‹ La mesure de la valeur et la monnaieChapitre 2 sur 29 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

m’adresse, en publiant quelques essais sur les théories de la valeur, de la monnaie et des frais de production, qui ont paru cette année dans la Revue d/ Economie politique • sous le titre de La Mesure de la valeur.

Envisagée à ce point de vue abstrait, l’économie politique présente des affinités singulières avec les sciences naturelles; il y a notamment des analogies et des différences intéressantes à signaler entre la mesure de la valeur et celle des quantités d’ordre physique. Pour les préciser, j’ai dû faire, au début, un court exposé de principes sur les mesures de la longueur et du poids; je remercie mon excellent ami M. Duhem, professeur à la Faculté des Sciences de Bordeaux, des conseils qu’il a bien voulu me donner pour cette partie du travail.

Nul ne peut pourtant se confiner exclusivement dans le domaine de la spéculation pure; il faut parfois, quand le sujet l’exige, sortir de la tour d’ivoire, et s’aventurer sur le terrain où les intérêts sont en lutte. La mesure de la valeur conduit ainsi à traiter une question de circonstance, la question monétaire. Recevra-t-elle jamais une solution? C’est le secret de l’avenir. J’ai pensé qu’il était en tout cas permis à l’économiste de formuler avec réserve des prévisions pour le cas où la frappe libre de l’argent serait reprise en vertu d’une convention internationale fixant un rapport de poids uniforme entre monnaies d’or et d’argent légalement équivalentes. L’heure de l’expérience sonnera ou non, suivant que certaines forces l’emporteront sur d’autres ou continueront à être dominées. Dans ce conflit, il appartient à l’homme d’Etat, au diplomate, (le prononcer le mot décisif; l’économiste, quand il a dit en conscience ce qu'il croit utile et praticable, n’est plus qu’un spectateur attentif.

Novembre 1895.

DE LA MESURE DE LA YALEUR

J’entends ici par valeur la valeur d’échange, et, faisant dominer dans cette étude le point de vue objectif, je réserve à la valeur ainsi conçue le terme sans qualificatif, considérant d’ailleurs que, dans une société où la production presque tout entière se fait en vue de l’échang'e, la valeur d’échange est la valeur par excellence, celle que l’on désigne couramment par ce mot, tandis que la valeur d’usage, tout en étant la base de la première, présente un intérêt simplement indirect dans les relations économiques, et n’a d’importance à ce point de vue que par son influence sur la valeur d’échange.

Il me parait inutile d’insister, après tant d’autres, sur le rôle capital de la valeur en économie politique; tout le monde convient qu’il est nécessaire d’en bien saisir la nature essentielle. Or il n’est pas de théorie tendant à analyser l’idée fondamentale de la valeur, qui n’ait son contre-coup sur le problème de la mesure de la valeur. Fonde-t-on la valeur sur le travail de production? Ou sur l’utilité finale? Ou sur le coût de production? La solution de notre problème s’en ressentira nécessairement. D’autres conclusions dérivant de ces diverses doctrines ont une portée plus làrge et présentent un intérêt social plus considérable, mais celles qu’elles nous donnent sur la mesure de la valeur nous renseignent plus complètement peut-être sur la divergence de leurs principes ; aussi n’est-il pas de point stratégique d’où l’on domine mieux la lutte, d’où l’on 23uisse mieux découvrir les forces des adversaires en présence et les clefs de leurs positions. C’est donc ce point que nous choisirons pour chercher à discerner les principes sur la nature fondamentale de la valeur. Après cette recherche générale sur l’essence de la valeur et sur le genre de mesure dont elle est susceptible, je me propose d’étudier particulièrement la monnaie dans sa fonction d’étalon ; j’exposerai en dernier lieu la théorie des frais de production.

Cette étude ne sera pour ainsi dire qu’un exercice d’analyse, d’un caractère forcément abstrait. La loyauté m’oblige à prévenir le lecteur ennemi de la métaphysique qu’il trouvera surtout ici des ■

DE LA MESURE DE LA VALEUR

considérations d’un intérêt purement tliéorique, portant sur l’interprétation des phénomènes. Les conclusions pratiques, s’il s’en rencontre à l’occasion, ne seront exposées que comme conséquences des principes théoriques étudiés pour eux-mêmes, en sorte que l’utilité de ces recherches pourra paraître contestable. Je rn’en excuse à l’avance.

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