle fut cependant la fermeté du rapport commercial des métaux durant cette période. On s’effrayait; M. .Michel Chevalier réclamait l’adoption du monométallisme argent en Erance ; la Hollande et la Belgique passaient môme effectivement à l’étalon d’argent. Et cependant le rapport n’a pas faibli au dessous de 15, grâce à la force de résistance du bimétallisme français '.
Influence de la loi sur la valeur réciproque, de l’or et de V argent. — Le souci de rester fidèle au dogme de l’impuissance de l’Etat dans l’ordre économique ue doit pas nous cacher la conclusion qui ressort de ces faits : à savoir, l’influence de la loi sur la valeur réciproque de l’or et de l’argent.
Les métaux, nous dit-on, sont des marchandises, et il est aussi impossible à l’Etat de fixer un rapport stable entre l’or et l’argent qu’entre le blé et l’avoine. Restaurer la valeur de l’argent vis-à-vis de l’or serait juste aussi aisé que de supprimer d’un trait de plume la loi de la gravitation On ne change pas les lois de nature, et l’Etat tenterait vainement de corriger le rapport de valeur actuel
^ Sur ce seul point, le Gold and Silver Co77iniission a abouti en 1888 fi une conclusion unanime de ses 12 membres, tant adversaires que partisans d'un accord international. Première partie du rapport, § 189. — « Considérant les très grands cliangements qui ont eu lieu avant 1873 dans la production relative des deux métaux, sans qu'il se soit produit aucune modification correspondante dans leur valeur marchande, il nous paraît difficile de résister à la conclusion qu’une certaine influence agissait alors, tendant ù, rendre fixe le prix de l’argent, et à maintenir son rapport relativement à l'or à peu près stable ». — § 192 : « Incontestablement la date qui forme la ligne de i:>artage entre une époque de fixité approximative entre l'or et l'argent, et une époque d’instabilité marquée, est l’année où le système bimétallique, précédemment en vigueur dans l’Union latine, a cessé d’être en pleine activité, et nous sommes irrésistiblement conduits à la conclusion que la pratique de ce système, établi comme il l’était dans des pays dont la population et le commerce sont considérables, a exercé une influence matérielle sur la valeur relative des deux métaux. x\ussi longtemps que ce système a été en vigueur, nous pensons que, nonobstant la production et l’emploi des métaux précieux, il a maintenu le prix marchand de l'argent approximativement stable, d’après le rapport fixé par la loi, c’est-à-dire de 15 1/2 à 1 ». — Cité par de Laveleye, La monnaie et le bimétallisme international (ch. Ll).
Mac Leod, Bimetalism, p. 100.
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entre l’or et l’argent, rapport que les conditions naturelles de l’offre et la demande ont établi, en conséquence du prodigieux développement de la production de l’argent.
Certes, je n’ai aucun goût pour les théories qui nous représentent l’Etat comme pouvant fixer à son gré la valeur de la monnaie. Je crois avoir suffisamment combaüvi la doctrine suivant laquelle le législateur décréterait arbitrairement la valeur de la monnaie unique ou de l’étalon régulateur des prix, et attaclierait à un objet quelconque ayant qualité de monnaie une certaine grandeur de valeur idéale fixe. Je n’ai môme pas admis qu’il fut au pouvmir de l’Etat de créer la valeur, variable suivant l’importance des émissions, d’un papier-monnaie ne représentant pas une certaine quantité de métal précieux. Mais il s'agissait, dans toutes ces discussions, de la valeur de la monnaie vis-à-vis des autres marchandises. A cet égard, le législateur ne peut qu’augmenter la valeur d’un métal vis-à-vis des marchandises, en consacrant sa fonction d’intermédiaire circulant; il est impuissant à fixer cette valeur. Au contraire, quand il s’agit de la valeur d’une monnaie vis-à-vis de l’autre, la loi, en établissant leur égalité, leur faculté de se remplacer réciproquement dans les paiements, peut certainement, dans des circonstances données, réaliser en fait cette équivalence, comme nous le voyons aiijourd’hui en France pour les monnaies d’or et d’argent. Et quand il s’agit de la valeur d’un métal monétaire par l’apport à l’autre, l'Etat peut aussi, je pense, maintenir entre eux un rapport de valeur fixe, conforme à celui des monnaies, en admettant pour l’un et pour l’autre le monnayage illimité, à la condition, bien entendu, que l’Etat ait une puissance économique assez grande, et des provisions métalliques suffisantes pour résister victorieusement aux intluences subversives du rapport légal. La loi, sans décréter la valeur de l’argent par rapport à l’autre métal, assure en fait à cette valeur, comme on l’a vu avant 1873, une certaine stabilité autour du rapport légal, grâce au monnajmge elfectué suivant ce rapport sans limitation de quantité.
Il semblerait, à entendre certains économistes, que le rapport de valeur actuel de l’or et de l’argent, 1 à 34, soit imposé par une loi de nature inéluctable comme la loi de gravitation, et que l’argent ait une valeur naturelle, comme il a un poids naturel. Est-ce donc qu’il résulte fatalement d’un certain rapport entre les quantités d’or et d’argent annuellement extraites des mines, ou entre les
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quantités d’or et d’argent existantes dans le monde, un certain rapport de valeur naturel entre les ileux métaux? Evidemment non ; les deux rapports, celui des quantités et celui de la valeur, n’ont jamais eu de correspondance déterminée. La valeur dépend de l’oUre et de la demande, et il est évident que l’Etat, en ouvu’ant ou en fermant ù un métal l’immense débouché du monnayage, exerce sur sa valeur une inlluence considérable. Et si plusieurs Etats de premier ordre admettent les deux métaux au monnayage illimité suivant un certain rapport, ils leur assignent par là, comme les faits l’ont prouvé, un rapport de valeur stable.
L’or et l’argent sont des marchandises, sans doute, mais non de même espèce que les autres, quand ils sont monnaie grâce à la frappe libre, L’État serait impuissant, évidemment, à établir une valeur fixe du blé relativement à l’avoine, ou un prix invariable de l’un et de l’autre; mais aussi, le blé et l’avoine sont-ils des marchandises auxquelles la loi confère la qualité de inonnaie ayant force libératoire? Aucune assimilation ne peut être faite entre les deux rapports, celui que l’Etat voudrait établir entre deux marchandises ordinaires, et celui qu’il institue entre deu.x métaux faisant office de monnaie, trouvant, pour cette raison, acheteur en toutes cii’conslances, et pouvant se remplacer mutuellement dans les paiements par la seule force de la loi. J’ajoute que l’or et l’argent sont des marchandises dont les quantités existantes, relativement restreintes, conservent la proportion la plus vmiforme, parce que les quantités nouvelles, venant s’ajouter à un stock pour ainsi dire indestructible, n’exercent qu’une faible influence sur cette proportion. Ceux mômes qui admettent, en matière de monnaie, l’influence décisive des rapports de quantité sur les rapports de valeur, doivent reconnaître qu’il est plus facile à l’Etat d’obtenir une certaine fixité de valeur pour l’or et l’argent que pour le blé et l’avoine. D’ailleurs, les faits sont péremptoires ; cette fixité, l’Etat français l’a obtenue approximativement jusqu’en 1873; et certes, il n’aurait jamais pu atteindre, pour deux marchandises ordinaires, un résultat semblable ou même approchant.
L’argent a subi, vis-à-vie de l’or, une baisse de valeur de 55 ®/o depuis 1873; mais le rapport actuel est-il celui qui s’établii’ait natiu’ellement entre deux marchandises ordinaii’es ? 11 s’en faut de beaucoup, car la condition faite aux deux métaux par les lois ellesmêmes est très inégale. L’or est monnaie, il peut se présenter
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parLoul, il esL partout accepté à la frappe clans le monde civilisé. Le métal argent, au contraire, est une marchandise ordinaire, c[ue les Hôtels des Monnaies n’admettent pour ainsi dire nulle part à la frappe pour le compte du ]Hd)lic ; il ne reste monnaie c|ue dans rE.xtréine-Orient, et dans cjuelc|ues pays d’importance économicpie secondaire. Sout-ce là des conditions naturelles, propres à faire ressortir entre les deux métaux un rapport de vale'ur naturel ? Si les Monnaies fermaient leurs portes aux deux métaux, si l’humanité revenait aux échanges par lingots pesés, on ])Ourrait dire alors C[u’il s’établit entre l’or et l'argent un rapport naturel. Aujourd’hui, au contraire, une cause artiücielle et légale intervient en faveur de J’or, et cette cause est si puissante, cjue si les mines d’or venaient à décupler leur production, alors cjue les mines d’argent restreindraient la leur, l’or, soutenu par son privilège légal, garderait encore, très probablement, une valeur par rapport à l’argent supérieure à celle cpi’il avait cjuand le privilège était partagé. Supposons au contraire la situation retournée, l’argent rentrant en triomphateur dans tous les pays cjui l’ont banni, son rival subissant à son tour toutes les persécutions t|ui atteignent aujourd’hui le métal blanc. Ne verrions-nous pas rapidement la valeur de l’or relativement à l’argent s’alTaisser, au point de ramener le rapport au-dessous de 15 1/2?
J’ai dit antérieurement que, dans un Etat privé de toute communication avec les autres, le souverain pourrait, en offrant à l’or et à l’argent un éeoulement illimité à la Monnaie suivant un certain rapport tel c|ue le 15 1/2, donner à la valeur relative des deux métaux une fixité complète, car personne n’aurait intérêt à demander une monnaie plutôt que l’autre, môme dans le cas où l’une serait beaucoup plus abondante que l’autre. La prime sur un métal, dans un Etat bimétaüiste en relations avec d’autres, est due à des influences extérieures qui attirent ce métal en dehors. Elle ne pourrait résulter d’une cause intérieure, dans un Etat absolument isolé, que si la loi voulait brusquement imposer un rapport heui'lant violemment les habitudes et les opinions sur lesquelles se basait le rapport antérieur. Si par exemple le législateur déclarait que désormais la Monnaie, ouverte aux deux métaux, frappera l’or et l’argent suivant le rapport de i à 5, il arriverait peut-être que le public conservât pour l’or une prédilection résistant à l’abaissement du rapport légal. La monnaie d’or serait alors fondue
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pour l’orfèvrerie, ou Ihésaurisée ; l’or, recherché pour les usages induslriels, serait l’objet de transactions à titre de marchandise ordinaire, et gagnerait une prime sous la seule impulsion du marché intérieur. Cet état de choses subsisterait-il, et l’opinion courante, cpii fait le soutien de la valeur, ne se modifierait-elle pas à la longue sous l’influence du rapport légalement établi? Peut-être bien ; mais il y aurait au moins une période où, dans notre île inaccessible, le rapport légal ne serait pas observé.
Mais, alors, peut-on dire, ce serait une tentative aussi folle, si des législateurs modernes cherchaient à rétablir entre l’or et l’argent le rapport 15 1/2, quand le rapport actuel est 34 ; l’or aurait une prime énorme, qui déjouerait toute tentative pour ramener l’ancien état de choses. « Déclarer que le rapport de l’or à l’argent doit être de 1 à 15 1/2, quand le rapport des marchandises est 1 à. 35, serait, de la part du législateur, aussi grotesque que de déclarer que 15 1/2 = 35 » C
Il est naturel, au contraire, de penser que ce rapport pourrait être rétabli, si les principales puissances, celles qui disposent des masses métalliques les plus considérables, s’entendaient pour admettre le monnayage libre des deux métaux suivant celte relation. Ce que les lois ont pu défaire, elles peuvent le refaire; l’immense débouché qu'elles ont retiré à l’argent, elles peuvent le lui rendre ; la fonction séculaire qu’il a exercée, elles peuvent la lui restituer. II y aurait quelque témérité, ce me semble, à traiter de théoriciens idéologues et songe-creux, ceux qui pensent qu’un accord entre les grandes nalions pourrait réaliser aujourd’hui ce que le régime intérieur de quelques Etats permettait d’obtenir autrefois. La France était alors le pays qui contribuait le plus à soutenir le rapport 15 1/2, parce que c’était celui qui possédait les
^ Mac Leocl, Bimetalism, 2® éd., 1894, p. 104. L’auteur, que l’ardeur de sa foi entraîne à quelques vivacités, considère que Touverture des Monnaies ù, la frappe libre de l'argent ne modifierait en rien la valeur actuelle de ce métal relativement l’or. Il en résulterait seulement que la monnaie d'argent tomberait à la valeur actuelle du métal, et perdrait, par conséquent, plus de la moitié de sa valeur. Ce serait donc la banqueroute universelle des débiteurs, notamment des Etats qui âe libéreraient en monnaie d’argent dépréciée (p. 149). M. Mac Leod redoute surtout cette éventualité pour notre pays, où, dit-il, « si nous sommes bien informés, il n’y a pas d’or dans la circulation générale; la seule monnaie métallique en usage consiste dans ces terribles i^ièces de 5 fr. que les Américains appellent des roues de cari^osse ». Toutes les enquêtes sur notre circulation monétaire, notamment celle de 1891, établissent que Tor entre pour 70 o/o dans l’ensemble des espèces métalliques en circulation.
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plus puissantes réservées de métal, et le seul, ou à peu près, dont la lég’islalion bimétallique fut basée sur le rapport 15 1/2. C’était donc la France surtout qui, dans le cas où le rapport commercial s’éloignait de ce point d’équilibre sur le marché anglais, recevait le métal en baisse, et i-envoyait le métal eu hausse; car elle le possédait en assez grande (piantité pour en fournir abondamment le marché étranger, où la hausse se trouvait ainsi réfrénée. Les États-Unis, après avoir étahli le rapport 15 en 1792, adoptèrent le rapport IG après 183i, pour attirer l’or, et furent ainsi, pour le rapport 15 1/2, une cause de trouble et non un appui. En Allemagne, en Autriche, l’or n’avait pas cours légal et n’existait qu’en faibles quantités ; ces pays ne pouvaient donc pas soutenir la valeur de l’argent par des exportations d’or avant 1850. En Angleterre, môme condition pour l’argent; ce pays ne pouvait donc pas soutenir la valeur de l’or par des exportations d’argent après 1850. La France seule (et, à un moindre degré, les autres Etats de l’Union latine), sidjissait tous les assauts, et savait y résister L
11 est donc permis de croire que l’Allemagne, l’Angleterre, les États-Unis et hi France pourraient, encore aujourd’bui, en rétablissant, par un accord international, l’égalité de traitement entre l’or et l’argent, ramener leur valeur à l’ancien rapport que la France parvenait jadis à maintenir entre eux. Quoique l’argent ait aujourd’hui une production annuelle 3 à 4 fois plus forte qu’avant 1870, et G à 10 fois pins forte qu’avant 1850, il ne faut pas
^ Je n'ai pas Ja stalisliqiic de Ja frappe h Létranger pour la période antérieure à 18oD, de sorte (tue je ne puis montrer par des chifi'rcs comment notre pays a été le principal appui de la valeur de Largent. Je puis seulement dire que la frappe de Largent eu France, avant 1850, a allciut le cliifTi*e de 4,457 millions, l^our la période i:>ostérieure, taudis que la frappe de Tor a été, entre 1857 et 1870, de 30 millions pour rAllemagne, de 223 millions pour rAutriclic-IIongrie, de 1 ,241 millions pour la Russie ; et enlre 1850 et 1870, de 2,720 millions pour rAugleterre ; de 3,225 millions pour les Etals- Un is ; la Monnaie française, dans la meme période, a frappé en monnaie d’or 6,436 millions, la Relgiipie 174 millions, et ritalie 264 millions. Mais les chiffres, comparés pour la France et l’Angleterre, des importations et exportations de métaux précieux, sont plus instructifs encore, parce qu’ils montrent comment la France défendait l'équilibre à 15 1/2, non seulement en recevant le métal en baisse (For), comme pouvait le faire l'Angleterre monomélalliste, mais aussi en renvoyant le métal en bausse. Je prends les chiffres des importations et exportations nettes, c’est-à-dire en excédant des exportations et importations. Entre 1851 et 1870, la France a importé 5,004 millions d'or, et exporté 1,085 millions d'argent. Dans la période 1858-70, FAngletcrre importait 1,671 millions d'or, cl n’exportait Fargcnt que pour 50 millions de francs (Soetbeer, Malé?naux, p. 47 et 48).
oublier que la production annuelle de l’or est elle-même 5 fois plus forte qu’entre 1840 et 1850, 18 fois plus forte même qu’au commencement du siècle, et que le rapport des quantités extraites d’or et d’argent n’est pas sensiblement dilférent de celui qui existait avant 1850, alors que le 15 1/2 était un fait. 11 me paraît inadmissible-que, dans les conditions présentes, la proportion de l’argent à l’or annuellement extrait étant inférieure à ce qu’elle était dans la première moitié du siècle, les plus grandes puissances commerciales du monde ne puissent pas assurer au moins le retour à l’ancien état de choses, à un rapport très rapproché du 15 1/2.
Du jour où le marché serait certain que la frappe doit être reprise dans ces conditions, du jour où il saurait que la Monnaie anglaise donnera 60 p. 7/8 de l’once d’argent, et la Monnaie française 222 fr. 22 du kilo, il n’est pas douteux que le métal, affranchi des causes artificielles qui ont provoqué sa baisse, se coterait à ce prix. Dès avant l’ouverture des Hôtels des Monnaies, l’argent serait déjà au pair, et nul, bien entendu, ne pourrait réaliser un bénéfice en achetant sur le marché un kilog. d’argent au prix de 100, 150 ou 200 francs, qu’il irait ensuite porter à la Monnaie pour en retirer un bon de 222 fr. 22 (moins les frais). Dans un régime bimétallique, uu métal ne peut pas être au-dessous du pair, à moins de retards dans la frappe; c’est là un fait certain. Le rapport international ne pourrait être faussé que par une primo sur l’or. Or, dans des Etats disposant d’un stock d’or considérable, comme la France et les autres pays qui devraient conclure un accord avec elle, la prime sur l’or ne pourrait pas apparaître immédiatement ; elle n’aurait de raison d’être que si l’or devenait rai’e, postérieurement à l’ouverture des Monnaies à la frappe de l’argeid. Le rapport 15 1/2 serait donc atteint, au moins au début; mais se maintiendrait- il dans l’avenir? Les raisons exposées jusqu’ici ne nous permettent qu’une réponse provisoire ; il serait au moins observé, sur le marché, dans les limites où il l’était avant 1873.
Le rapport des deux métaux aurait-il plus de fixité avec le bimétallisme international qu’avec le bimétallisme français ? — Si le bimétallime international tlevait se borner à se résultat, de donner au rapport de valeur des deux métaux la fixité toute relative qu’il avait avant 1873, il présenterait à certains égards de sérieux inconvénients. On a vu, en etfet, que les oscillations du rapport commcr-
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cial entre l’or et l’arg-ent, quelque légères qu’elles fussent, suffisaient cependant, à l’époque du bimétallisme français, pour priver la France de la plus grande partie de sa monnaie supérieure, c’est-à-dire de celle de ses deux monnaies qui possédait la plus grande |)uissance d’acquisition à l’étranger. Sans exagérer le péril d'une telle situation, — favorable, en principe, à la production nationale, à raison de la dilTérence du change qui résulte de la dépréciation de la monnaie restée en circulation par rapport à l’autre — , on peut dire cependant qu’elle est fâcheuse pour le crédit public, onéreuse pour l’Etat et pour tous ceux qui ont à contracter des emprunts au dehors, dangei’euse pour le commerce international livré aux hasards des nuctuatious anormales du change. 11 est donc intéressant de rechercher, si les variations d’autrefois pourraient se produire encore dans le nouveau régime, et si l’or, notamment, pourrait hausser au-dessus du tarif officiel de la Monnaie.
Axicune convention diplomatique ne poui'ra jamais empêcher un État de s’obérer et do perdre sa monnaie métallique. Il y aura donc toujours, enti’e les divers pays, des difiérences de change causées parla dépréciation de la monnaie intérieure de ceux qui se trouveront réduits au papier ; de môme qu’il y aura toujours, bien entendu, même entre pays pourvus de monnaie également bonne, de légères oscillations du change suivant la balance des paiements. Tout cela est inévitable. Mais on est en droit de demander au bimétallisme international, avant d’y adhérer, la preuve qu’il ne laissera pas subsister des ditférences de change dues exclusivement à la dépréciation d’une monnaie métallique par rapport à l’autre; cpi’il n’encouragera pas la spéculation consistant à priver un pays de sa monnaie supérieure, pour l’inonder du métal en baisse. On est en droit de lui demander s’il est en mesure d’assurer la stabilité complète, plus complète même qu’avant 1873, de la valeur l'éciproque de l’or et de l’argent, de telle sorte que les deux métaux, tout en restant marchandises de valeur variable vis-à-vis de tous les autres articles, cessent d’être marchandises l’un vis-à-vis de l’autre, pour n’être plus, à eux deux, qu’un étalon unique des valeurs. Est-ce trop exiger?
Il ne suffît pas de répondre que, dans le régime bimétallique, les variations ne peuvent pas se produire, parce que nul n’a jamais intérêt à céder 15 kil. i /2 d’argent pour moins de 1 kil. d’or, la
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Monnaie donnant 3,444 fr. 44 de rnn comme de l’autre (je fais abstraction des frais de fabrication). Ce serait vrai si les Monnaies des Etats bimétallistes étaient des bureaux de change des monnaies au pair, et remboursaient à volonté 3,444 fr. 44 d’argent, ou 15 kil. 1/2, contre 3,444 fr. 44 d’or, ou 1 kil. En pareil cas, effectivement, nul ne consentirait, dans aucun pays, à recevoir moins de 1 kil. fl’or pour 15 kil. 1/2 d’argent (sauf de légères différences pour les frais de déplacement). INIais la Monnaie d’un lîtat bimétalliste à qui l’on porte 15 kil. 1/2 d’argent peut très bien — et elle use toujours de cette faculté si l’or est rare — acquitter le bon de monnaie en argent, et remettre au porteur 3,444 fr. 44 en espèces d’argent. Il est évident qu’en agissant ainsi, elle ne soutient pas la cote de 15 kil. 1/2 d’argent au prix de 3,444 fr. 44 or, suivant le l’apport 15 1/2, et que rien, dans les dispositions légales qui fixent les tarifs de la Monnaie, n’empéche ajrriori le prix de 15 kil. 1/2 d’argent de tomber, par exemple, à 3,389 fr. 76 or, suivant le rapport 15 3/4.
11 n’est donc pas irrationnel de supposer — et les précédents du bimétallisme en font foi — que, dans un pays bimétalliste même, le kil. d’or puisse faire prime, et se coter 3,500 fr., prix signifiant 3,500 fr. en monnaie d’argent ; le rapport est alors 3,500 : 222,22 = 15 kil. 75 d’ai’gent, contre 1 kil. d’or. De même, il est théoriquement possible qu’à côté des Etats bimétallistes, le kilo d’argent se cote, dans un pays qui n’admet pas la frappe de ce métal, 218 fr. 69, prix signifiant 218 fr. 69 d’or (ou de monnaie d’argent assimilée, d’une valeur supérieure à celle du lingot); le rapport est toujours 3,444,44 : 218,69 = 15 kil. 75 d’argent, contre 1 kil. d’or. Enfin, dans un pays réduit au papier-monnaie, où la prime sur l’or est de 5 "/o? ü est parfaitement possible que, le kilo d’or se cotant 3,444 fr. 44 -|- 5 ° j „ — 3,616 fr. 66, le kilo d’argent se vende 229 fr. 62, avec une prime de 3 fr. 33 ”/« vis-à-vis du papier; le rapport est toujours le même, 3,616,66 : 229,62 = 15,75.
-Mais, si ces écarts sont toujours théoriquement possibles, malgré l’adoption du bimétallisme par un ou plusieurs Etats, il s’agit de savoir s’ils seraient probables, dans le cas d’une Union monétaire constituée telle que je l’ai supposée. Je ne le pense pas, et, sans me dissimuler qu’il est dangereux de formuler des prévisions pour une situation si nouvelle, non sans doute par son principe qui est
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très ancien, mais par la généralisalion internationale d’un rap[)ort uniforme suivant lequel les deux métaux seraient admis au libre monnayage, je crois pouvoir dire que cette situation serait beaucoup plus favorable à la fixité du rapport que celle des siècles antérieurs, dans lesquels les rapports légaux variaient suivant les pays; plus favorable même que celle de la période 1803-1873, dans laquelle l’action du régime français était encore contrariée |)ar des influences perturbatrices. Nous allons parcourir les ca\ises possibles qui seraient de nature à romi)re le pair conventionnel des deux métaux à 15 1/2, et nous demander si elles seraient assez puissantes pour altérer sérieusement le système.
Parmi ces causes, on est tenté, évidemment, de placer en première ligne l’affluence de l’argent, et l’abondance excessive de cette monnaie relativement à l’autre. Car la production du métal blanc dans le monde est déjà colossale, et tout porte à croire L[u’elle augmenterait encore, si tle nouveaux débouchés s’ouvraient devant elle à l’infini, assurant à cette industrie des bénéfices inconnus depuis de longues années. Or les Etats bimétallistes devraient accepter et revêtir de leur empreinte tout le métal qui leur serait apporté, et qui viendrait grossir outre mesure le stock considérable de monnaie blanche que quelques-uns yjossèdent déjà. D’autre part, les grands Etats créanciers du inonde, comme l’Angleterre et la France, seraient payés en argent par leurs débiteurs étrangers, membres ou non de l’Union, dès que les deux monnaies auraient force libératoire semblable dans les relations internationales; car les pays débiteurs profiteraient sans doute de cette aubaine inespérée pour écouler au dehors toide leur monnaie d’argent, et, après s’en être débarrassés, ils aimeraient mieux encore, poui' s’acquitter dans l’avenir, envoyer de l’argent en barre, plutôt que de se priver de leui’ or. Comment les pays bimétallistes l’ésisteraiont-ils à cette surcharge, qui altérerait profondément les proportions antérieures entre leurs deux monnaies? Comment feraient-ils acce|»ter au public l’usage d’une monnaie encombraide, doid celui-ci s’est dégoûté? Comment supposer qu’une telle altération des proportions laisserait intact le rapport 1.5 1/2 entre les deux monnaies?
Arrêtons-nous d’abord à cette consitlération très juste, que, dans tous les pays d’(Jccident, le public re[»ousserait la grosse monnaie l)lanche si elle devenait trop abondante. Il est de toute évidence que le métal blanc, frappé sans relâche, ne pourrait entrer dans la
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circulation. Cliaque monnaie a sa fonction particulière à l’intérieur d’un pays : le cuivre ou le nickel pour l’appoint, l’argent pour les petites sommes, l’or pour les paiements de moyenne importance, le papier pour les grandes alTaires. Si donc on voulait lancer de fortes quantités de métal blanc dans la circulation, celle-ci les rejetterait aussitôt, comme on l’a vu toutes les fois que la tentative en a été faite par la Banque de France.
Est-ce une raison pour croire que l’argent ne soit 'apte qu’au rôle de monnaie d’appoint? En aucune façon. L’argent, lourd et incommode lorsqu’il s’agât de sommes importantes, n’a pas besoin, pour rendre les services qu’on attend de lui, de circuler effectivement dans le pays. Sa place est au fond des caves des Banques d’émission; qu’il aille s’y enfouir, comme l’or lui-meme, jugé, lui aussi, trop encombrant pour la grande circulation; celle-ci n’a besoin que de billets représentatifs solidement gagés par l’encaisse or et argent. Dans nos sociétés modernes, la véritable fonction de la monnaie métallique, en dehors de son rôle comme argent de poche, est d’ôtre une garantie, un gage fournissant une base au système du crédit; ce système est tellement colossal, que la monnaie métallique semble auprès de lui une quantité négligeable, et cependant il ne saurait se passer d’elle. Or, pour rendre ce service inappréciable de soutenir l’immense édifice du crédit, le métal n’a pas besoin de se montrer; il peut rester sous terre, immobile et puissant, comme une idole éblouissante et mystérieuse au fond d’un sanctuaire, pendant que sa doublure parade et fait figure à sa place sur la scène du monde. De bonne foi, l’argent est bien aussi capable que l’or de remplir cet office de réserve. Confondu avec l’or dans les coffres de la Banque, il peut soutenir comme lui la valeur du billet convertible, qui, dans la circulation intérieure, représente indistinctement les deux monnaies. Et s'il faut un jour jouer un rôle plus actif, et s’él)ranler pour solder au dehors un excédant de dettes in ternationales, s’il faut qu’une gi’ande Banque expédie à une autre une somme considérable en numéraire, les difficultés et les frais d’envoi ne sont pas tellement supérieurs pour l’argent, qu’ils soient capables d’exercer une influence sensible sur le rapport légal, et de donner lieu à une prime de quelque importance en faveur de l’or.
Revenons maintenant à la. question de l’invasion de l’argent. 11 semble fort probable que la production de ce métal recevrait une impulsion très vive du fait que les .Monnaies des principaux États
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s’ouvriraient devant lui. Parmi ceux qui l’admettraient à la frappe, les plus rapprocliés des centres d’extraction, tels que les États- Unis, seraient d’ailleurs naturellement désignés pour en recevoir la plus forte portion. Quant aux pays d’Extrême-Orient, on connaît leur puissance d’absorption ; déjà, à l’heure actuelle, ils prennent pour eux près de moitié de la production annuelle U Tant que ces Etats ne seront pas plus endettés qu’ils ne le sont actuellement vis-à-vis de l’Europe ils garderont pour eux tout l’argent qu'ils reçoivent annuellement des mines, et attireront même celui de l’Europe, si le développement de leur industrie leur permet de diminuer leurs importations, tout en restant exportateurs de matières premières et de denrées. La monnaie d’argent, qui croupit actuellement dans les réservoirs ])arliculiers de chaque Etat, d’où elle ne peut sortir sans déchoir, se trouverait mobilisée comme la monnaie d’or elle-même, le jour où l’ancien rapport 15 1/2 serait rétabli entre les métaux. Elle aussi, à son tour, se mettrait en marche, et on la verrait fuir comme jadis vers l’Asie aussi bien que les lingots. Nous sommes, en Europe, tellement habitués à la dépréciation de l’argent depuis vingt ans, tellement préoccupés par son al>ondance, et soucieux de reporter sur le voisin la perte qui en résulte, que nous ne songeons pas un instant à cette éventualité possible : l'absorption de notre argent par l’Asie grandissante.
Certes, ce n’est pas trop de tout l’argent et de tout l’or extraits des entrailles de la terre, pour suffire aux besoins croissants d’une humanité qui se développe tous les jours en nombre et en activité économique. Les métaux j)récieux, malgré l’immense extension du crétlit et des règUments par compensation, nous deviennent tous les jours plus nécessaires pour les petits échanges, pour les encaisses, les [)aiements internationaux et les emplois industriels. 11 paraît que les gisements d’or les |>lus riches s’épuisent on moins d'un demi siècle, et rpie la production de l’or s’arrêtera làen avant celle de rargetiL Est-ce donc le moment de renoncer à
1 V. les chifTrcs, pour les cinq années 1888-1892, dans IJaupt, Arbitvaqes et jiarités, p. 57 et 60.
2 Les deux derniers emprunts de guerre du Japon ont été couverts par des souscriptions nationales.
3 De Launay, IJaveiiir r/éologirjue de Vor et de Varient. Revue générale des sciences, 30 avril 1895.
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l’argent, pour nous condamner à une contraction monétaire grosse de souffrances ?
Mais si la monnaie d'argent s’accroît indéfiniment, alors que la monnaie d’or ne doit suivre qu’une progression beaucoup plus lente, comment espérer maintenir le rapport légal entre elles à un taux invariable ? Cette considération, qui frappe vivement les esprits, ne me paraît cependant pas avoir l’importance qu’on y attache. J’ai cherché à montrer que, dans un État biinétalliste, à moins de supposer l’adoption brusque d’un rapport rompant violemment avec toutes les traditions, le rapport établi par la loi entre les deux monnaies ne peut être troublé que pour des causes extérieures. La surabondance de l’argent n'est pas, par elle-même, un élément perturbateur du système, dans un Etat ou dans un ensemble d’États bimétallistes. Si l'argent se borne c'i les envalnr sans qu’il en résulte une demande plus active de l'or pour l’étranger, qu’importe que l’ancienne proportion entre les quantités des deux monnaies en circulation soit modifiée? Tant que l’or n’est pas recherché pour des paiements au dehors, les deux monnaies circulent toujours au pair, même si l'argent constitue la majeure pai’tie de l’encaisse des Banques d’émission, parce que la monnaie d’ai’gent possède, à l’intérieur du pays, même puissance libératoire que l’autre. Pour qu’il en fût autrement, il faudrait supposer des circonstances extraordinaires : les raines d'argent devenant aussi fécondes que les mines de cuivre ou de fer, les gisements d’or, au contraire, parvenus à l’épuisement. Peut-être alors le métal jaune se déroberait-il à la circulation, pour être thésaurisé ou employé en bijoux ; peut-être gagnerait-il une pi'irae par le seul efiét de la spéculation à l’intérieur des Etats bimétallistes. Mais ce sont là des hy|jothèses lointaines, impossibles à vérifier aujourd’hui ; et si elles se produisaient jamais, il y aurait lieu de chercher une solution nouvelle, modification du ra[>port légal, adoption pure et simple de l’étalon d’argent ou autre. Ce serait fâcheux sans doute ; mais, dans cette hypothèse où la production de l’or viendrait à cesser, le régime de l’étalon d’or ne causerait-il pas, de son côté, une contraction sans issue? N’ongendrerait-il pas une baisse des prix indéfinie, et une crise monétaire permanente?
Pour le monient, dans les conditions de production que Ton peut raisonnablement prévoii’ à l’heure actuelle, l’or ne peut avoir de prime, dans les Etats bimétallistes, que par l’elfet de circons-
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lances extérieures. Notre attention doit donc se tourner d’un autre côté, en dehors de leurs frontières.
Là, nous pouvons apercevoir plusieurs causes propres à attirer l’or des Etals unis dans le bimétallisme. C’est d’abord la situation de la balance des créances et des dettes. Si les pays bimétallistes sont constamment débiteurs des autres, et si ces derniers ne veulent être payés qu’en or, il est certain que l’or des premiers doit s’écouler par leurs frontières; bient.H chez eux il fait prime, le rapport international est altéré, et comme les monnaies cessent d’être au pair, le système entier est ]3erverti. Mais est-ce là une éventualité à craindre pour une ligne internationale bimétallique qui comprendrait justement tous les pays créanciers de runivers? Leurs placements à l’étranger sont dès à présent si considérables, que la balance du commerce pourrait leur être plus défavorable encore qu’elle ne l’est aujourd’hui, sans retourner le change contre eux. Mais peut-on croire que la production de ces grands pays se trouverait, sous le nouveau régime monétaire, dans des conditions inférieures à celles où elle se trouve aujourd’hui pour lutter contre la concurrence des autre pays? Ce serait justement l’inverse, et il n’est pas vraisemblable que ces Étals soient jamais dans la nécessité de solder en or, après compensation des créances nées de leurs placements, des excédants d’importations provenant de pays à étalon d’or, l'eul-ètrc seraient-ils débiteurs de l’Asie, mais qu’importe au point de vue de l’or? 11 serait possible encore qu’un pays de faibles ressources, entré dans l’Union, se trouvât délûteur d’un Etat monométallisle or, et perdît son or ; mais ce fait isolé ne pourrait avoir d’inlluence sur le rapport des métaux dans les grands Etats.
Celte hypothèse écartée, reste le danger de l’exportation de l’or par spéculation. 11 est bien entendu que nous ne devons pas en chercher l’origine dans la spéculation elle-même. Celle-ci n’est ([ue la l’é'sidlaide de la hausse de l’or, qu’elle contribue à généraliser et en meme temps à amortir; mais elle ne s’engendre ]m.s elle-même, elle ne s’entretient ni ne se développe par elle-même; elle ne trouve à s’exercer que s’il existe, en dehors d’elle, des causes d’appréciation de l’or.
Il faut donc supposer, pour qu’elle se produise, que les Élals ilissidents, conlinuantà |)oursuivre l’or comme seul apte à la fonction monétaire, et olfrant plus de marchandises pour 1 kil. d’orque
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pour J 5 kil. 1/2 d’argent, parviennent à entretenir chez eux un marché libre, sur lecpiel le rapport des deux métaux oscille constamment. Influencé par la pression des pays monométallistes or, le l’apport commercial s’y maintient au-dessus du rapport conventionnel de l’Union bimétallique, à 15 3/4 par exemple. On connaît la suite : importation, dans les États de l’Union, de tout l’argent annuellement produit, et de toute la monnaie d’argent des pays où l’or est ainsi apprécié ; en retour, exportation de l’or en hausse, jusqu’à ce que le rapport des monnaies et des métaux se mette, dans les pays bimétallistes eux-mèmes, au niveau de celui qui existe au dehors; nivellement qui se réalise, chez eux, non par une baisse de l’argent au-dessous de 222 fr. 22, mais par une prime de l’or au-dessus du pair 3,444 fr. 44, portant son prix à 3,500 fr. dans l’hypothèse.
Mais est-il permis de croire que les quelques pays restés fidèles au monométallisme or, ou au bimétallisme incomplet, auraient assez d'influence, de puissance économique, pour déprimer la valeur de l’argent relativement à l’or, valeur soutenue par l’Asie entière, et par les Etats les plus riches de l’Europe et de l’Amérique? Avant 1873, nous étions à peu près seuls à lutter contre les influences hostiles exercées par des rapports difl'érents établis dans d’autres pays bimétallistes, et contre les tendances du marché libre auquel l’Angleterre, adonnée à l’étalon d’or, donnait asile ; avec nos seules ressources, par l’exportation de notre monnaie supérieure, nous parvenions à réprimer les écarts, au point de les limiter entre 15 et 16. Mais aujourd’hui, si nous étions soutenus par toutes les autres grandes puissances métalliques, que n’empècherions-nous pas? Ce n’est pas l’Angleterre, entrée elle-même dans l’accord international, qui donnerait l’impulsion à la baisse de l’argent. Où donc irait-il se réfugier, ce marché régulateur capable de troubler le rapport établi? En Australie, au Cap, dans l’Amérique du Sud? En admettant qu’un marché important pour les deux métaux piit s’établir dans ces régions lointaines, il faudrait que les fluctuations y fussent bien fortes, dépassant en impoi'tance toutes celles qu’on a pu constater avant 1873, pour que le bénéfice des spéculateurs disposés à drainer l’or de l’Europe ne fût pas absorbé par les frais de transport et autres. Ce marché serait donc en Europe, en Autriche peut-être, au Portugal, en Suède ou ailleurs.
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En supposant que l’un de ces pays fût capable décentraliser toutes les transactions sur les métaux, comme l’Angleterre l’a fait jusqu’ici avec sa puissante organisation commerciale, il semble invraisemblal)le qu’il pût avoir, même avec l’appui des autres pays dissidents, assez de force pour imposer sa loi aux grandes nations bimétallistes, et pour troubler le rapport que celles-ci observeraient si elles étaient laissées à elles-mêmes. La France, l’Angleterre, l’Allemagne, les États-Unis, sans parler des petits Etats riches comme la P)elgique et la Hollande, qui adhéreraient très j^robablement à la convention, détiennent à eux seuls un stock d’or monnayé qui peut être évalué, s’il est permis de donner des chiffres en pareille matière, à 13 milliards, sur 18 milliards composant la circulation d’or universelle. Que pourraient quelques lUats isolés, d’importance secondaire au point de vue économique, contre un pareil colosse, disposé par lui-même à maintenir le rapport 15 1/2 entre l’or et l’argent? Et, en concédant que la poursuite de l’or par ces irréconciliables adversaires du métal blanc fût de nature à créer une tendance à la baisse de l’argent, ne voit-on pas qu’il suffirait aux grands Etats de laisser écouler au dehors une faible partie de leur énorme réserve d’or, pour satisfaire aux demandes d’or clfeclives (c’est-à-dire accompagnées de l’offre d’une contre-piartie), et pour enrayer bien vite la baisse? Si l’on se rappelle comment nous avons su limiter les fluctuations du rapport dans le monde par le seul écoulement de celle de nos monnaies qui était la plus appréciée au dehors, quand on songe que nous avons pu fournir à toutes les demandes d’argent de l’Angleterre et des Indes pendant la famine de coton, sans jamais laisser tomber le rapport au-dessous de 15, on se demande si une Union bimétal liste, comprenant avec nous l’Angleterre et les autres grandes puissances, pourrait jamais s’apercevoir que sa circulation se trouve appauvrie dans l’un de ses éléments par des attractions extérieures, et l’on est disposé à croire que les variations du rapport des deux métaux seraient insensibles.
Dans toute cette discussion, nous supposons toujours que quelques pays restent obstinément attachés au culte de l’or. A vrai dire, l’hypothèse a quelque chose d’invraisemblable. Ce ne serait sans doute pas par goût, pour les besoins de leur circulation intérieure et de leurs paiement réciproques, que ces États continueraient à rechercher l’or de préférence à l’argent. Ce serait bien
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plutôt pour les paiements qu’ils auraient à effectuer clans les grands pays créanciers faisant partie de la Ligue bimétallique. Mais comme les deux métaux, dans les Etats bimétallistes, seraient revenus au pair suivant le rapport 15 1/2 dès le jour où la frappe de l’argent serait devenue libre, les créanciers, dans ces pays-là, n’auraient plus aucun intérêt à exiger de leurs débiteurs étrangers le paiement en or plutôt qn’en argent. 11 y aurait donc peu de chances pour que, dans cette situation nouvelle, les Etats même dissidents conservassent leur préférence pour l’or. La principale cause d’appréciation de l’or ayant disparu au début du nouveau régime, on n’aperçoit pas facilement comment le pair pourrait être rompu dans l’avenir.
Cependant il faut tout prévoir. Si les Etats c}ui ont refusé d’adhérer à rUnion n’ont pas confiance dans sa durée, ils chercheront sans doute à profiter des circonstances, et à faire provision d’or pour le jour où, l’Uniou étant rompue, l’or reprendrait son empire. Et dans les Etats Ijimétallistes eux-mémes, il est possible que les particuliers, les hommes d’att’aires, partagent le môme sentiment, et persistent, dans les relations internationales, à préférer l’or à l’argeid. Leurs créances sur l’étranger étant stipulées payables en or, ils continueront à exiger que le service des intérêts se fasse en or; par là môme, ils empêcheront l’or et l’argent de toucher le pair, ou bien, s’ils ne les en empêchent pas dès le début, ils les en détourneront très vite par la suite.
Là se trouve, je le reconnais, le véritable danger ; peut-être en effet cet état de choses entraînerait-il une certaine faiblesse des cours de l’argent. Mais, à supposer qu’il en l’ésultàt une exportation d’or en dehors de l’ünion par l’effet de la spéculation, cet or reviendrait immédiatement, conformément à l’hypothèse même, puisqu’il ne serait recherché au dehors que pour être renvoyé en paiement. Et l’on est ainsi amené à se demander s’il pourrait jamais y avoir, d’une façon appréciable, rupture du pair entre les deux monnaies dans les Etats bimétallistes. Au moment où ces Etats reprendraient la frappe de l’argent, l’or, abondant chez eux comme aujourd’hui, n’aurait certainement pas de prime immédiate; plus tard, s’il venait à émigrer, ce serait pour revenir. A quelle époque pourrait-il donc avoir, par le fait de sa rareté, une prime suffisante pour vicier sérieusement le système? S’il est possible que le sentiment de défiance auquel je viens de faire allusion
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se prolonge quelque temps, il n’est pas à présumer qu’il persiste indéfiniment en présence de la réalité, lorsque les souvenirs du rapport 1 à 34 se seraient elïacés. Chacun finirait par se convaincre que les deux métaux sont parrailement capables de remplir le môme office monétaire, et, quand le système aurait été éprouvm, quand il apparaîtrait à tous que nul n’a intérêt à rompre l’accord et à retomber dans l’ancienne situation, si fausse, si anormale, si périlleuse, la confiance renaîtrait d’elle-môme, et la dernière cause d’appréciation de l’or s’évanouirait.
Pour ces diverses raisons, je ne pense pas que, dans un régime de bimétallisme, sinon universel, du moins très général, la loi de Gresham ait l’occasion de s'exercer, parce que le rapport jouirait sans doute d’une fixité à peu près complète. Je reconnais d’ailleurs volontiers qu’il y aurait avantage à engager dans la Ligue le plus grand nombre d’Etats possible; plus l’Union serait- forte, plus faibles seraient les centres d’attraction de l'or au dehors, plus solides les résistances intérieures L
Conséquences de la dissolution de VUnion bimétallique internationale. — Mais le jour où l’accord se romprait, ne faudrait-il pas procéder à la liquidation dans des conditions désastreuses ? La rupture de l’Union, suivie d’une suspension universelle de la frappe de l’argent, serait, en effet, le signal d’une brusque dégringolade des cours de ce métal, et d’une baisse formidable dans la valeur métallique de la monnaie blanche. Or cette monnaie,
* Ceux mpiTies des membres de la Gold and Silver Coynmission qui n’ont pas cru devoir recommander l’adoplion du bimétallisme international, ont ainsi conclu dans leur rapport particulier en 1888 ; Partie^ § 107 ; « Nous pensons qu’en toutes circonstances qu’on peut raisonnablement entrevoir pour l'avenir, pour autant que l’expérience du passé peut le faire prévoir, un rapport stable (entre l’or et l’argent) pourrait être maintenu, si les Etats dont il a été question (l’Angleterre, les Etats-Unis, l’Allemagne et T Union latine) se décidaient à adopter et à. maintenir strictement le bimétallisme sur la base du rapport proposé ; nous pensons que si, dans tous ces pays, l’or et l’argent pouvaient être monnayés librement, et par conséquent s’échanger contre des marchandises d’après le rapport fixé, la valeur marchande de l’argent, mesurée en or, se conformerait ce rapport, et no s’on écarterait pas d’une façon appréciable. » Signé par lord J lerschcll, sir John Lubbock, sir Farrer, et MM. Birch,Freemantle,et Léonard Courtney. Plus loin, les memes commissaires déclarent qu’ils ne croient pas qu’avec un système bimétallique il y ait un danger sérieux de voir l’or disparaître graduellement de la circulation (§ 119). (V. les citations dans de Laveleye, La Mo7inaie et le bimétallisme, ch. xli et ni). Ces honorables membres sont donc aussi bimétallistes en théorie que leurs collègues, sir Louis Mallet, sir Rarbour, sir Tlouldsworth, MM. Balfour, Chaplin et Montaigne, qui ont conclu en faveur d’une entente internationale.
frappée sans discontimier pendant toute la durée de la convention, accrue, par conséquent, dans des proportions considérables, serait répandue partoid, puisqu’elle aurait circulé à. travers le inonde pour sa valeur métallique. Chaque Etat serait sans doute tenu, après la suspension de la frappe, de reprendre sa monnaie d’argent pour sa valeur légale au pair. Une pareille liquidation ne serait-elle pas ruineuse pour les Etats qui se seraient lancés dans cette aventure du bimétallisme?
En parlant ainsi de liquidation, on sendile assimiler la convention bimétallique aux Unions monétaires qui ont pour olijet, comme l’Union latine ou. l’Union scandinavm, d’établir dans plusieurs Etats indépendants les memes types monétaires ayant cours légal réciproque. Ces sortes de conventions doivent, en effet, aujourd’hui que la valeur légale de l’une des monnaies est supérieure à sa valeur métallique, contenir une clause de liquidation, parce qu’il faut régler à l’avance les conditions dans lesquelles s’opérera, en cas de dissolution du pacte, le rapatriement de la monnaie faible d’un Etat, circulant sur le territoire des autres Etats contractants. .\u contraire, un accord portant simplement sur la reprise de la frappe de l’argent, et sur l’adoption d’un rapport identique, n’entrainerait à sa suite aucune liquidation dans le cas où il se dénouerait. Les Etats contractants, n’étant pas obligés de recevoir dans leur circulation les monnaies à l’effigie des autres Etats, n’auraient pas, en cas de rupture, à régler les conditions de leur rapatriement. Ils devraient, pendant la durée du pacte, marquer à leur empreinte le métal en barres, ou le métal monnayé en espèces étrangères qu’on présenterait à leurs Hotels des Monnaies, et ce serait tout. Si l’accord venait à cesser, ceux qui auraient en mains une monnaie étrangère la garderaient pour leur compte.
Mais cette perspective, pour les porteurs, d’avoir à subir une perte sur la monnaie d’argent étrangère qu’ils détiendraient au moment de la dissolution de l’Union bimétallique, ne serait-elle pas suffisante pour faire obstacle à la libre circulation internationale de cette monnaie? Qui voudrait accepter, dans de telles conditions, des espèces d’argent étrangères? Et dès lors, comment espérer que l’or et l’argent circulent jamais au pair dans les échanges internationaux?
Cette difficulté n’est qu’apparente. En l’absence même de toute clause de liquidation et de garantie, chaque Etat serait bien obligé,
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après la riiplare de reutente, d’accepter en paiement la monnaie d’argent portant son effigie, pour le nombre de francs, de marcs, de schellings on de dollars inscrit au revers des espèces. 11 serait môme de toute justice que, par le traité, les Etats contractants s’engageassent à n’apporter aucune rnodifîcatien de nature à entraver le rapali-iement de l’une ou de l’autre de leurs monnaies « par la voie du commei'ce et des échanges ». Cette faculté d’employer, à tout évènemeni, dans les paiements à effectuer en France, en .\ngleterre, en Allemagne, au.K Fitals-Unis, les espèces d’argent qui y aui’aient été frappées, serait une garantie suffisante pour la solidité de leur valeur et pour leur libre circulation au pair, car il ne faut jamais oublier que ces pays sont toujours créanciers dans les relations internationales.
Mais alors, peut-on dire, les grands Etats qui aiu’ont fait partie de l’L’nion bimélallitpie se trouvei'ont un jour ou l’autre forcés de reprendre toute la monnaie blanche frappée à leur effigie, comme si la convention avait contenu une clause de liquidation. C’est exact, sauf \ni point important : une clause de liquidation obligerait chaque Etat à reprendre immédiatement sa monnaie d’argent, et à la rembourser en or sur le pied de sa valeur légale; ce serait, de ce chef, pour le Trésor public, une perte sèche qui pourrait être colossale. Au contraire, la rentrée des espèces d’argent nationales par la voie du commerce se fera peu à [>eu, sans que l’Etat ait à intervenir, sans charge pour le budget. Un dira sans doute que la perte sera alors pour les particuliers, et que le pays, dans son ensemble, s’en trouvera toujours appauvri dans la même mesure. Il est certain que le pays, l’ecevant en paiement une monnaie de puissance inférieure (au moins dans les rapports internationaux), n’aura pas, vis-à-vis de l’étranger, un pouvoir d’achat aussi étendu que s’il avait été payé en or. Mais les particuliers obligés de recevoir cette monnaie renvoyée par l’étranger en souffriront-ils? Subiront-ils ainsi une perle de valeur?
l ’our répondre affirmativement, il faudrait admettre qu’en France, en Angleterre, etc., la monnaie d’argent, par le fait de son abondance, ne se Tnaintiendra pas au pair de l’or dans la circulation intéj'ieure. Mais ])ourquoi supposer que l’or fera prime dans ces deux pays, après qu’ils auront dénoncé le pacte et suspendu la frappe de l’argent? Est-ce parce que l’argent monnayé figurera en quantités plus considérables qu’aujourd’hui dans leur circulation, et
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surtout dans les encaisses de leurs Banques d’émission? Mais encore une fois, ce n’est pas la grande al)ondance d’une monnaie, môme dépréciée dans sa valeur métallique, qui entraîne par elle-môme la rupture du pair entre les deux monnaies; c’est la disparition de l’autre, ou plutôt le besoin que l’on a, dans un pays, de la monnaie rare, pour opérer des paiements à l’étranger; on peut s’en rendre compte aujourd’hui en France. Or, à moins de supposer que les grandes puissances deviennent débitrices de l’étranger, il n’y a pas de raison pour présumer qu’elles perdront leur monnaie d’or après la dénonciation du pacte plutôt que pendant sa durée. En admettant môme qu’elles aient laissé échapper une |»artie de leur or dans la période du bimétallisme, elles trouveront bien le moyen, en cas de dissolution de l’Union, de le retrouver un jour, après que leurs débiteurs auront usé jusqu’au bout de la faculté de les payei en monnaie d’argent à leur effigie.
.le ne méconnais pas d’ailleurs que l’existence, dans un pays, d’un énorme stock de monnaie d’argent dont la valeur est purement nationale — à cause de l’écart considérable qui existe entre la valeur de la monnaie et celle de son métal, — constitue une menace permanente pour l’Etat et pour les détenteurs de cette monnaie; c’est un danger pour le cas où le pays, devenu débiteur de l’étranger, aurait à se priver de sa monnaie forte. Aussi, quoique l’étendue de nos placements à l’étranger soit pour nous une garantie contre un revirement du change, la Banque de France, qui détient aujourd’hui 1250 millions en écus, ne se montre pas pleinement rassurée; sa situation se trouverait certainement consolidée du fait d’un accord international réhabilitant l’argent. L’accroissement du stock considérable de monnaie blanche que nous possédons déjà serait donc un mal, dans le cas où l’accord qui nous aurait obligés à l’augmenter viendrait à se rompre, et où l’argent serait de nouveau frappé de déchéance. Ce mal, il ne faut chercher ni à l’exagérer, ni à le dissimuler. Mais il existei'ait également pour les autres Etats jadis engagés dans l’Union, car rien n’autorise à croire qu’il aurait été frappé moins de pièces d’argent à l’effigie anglaise, allemande ou américaine qu’à l’effigie française. 11 est donc permis au moins de considérer cette éventualité comme étant propre à rendre justement plus solide le lien créé par un accord international. L’intérêt, non moins que l’esprit de loyauté, imposerait aux gouvernements la fermeté et l’esprit de
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suite dans cette entreprise; sur cette base, la confiance renaîtrait, et l’argent reprendrait sa valeur perdue.
La doctrine du birnétallisine rencontre de vives résistances, et se fait difficilement accepter des esprits les moins prévenus. Ce système d’un rapport fixe imposé à la valeur de deux métaux, dans lesquels on est tenté de voir deux marchandises ordinaires, se présente, il faut bien le dire, avec une allure paradoxale, bien propre à choquer l’intelligence. L’homme positif et de sens rassis, qui, par tempérament, répugne à admeltre que les choses puissent SC pjasser autrement qu il ne les voit dans le moment pjrésent, tj'aite volontiers d’utopie l'idée que le rapport actuel 1 a 34 pjuisse être ramené au taux de 1 à 1.) 1/2, par le seul etiet d un acte de volonté des Ltats intéressés, nuiconque aborde l’étude des questions monétaires doit se trouver séduit par la simplicité des solutions monométalliques, et enclin a les adopter; Punité, la symétrie, la parfaite concordance de ces solutions avec le majestueux édifice logi(pie des doctrines individualistes, sont bien laits pour exercer un {unissant attrait sur des esprits classiques, amoureux des belles ordonnances régulières. Lourlant il nous faut, en tout état de cause, renoncer à cette unité estliôtique, par cela seul que nous admettons l'usage de plusieurs monnaies. Le monométallisme lui-mème, en dehors de l’Asie, a quelque chose de composite; il est obligé de faire \ine place très large au pouvoir de l’État, reconnu capable fie donnei* une varleur légale à la monnaie d’argent; fatalement, nous tombons dans les doctrines boiteuses.
La théorie bimétallique ne s’impose pas du premier coup. Ce n’est pas qu’elle soit, comme on l’a dit, contraire à la vérité scientifique; mais, à cause de sa complexité même, elle est obligée de se démontrer, et de faire la conquête de notre esprit. Elle est donc, en général, une doctrine de convertis, ou, si on le préfère, d’apostats; beaucoup. Je pense, ont passé par ces étapes, et accompli cette évolution. Je n’aurais garde, d’ailleurs, d’insinuer par là que l’étude attentive de la question doive nécessairement conduire tout homme de bonne foi et de jugement droit à la seule solution qui a été défendue ici; ce serait ne rien comprendre à la diversité des intelligences et des natures. 11 faut s’elforcer de penser et de sentir, ne fùt-ce qu’un moment fugitif, comme ceux dont on ne partage pas les idées et les sentiments ; c’est, je pense, la con-
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dition essentielle du sens critique, en même temps que de la tolérance. A ce point de vue, les transfuges, capables d’un souvenir, d’un regard en arrière vers leur ancienne patrie, se trouvent peut-être dans la situation la plus favorable pour éprouver cette sorte de sympathie intellectuelle éclectique, qui n’est nullement synonyme, comme on pourrait le croire, de dilettantisme et d’impuissance à prendre parti.
IL Conséquences proeables du bimétat.uisme internationau sur la nature et
L,\ VALEUR DE l’ÉTALON MONÉTAIRE, ET SUR LA PRODUCTION NATIONALE.
En supposant admis désormais qu’un syndicat bimétallique, composé des nations les plus riches du globe, serait en état de maintenir suffisamment fixe le rapport de valeur entre l’or et l’argent, quelles seraient les conséquences du système? Si nous voulons rechercher celles qu’il produirait directement, nous devons concentrer notre attention sur la mesure de la valeur, et sur la fonction des deux monnaies comme étalons des prix. Quant à la nature de cette fonction dans le bimétallisme complet, je me contenterai de rappeler brièvement des principes déjà développés; mais je devrai étudier de plus près les effets possibles de l’adoption du bimétallisme sur la valeur (relativement aux marchandises) de l’étalon monétaire, sur le niveau et la fixité relative de cette valeur. Je me demanderai enfin quelle répercussion pourrait avoir le nouveau régime sur la production nationale.
Le monde est divisé en deux fractions, dont l’une n’emploie que l’argent comme instrument de circulation, tandis que l’autre n’accepte que Eor dans les relations internationales. En de telles conditions, il est d’une haute importance, pour la sécurité et l’équilibre des relations commerciales, que les deux métaux soient unis par un rapport de valeur fixe, et qu’ils forment à eux deux, comme jadis, une masse monétaire homogène, dont les éléments puissent être employés indifféremment les uns pour les autres, sinon dans tous les paiements internationaux, au moins dans la mesure des valeurs.
Cette unité de l’instrument de mesure se trouverait justement réalisée par le bimétallisme international, si les prévdsions exposébs précédemment se réalisaient. Tous les prix, sur le marché universel, seraient mesurés à la fois par l’étalon d’or et l’étalon d’argent.
DE LA JIESURE DE LA VALEUR
et ce double étalon unifié serait constitué non seulement par les deux monnaies, mais par les deux métaux. Tandis cpi’aujourd'bui l’étalon d’argent, dans les pays soumis au régime du monométallisme or ou du bimétallisme bâtard, est. un étalon dérivé et subordonné, exclusivement constitué par la monnaie d’argent, il deviendrait partout, si la reprise de la frappe rétablissait un rapport fixe entre les deux métaux, un étalon primitif et solidaire avec l’autre, résidant à la fois dans la monnaie d’argent et dans son métal. L’unité de mesure des valeurs- ne serait pas seulement, comme aujourd’hui, un certain poids d’or, étalon régulateur unique dont la valeur règle, dans chaque Etat, la valeur nationale d’un certain poids d’argent monnayé, tel que la cinquième partie de la pièce de cinq francs; ce serait aussi un certain poids de métal argent, tel que 4 gr. 50 d’argent fin en France; cette unité serait étalon des prix au môme titre et de la môtne manière que 0 gr. 2903 d’or fin.
Ce double étalon aurait-il une valeur plus fixe que l’étalon d’or actuel? Les prix seraient-ils exposés à moins de variations du fait de la monnaie? Le nouveau l'égime viendrait-il corriger la hausse de valeur de l’étalon monétaire dont se plaignent aujourd’hui les producteurs ? A’ous abordons ici la question des effets du bimétallisme international sur les prix.
Dans un p£iys comme la France, déjà saturé de monnaie métallique, le relèvement de la valeur de l’argent à 15 1/2 ne produirait sans doute aucun efi'et immédiat direct sur le niveau général des prix; les loyers, les salaires, les prix des objets de luxe et de la phq:)art des articles fabriqués, n’éprouveraient pas de modifications imputables à une baisse dans la valeur des deux monnaies considérées comme un tout. ElTectivement, la quantité des agents de circulation en France ne serait pas augmentée immédiatement par le fait de l'accord international. Aujourd’hui même, la monnaie blanche, à l’intérieur du pays, concourt comme l’autre à la fonction d’intermédiaire circulant; la reprise de la frappe de l’argeid, par laquelle la valeur métallique de notre écu se relèverait de 2 fr. 25 à 5 fr., n’aurait donc pas pour effet de rendre brusquement disponible, dans les échanges nationaux, le stock de monnaie d’argent que nous posséilons, puisque cette monnaie n’a jamais cessé de circuler. Le public, qui se sert aujourd’hui des écus, dans les échanges intérieurs, comme si leur métal valait etfectivement 5 fr.
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d’or, ne s’apercevrait même pas d’an changement dans la pièce de 5 fr., qu’aucun signe extérieur ne révélerait; seuls, les exportateurs de monnaie verraient qu’il y a quelque chose de nouveau, le jour où la pièce de 5 fr. serait acceptée dans les paiements à l’étranger comme le louis d’or.
Mais peu à peu, par le libre monnayage, la quantité d’or et d’ai’gent en circulation augmenterait. La valeur de la monnaie, or et argent, vis-à-vis des choses qui s’achètent et se vendent, irait donc en diminuant, si les échanges ne se développaient pas aussi vite que la quantité des moyens de circulation. Mais il est vraisemblable qu’une hausse lente et continue des prix aurait pour résultat, si elle se produisait, de stimuler l’activité économique, d’encourager les transactions, et qu’elle trouverait ainsi en elle-même son propre frein. Elle serait surtout bien vite enrayée, si l’Asie absorbait la plus grande partie de l’argent annuellement extrait des mines, et si les pays aujourd’hui privés de monnaie métallique parvenaient à en reprendre l’usage.
Je n’ai envisagé jusqu’ici que l'elfet direct de la frappe libre de l’argent sur le niveau général des prix, sur la valeur de l’étalon monétaire, dans les pays abondamment pourvus de monnaie métallique comme la France. Mais la question de l’inlluence du bimétallisme sur les prix n’est pas là tout entière; on peut encore se demander si cette intluence ne s’exercerait pas autrement, d’une manière indirecte, sur certains prix particuliers. 11 y a aujourd’hui, nous le savons, une baisse de prix universelle pour les marchandises de grande consommation, baisse qui résulte en grande partie de l’appréciation de l’or dans certains pays producteurs, et qui se répercute, par l’effet de la concurrence, jusque sur les pays où cette appréciation n’existe pas réellement. (Juels seraient les effets de la l'ébabilitation de l’argent sur les prix de ces marchandises ?
Pour ceux-là, il se produirait certainement une hausse immédiate, améliorant la situation actuelle de la production européenne; car les prix de ces marchandises, dans les pays concurrents dont la monnaie est en argent ou en papier, ne se tiendraient plus à des taux aussi bas dans leur expression en or, le jour où la monnaie de ces pays ne serait plus dé|)réciée comme elle l’est aujourd’hui vis-à-vis de l’or. Mais il convient d’examiner successivement les conséquences du bimétallisme et de la réhabilitation de l’argent dans les rapports des pays aujourd’hui dotés de l’étalon d’or
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avec : l” les pays à élalon d’arg-enl; 2° les pays à papier-monnaie.
Ms-à-vis des premiers, les conséquences sont simples et faciles à apercevoir. La valeur de l'argenl par rapport à l’or relevée à lo 1/2, c’est la disparition de cette différence du change qui pèse si lourdement sur les exportations de l’Kurope en Asie, et qui donne à l’Asie un avantage si redoutable sur les marchés européens, grâce à ce fait que l’argent n’a pas sensiblement perdu sa puissance d’acquisition parmi les populations asiatiques. Dès lors, la lutte devient possible sans dépression ruineuse des prix, et l’on peut espérer que, malgré le bas prix de la main d’œuvre dans l’Extrême- Orient, les nations occidentales, outillées comme elles le sont, pourvues de capitaux abondants, disposant d’une force de travail de qualité supéideure, resteront eu état de soutenir une concurrence qui paraît destinée à s’élargir dans des proportions inconnues. En revanche, il pourrait résulter du nouveau régime monétaire un certain accroissement des frais de production en lüurope, qui alfaiblirait peut-être, dans une certaine mesure, le bénéfice du nivellement des changes avec l’Asie.
Pour les pays à étalon d'argent qui sont débiteurs des pays à étalon d’or, l’avantage du rétablissement de l’ancien rapport entre les deux métaux seraitconsidérable ; ils se trouveraient ainsi dégrevés de l’énorme surcliarge ([ui pèse sur eux du fait de la dé[u'éciation de leur monnaie relativement à l’or. L’Espagne et l’Inde, en tant qu’Etats, figurent parmi les plus intéressés à un arrangement tlans ce sens.
Vis-à-vis des pays à élalon de pa[)ier, le résultat serait plus incertain et plus obscur. La question jjrésente du reste beaucoup moins d’importance en ce qui les concerne, car le papier-monnaie finit généralement par subir, dans les pays qui en usent, une dépréciation générale égale à celle qu’il éprouve vis-à-vis de l’or, et l’avantage que ces [»ays peuvent en retirer dans le commerce international est [mrement temporaire.
La restauration de l'argeuL dans son ancienne dignité, et dans sa fonction de monnaie internationale, ferait-elle disparaître l’écart des changes pour les pays à papier-monnaie? Non certainement; l’avilissement de leur monnaie ne tient pas en etfet à l’appréciation actuelle de l’or par rapport à l’argent, mais à la faiblesse de leur crédit, à l’exagération de leurs émissions, etc. De tout tem[)s, même
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pendant Ui durée du bimétallisme français, on a vu des pays condamnés au papier-monnaie, ayant pour cette raison un change anormal. On peut seulement se demander si la réhabilitation de l’argent n’améliorerait pas leur situation, et ne faciliterait pas pour eux la reprise des paiements en espèces, qui supprimerait l’écart anormal de leur change.
11 est évident que, si la monnaie d’argent des Etats riches reprenait sa valeur pleine, et pouvait circuler librement à travers le monde en qualité de métal, elle n’en profiterait pas pour rouler vers les pays privés de monnaie métallique, et pour chasser de chez eux le papier-monnaie. Ceux-ci ne pourraient l’attirer qu’en offrant une contre-partie, et la retenir qu’en cessant d’ètre grevés de dettes. Mais la charge qui pèse actuellement sur ces débiteurs obérés se trouverait allégée, si la monnaie d’argent, constamment grossie par de nouvelles recrues, venait concourir avec la monnaie d’or à la fonction d’agent de la circulation internationale. Les instruments des échanges internationaux devenant plus abondants, leur appréciation diminuerait chez les Etats débiteurs; en d’autres termes, ceux-ci ne seraient plus obligés de vendre leurs produits à des prix en or aussi bas, afin de se procurer la monnaie nécessaire au paiement de leurs coupons; pour un même chilfre de dettes, ils n’auraient plus à livrer en paiement une aussi forte quantité de marchandises.
Le poids de leurs engagements se faisant moins lourd, ceux d’entre eux qui voudraient sérieusement amoj'tir leur dette extérieure, ou au moins sortir du cours forcé, en trouveraient aussi plus facilement les moyens. Un pays comme l’Autriche, désireux de reprendre les jmiements en espèces, ne serait pas obligé, pour amasser de l’or et de l’argent tout ensemble, de faire des sacrifices pareils à ceux qu’il doit s’imposer aujourd’hui pour se procurer le seul métal jaune. On peut donc croire que le retour de l’argent au pair 15 1/2, par l’ellèt du bimétallisme international, améliorerait même les changes des pays soumis au i)apier-monnaie, et atténuerait ainsi l’infériorité transitoire dans laquelle se trouve, vis-àvis d’eux, la production des pays à étalon d’or.
Je me suis borné jusqu’ici à des considérations générales sur le nivellement des changes, et sur la hausse des prix des produits bruts qui en serait la conséquence. Uourrait-on préciser davantage, et mesurer à l’avance la hausse des prix que provoquerait la restau-
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ration du métal argent dans son ancienne fonction monétaire? Estil permis, notamment, de tenir le raisonnement suivant? L’argent, en remontant au pair, de 27 p. 3/4 à 00 p. 7/8 l’once, ovi de iOO fr. à 222 fr. 22 le kilo, éprouverait (en admettant, bien entendu, que l’or ne montât pas au-dessus du pair) une hausse de 122 “/o dans sa valeur relativement à l’autre métal. Or, il entraînerait dans son mouvement de hausse la valeur en or de toutes les marchandises sur le cours desquelles pèse actuellement la dillérence du change, carcette diirérence estdue, comme on lésait, aux bas cours de l’argent vis-à-vis de l'or. Les prix en or de ces marcliandises hausseraient donc dans la même ])roportion de 122 "/o- — Est-il permis au moins, si l’on trouve trop audacieuse la prévision d’une hausse des prix semblable, de prédire une hausse qui les ramènerait au niveau oi'i ils se Irouvaient, avant réfjoque où le trouble a été apporté dans les relations internationales par une seule de mesures législatives hostiles à l’argent? La baisse des prix en gros, sur les denrées et matières premièi*es faisant l’objet d’un commerce universel, est actuelleme.nl, d’a[)rès les Index Numbers ele i\l. Sauerbeck, de 46“/* par rapport à 1873, qui fut d’ailleurs une époque de hausse exceptionnelle, et de 40 par rapport à 1867, qui fut une année plus normale. Les prix regagneraient-ils ce qu’ils ont perdu? Ilausseraient-ils dans la proportion de 66 ®/o. manière à revenir au niveau de 1867?
11 me paraît im|)ossible de déterminer, même ai)pi‘oximativemenl, par un chilfre quelconque, la hausse que subiraient les ])i‘ix de ces marcliandises, par le fait qu’ils seraient alTranchis des inégalités du cliange. .Mais, de tonie manière, une hausse de 122 ou même 66 'lie paraît en dehors de toute vraisemblance; il serait extrêmement dangereux, à mon sens, d’entretenir des illusions sur ce point chez les intéressés.
11 ne faudrait attendre une hausse immédiate que sur les ])rix des produits soumis actuellement à la concurrence directe ou indirecte des pays à élalon d’argent. ( )r, môme [lour ceux-là, plusieurs considiirations nous prouvent que la hausse serait loin d’atteindre la |)ro|>ortion de 66 “/„. C’est d’abord que le prix d’achat des marchandises étrangères similaires dans les pays de provenance n’est pas le seul élément de leur prix sur les marchés européens, où elles se présentent grevées des frais de transport et de douane; parmi ces divers éléments du pri.x global des [iroduits exo-
DE LA MESURE DE LA VALEUR
tiques (réglant le prix des produits indigènes), si le premier est susceptible de hausse dans son expression en or, les autres sont destinés à rester immobiles. En supposant, par exemple, que le quintal de blé soit acheté 7 roupies à Calcutta, soit!) fr. d’or environ à l’heure actuelle, s’il est grevé en outre de 0 fr. de droits et de frais de transport, il se vend aujourd’hui 18 fr. sur le marché français. Le jour où les 7 roupies vaudraient 16 fr. 05 d’or (1 roupie = 2 fr. 38 au pair 15 1/2), les autres éléments du prix en France n’augmentant pas, le quintal se vendrait 16 fr. 65 9 fr. = 25 fr. 65, soit une
augmentation de 12 1/2 ”/o seulement.
Mais cette hausse encore considérable suppose que le quintal de blé continue à se vendre 7 roupies à Calcutta. Doit-on présumer que le producteur et rexj)ortateur indiens maintiendront leurs prix actuels, le jour où la düférence du change ne favorisera plus leurs exportations? Ce jour là, ils ne seront plus les maîtres du marché ; peut-être alors renonceront-ils aux beaux bénéfices qu’ils réalisent aujourd’hui, et abaisseront-ils leurs prix locaux pour conserver leurs déboucliés en Europe.
Mais il y a plus. 11 semble, en raisonnant comme nous l’avons fait jusqu’ici, que l’appréciation de l’or, manifestée par la baisse des changes sur les pays donl la monnaie d’argent ou de papier a conservé sa puissance d’acquisition intérieure à peu près intacte, soit la seule cause de la baisse des prix dont nous souffrons depuis 20 ans; de telle sorte qu’il suffise de la faire disparaître pour faire cesser l’ellèt. En réalité, la baisse tient à d’autres causes encore. Pour certaines marchandises, il peut y avoir temporairement une surproduction relative qui déprime les cours; pour toutes ou presque toutes, la baisse est due en grande partie à la diminution du prix de revient et des frais de transport, au bas prix de la main d'œuvre clans certaines contrées, à la fertilité naturelle de régions nouvellement exploitées. Sur ces causes, nous n’avons pas de j^tdse; elles agissent indépendamment de tout régime monétaire, et nous n’y changerons rien en rehaussant la valeur de l’argent. Si, par exemple, les blés des Indes, de la Pussie, de la République Argentine, ne pouvaient plus liénélîcier de la difîérence du change, le premier à cause du rétablissement du rapport 15 1/2 entre l’or et l’argent, le second, je sup[)Ose, à cause de la reprise des paiements en espèces, le troisième à cause de la dépréciation générale du pcipier à l’intérieur du pays, le blé des Etats-Unis, affranchi comme celui
des autres pays à étalon d’or, se vendrait peut-être plus cher; mais il ne liausserait probablement pas de 66 Vo- Ih’oduit dans des conditions plus favorables que celui de l’Europe occidentale, il pourrait s’olTrir à un taux qui, bien que supérieur au cours actuel, serait encore inférieur à ce taux majoré des deux tiers. Il empêcherait donc la réforme de produire son plein etlet de hausse.
Quoi qu’il en soit, si la baisse universelle des prix n'est pas due exclusivement à une cause monétaire, elle en provient pour une grande partie. En écartcint cette cause, on gagnerait donc cerUiinement quelque chose, et l’on réagirait contre l’avilissement croissant des produits. Avec une même quantité d’or, un importateur français, anglais ou allemand, ne pourrait acheter qu’une moindre quantité de marchandises aux Indes, en Chine, au Japon, au Mexique, en Espagne, peut-être même dans les pays soumis au cours forcé du papier.
Il y aurait donc un léger enchérissement des subsistances, en admettant que les prix du détail se règlent exactement sur ceux du gros. Le résultat serait fâcheux sans doute à bien des égards, surtout si les salaires ne suivaient pas la même progression. .Mais rien n’est plus favoral)le à une hausse des salaires qu’une augmentation des proüts des |)i’oducteurs. Ce rencliérissement limité ne serait d’ailleurs qu’un retour aux anciens prix, et ceux-ci ne seraient sans doute môme |)as atteints; l’étalon monétaire perdrait quelque peu de sa valeur actuelle, pour se rapprocher de celle qu’il avait avant la |)roscription de l’argent. Si la baisse des prix n’était pas corrigée, elle serait au moins enrayée, et ne pourrait ])lus guère se [Ji’oduire par le fait d’une variation dans l’instrument de mesure. Les prix seraient encore susceptibles de baisse par ramélioration des conditions de la production et rabaissement du prix de revient, mais la cause n’en serait plus anormale et ruineuse pour la production des pays à étalon d’or.
11 semble à première vue que ce soit une véritable aberration, de la part des Etats qni détiennent l’or, de se priver eux-mêmes de cet incomparable instrument de domination sur le reste du monde, en avilissant bénévolement leur monnaie supérieure au niveau de la monnaie inférieure, ou, si on le préfère, en élevant celle-ci au niveau de la première. Comme bailleurs de fonds, comme acheteurs, comme consommateurs, notre iutérêt évident n’est-il pas de veiller jalousement sur cet or qui fait notre puissance, et n’est-ce pas folie de le déprécier?
DE LA MESURE DE LA VALEUR
Sans doute, nous y perdrions à certains égards ; mais, en revanche, pourquoi nous obstinei-ions-nous à perpétuer cette appréciation de Tor, si par là nous pressurons nos débiteurs au delà de leurs forces, au point d’entraîner leur faillite ; si notre production se meurt de l’extrême avilissement des prix en gros, par le fait même de la puissance de notre or, et si nos débouchés extérieurs se resserrent? 11 faut donc considérer les deux faces de la question, et se décider suivant que les intérêts en présence paraissent plus dignes d’attention, ou plus menacés, d’un côté que de l’autre.
Le problème est difficile; il est grave, s’il est vrai qu’on doive' trouver dans sa solution le remède aux maux dont soutire la production européenne. Mais peut-on se llatter de trouv^er un remède souverain, et espérer qu’après la reprise de la frappe de l’argent, les statistiques nous révéleront des prix largement rémunérateurs, et des exportations en croissance régulière? 11 est permis de garder quelque doute, si l’on considère combien il est difficile de discerner dans les faits l’inlluence des quantités de numéraire sur les prix, et si l’on réfléchit que ni les transformations des régimes douaniers, ni les dillérences de change les plus extravagantes, ne produisent des effets certains, uniformes, irrécusables, sur les chiffres du commerce extérieur. Dans l’infinie complexité des faits, les causes nous sont révélées bien plus encore par le raisonnement que par les chitfres, et la raison est faillible.
11 semble cependant que le bimétallisme international serait susceptible de fonctionner normalement, qu’il pourrait donner lieu à un certain relèvement des prix pour les marchandises premières, et qu’il serait capable, pour le moins, d’empècher toute nouvelle variation de valeur de l’étalon monétaire dans le sens de la baisse des prix; il serait donc, en somme, un palliatif, favorable à l’agriculture et aux industries d’exportation. Faire disparaître pour le producteur national une cause d’infériorité d’origine purement monétaire serait, non pas lui accorder une protection artificielle, mais au contraire rétablir l’équilibre naturel que des mesures artificielles ont détruit, et revenir à son état concurrence noimaale. 11 ne devinait pas y avoir là dessus de malentendu.
Aujourd’hui, l’agriculteur ne parvient à réaliser quelque bénéfice que s’il se trouve placé dans des conditions exceptionnellement avantageuses; tous les produits de la terre, mais surtout les deux principaux, les céréales et les vins, sont atteints par la baisse des
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prix, au point que les frais de production sont à peine couverts ; aussi la crise est-elle générale. Sans doute le cultivateur, qui compte dans ses frais de production le fermage dû à son propriétaire, peut, si les prix cessent d’être rémunérateurs, réduire ses frais en obtenant une diminution du fermage, dans la mesure de la baisse des prix ; mais il lui faut au moins attendre l’éjîoque du renouvellement du bail, et jusque-là il est en perte. Je reconnais que les propriétaires fonciers sont en définitive les véritables victimes de la baisse, les véritables bénéficiaires de toute mesure propre à favoriser la hausse, et il ne semble pas désirable que leur rente grossisse aux dépens des consommateurs par l’efiét d’un renchérissement des sidjsistances. Mais si la terre n’est pas d’assez lionne qualité pour donner une rente, la baisse des prix en fait abandonner la culture, après la ruine du cultivateur. Quant au petit propriétaire qui a consacré ses ressources à l’achat de quelques parcelles, il voit son épargne fondre au soleil, et la terre lui faire banqueroute; la disproportion est évidente entre le désastre causé par l’abaissement des prix du gros, et le mince bénéfice qui résulte, pour le consommateur, de la diminution toujours minime des prix de détail. S’il est vrai que le cultivateur qui lutte pour l’existence ne trouve pas, au bout de l’année, la rémunération de son travail, s’il est vrai que la petite propriété, grevée d’hypothèques, est menacée dans sa base par l’avilissement îles cours, la question est assez liante pour qu’on l’étudie avec sympathie pour ceux qui souffrent, avec anxiété pour l’avenii- des sociétés dont le plus solide appui se trouve dans la dissémination de la propriété foncière.