II. — Influence du coût de production sur le prix
Frais de production essentiels. — Envisageons d'abord les frais de production proprement dits, en moyens de production, en travail et en capital. Leur somme, pour une marchandise de quantité déterminée, résulte de deux facteurs : la quantité des éléments productifs qui doivent être employés, et le prix de chacun d’eux, c’est-à-dire le taux courant du prix à payer pour runité de chaque élément. Or, les explications précédentes ont bien montré que, dans les branches d’industrie où les conditions de la production sont inégales, la quantité de matières, d’instruments, de capital et de travail à dépenser dans la production dépend des cours de la marchandise; mais elles n’ont pas établi que ces cours aient une inlluence déterminante sur le tarif des prix auxquels les facteurs de la production subordonnent leur concours. Et nous avons maintenant à nous demander si ce n’est pas plutôt le taux de la rémunération des agents productifs qui, se fixant d’une manière indépendante, exerce une action sur le prix de vente du produit.
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Certes, c’est un fait d’expérience courante, que les oscillations du prix d’un produit, dans une cerlaine industrie, ne sont pas sans influence sur le taux des salaires dans cette industrie, et sur le prix des moyens de production qu’elle emploie ; mais l’influence en retour du prix des éléments productifs n’est pas moins certaine.
Lorsque le tarif des frais vient à hausser, on voit en effet le prix de vente hausser lui-même en conséquence (à moins qu’il ne s’agisse de prix internationaux, qui restent indifférents à une hausse locale du coût de production). De môme les frais, si leur taux reste stationnaire, opposent une résistance active à la baisse vers laquelle le prix du produit pourrait être sollicité par une diminution de la demande. A l’inverse, si le taux des frais diminue, les cours, par l’effet de la concurrence, sont entraînés naturellement à la baisse. Ce dernier point ne réclame aucune explication; mais il faut étudier de plus près la force autonome d’expansion ou de résistance dont sont animés les frais de production.
Cette force vient de ce qu’ils sont le prix de facteurs dont l’offre peut se resserrer en vertu de causes propres, et môme devenir nulle si la rémunération fait complètement défaut. Le tarif des frais s’impose ainsi à foute production, qui doit au besoin, pour les couvrir, se restreindre de manière à obtenir le prix nécessaire. Mais cette influence est plus ou moins énergique suivant les circonsUînces.
Si les agents productifs qui coûtent à l’homme un effort ne pouvaient s’employer que dans un seul genre d’industrie, la force autonome de leurs prix serait réduite au minimum, sans cependant disjjaraître entièrement. Le nombre des ouvriers aptes cà un certain métier, la quantité des moyens de production produits et offerts, la somme des capitaux disponibles, peuvent varier d’un moment à l’autre pour des causes propres. Quand cette offre diminue, le taux des salaires ou de l’intérêt, le prix des instruments et matières, tend à s’élever et à pousser le prix des produits. Cependant, si ces agents de production ne trouvaient qu’un seul débouché, la diminidion de leurs quantités pourrait être suivie très rapidement d’une diminution dans la demande du produit, qui arrêterait toute hausse des cours, tant pour les facteurs de la production que pour le produit lui-même.
D’autre part, il est hors de doute que les salaires, l’intérêt, le prix des moyens de production artificiels, ne peuvent jamais tom-
ber à zéro ; et si, dans rindusirie isolée que nous supposons, les
cours venaient à s’affaisser très bas, les différents agents de la yjroduction offriraient une certaine résistance à la baisse, par une tliminuLion plus ou moins rapide de la population ouvrière, des Ccipitaux ollérls et des instruments produits. Le concours du travail de l’homme et de ses produits ne peut être gratuit, parce qu’il coûte un elTort personnel qui ne serait pas fourni sans rému-
jmrce que la valeur n’a aucune raison pour s'engager dans la pro-
indécise et impossible à déterminer. Quand les facteurs de la production ne trouvent d’emploi que dans un seul genre d’industrie, leurs prix sont donc, sinon entièrement, du moins très étroitement subordonnés aux vicissitudes des cours du produit.
Tout autre est la situation, toute dill’érente la force d’expansion ou de résistance des frais vis-à-vis du prix, quand le taux des frais trouve des appuis au dehors, dans d’autres branches d’industrie. Ce taux s’impose alors indépendamment des circonstances propres à la branche d’industrie considérée; les prix des éléments productifs ont vraiment un mouvement propre et autonome. La loi peut être formulée dans les termes suivants: plus un facteur a de mobilité, et de facilité pour changer d’emploi, plus il a d’indépendance et de ressort pour imposer son prix à une industrie particulière, plus aussi le taux de sa rémunération est fixe et uniforme. Ce taux vient-il a hausser pour des causes extérieures? Le prix du produit doit hausser en conséquence, quand môme la demande n’en serait pas plus forte ou diminuerait; sinon la production, ne couvrant plus ses frais, subii'ait un arrêt, ou au moins un ralentissement permettant à la hausse de se produire. Le [>rix de l’élément productif, solidement appuyé au dehors, reste-t-il fixe? Le cours du [)roduit conserve la même fermeté, et résiste à la baisse quand la demande se ralentit, parce que les producteurs, obligés de payer les frais à un taux irréductible, doivent restreindre la production pour trouver l’ecoulement de leurs marchandises aux anciens pri.x. Les entre.jU’ises les plus chétives, après une lutte plus ou moins prolongée pendant laquelle elles produisent à pei’te, sont contraintes de réduire ou de suspendre entièrement l’exploitation. De là un allègement de la situation, un arrêt dans la baisse, peut-être même
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une réaction des cours. Mais ceci a l^esoin d’être expliqué particulièrement pour chacun des difîérents articles des frais.
El d’al^ord, pour les salaires. Dans une branche d’industrie prospère, où la main d’œuvre est très recherchée parce que la production se développe et, en s’étendant, rencontre peut-être des difficultés croissantes, les salaires s’élèvent; ils s’élèvent d’autant plus haut que la concurrence des bras au dehors est plus faible, et que les changements de profession et les déplacements présentent plus de difficultés. Au contraire, si ces changements et ces déplacements sont faciles, soit parce qu’il s’agit de travaux simples n’exigeant pas des capacités spéciales, soit parce que les transports sont rapides et peu coûteux, les salaires restent fixes dans notre industrie llorissante. En revanche, se trouvant soutenus par ailleurs, ils peuvent alors s’élever pour des causes générales, et contribuer à la hausse du prix, indépendamment d’une cause de hausse inhérente à la production spéciale qui doit les payer.
De même, la résistance des salaires à la baisse du cours de la marchandise est en raison de la facilité avec laquelle les travailleurs peuvent changer d’emploi. Si le travail ne peut s’employer que dans le genre d’industrie où se manifeste une tendance à la baisse, le salaire dépend étroitement des conditions propres à cette industrie, et ne saurait, par sa fixité, donner de la fermeté aux cours du produit; en cas de crise, même localisée, la population ouvrière flottante, en quête de travail, pèse de tout son poids sur le taux du salaire. Si au contraire le travail peut aisément passer d’un emploi à l’autre, et que la crise ne soit pas générale, le taux des salaires se maintient, il s’impose à toutes les entreprises, même les plus malades, et sa résistance provoque une réduction de la production, qui peut arrêter ou au moins ralentir la chute des cours.
De tous les agents de la production, le capital est certainemen celui qui se déplace le plus facilement; aussi est-ce celui dont le taux de rémunération est le plus fixe, le plus uniforme et le plus résistant. Quelle que soit la prospérité d’une industrie particulière où le capital s’emploie, l’intérêt ne s'élève pas, si les conditions ne sont pas semblables partout ailleurs; car la mobilité des capitaux est si grande, que la concurrence aurait vite fait de réfréner les prétentions des cai)italistes qui ont placé leurs fonds dans les branches d’industrie oii les demandes sont très actives. H ne faut
donc compler la liausse de l’intérét parmi les causes de la hausse des prix que dans de rares circonstances.
A notre époque, le taux de l’intérôt s'abaisse lentement et progressivement, mais pour des causes qui ne sont pas localisées dans un pays, encore moins dans une industrie en détresse. Ce taux est à peu près uniforme dans un pays, je dirais presque dans l’univers, parce que les capitaux qui ne trouvent plus une rémunération suffisante dans une industrie peuvent facilement, grâce à leur mobilité, s’en détourner pour se porter vers des placements plus lucratifs. Le taux de l'intérêt ne dépend donc jamais, comme celui des salaires, de la situation particulière d’une industrie; il ne subit pas les mêmes variations suivant les contrées et les genres d’emplois. Les entreprises qui ne peuvent le payer, étant impuissantes à le réduire, doivent renoncer à la production ; de ce fait, les cours du produit se soutiennent sur la base fixe que leur donne le taux de l’intérêt.
.Mais, parmi les capitaux, il convient de faire une distinction suivant qu’ils sont idus ou moins faciles à déplacer. I^es capitaux en quête d’emploi sont les plus mobiles; ils n’ont pas de peine à trouver des placements en dehors de l'industrie (|ui soutire d'une crise de surproduction. Quant à ceux qui sont déjà engagés dans cette industrie, ils peuvent, à ce point de vue, se trouver dans des conditions bien différentes. Les capitaux [>rêtés aux entrepreneurs, quel que soit l’emploi qui en a été fait, ont encore le moyen de quitter une affaire où ils ne trouvent plus une rémunération normale. Si l’intérêt n’est ]»as jiayé à, l’écliéance, le l)ailleur de fonds sait au besoin recourir aux voies d'exécution. Par là même, l'intérêt de ces capitaux se défend énergiquement; il figure parmi les frais les plus irréductildes ; il est de ceux qui, par leur indépendance, obligent les exploitations les [)lus clmtives à disparaître et la production à se réduire; sa résistance est donc capable d’arrêter la baisse des cours.
Les capitaux personnels de l’entrepreneur n’ont pas la même mobilité et les mêmes exigences. Les capitaux circulants peuvent encore, dans une certaine mesure, se dégager et se tourner vers d’autres emplois, (piand leur importance n’est plus en rapport avec le chiffre des affaires. Mais ceux qui sont immobilisés comme capitaux fixes d’industrie ne. se dégagent qu’à la dernière extrémité, parce qu’ils auraient à subir une déperdition sensible dans cette
métamorphose; bestiaux et machines se vendraient à bas prix, dans l’état de marasme où se trouvent les affaires, et certaines portions du capital Oxe, telles que les batiments dont on ne peut changer l’aftéctaLion , et la plupart des améliorations agricoles, sont absolument liées au genre d’industrie pour lequel elles ont revêtu leurs formes spécifiques. Longtemps, l’entrepreneur consentira à ne toucher aucun intérêt pour ses capitaux — comme il consentira aussi à ne retirer de son entreprise aucune rémunération pour son travail — avant de se résoudre à liquider. De ce côté, les capitaux engagés n’ont donc qu’une force de résistance à la baisse extrêmement faible. L’intérêt des capitaux immobilisés ressemble beaucoup, comme nous allons le voir, au bénéfice extra et au fermage : il se laisse généralement réduire, et même supprimer, sans opposition. Dépourvu de défense, il est incapable d’imposer une diminution de production propre à arrêter la baisse, et ne constitue j)as un soutien pour le prix du produit.
A cet égard, la situation d’une société anonyme est la môme que celle de tout entrepreneur; les capitaux immobilisés dans l’entreprise y restent prisonniers. 11 est vrai que, si la société ne peut les dégager sans perte, chaque actionnaire jouit de la faculté de vendre sa part, son titre constitutif d’un droit à l’actif social, et cette vente est certes plus facile que celle des terrains, machines, ouvrages, etc., qui composent le capital fixe de l’entreprise. Mais cette vente d’actions (qui ne se fait pas non plus sans perte) est tout-à-fait étrangère à notre sujet; ce n’est pas du capital fixe qui se dégage de l’entreprise, v.’est seulement la personne du propriétaire qui change. Quoique les actions soient facilement cessibles à la Bourse, le capital fixe des compagnies anonymes n’est pas plus mobile qu’un autre, ni plus capable de défendre son intérêt.
Si le taux de l’intérêt est à peu près immobile, on ne peut en dire autant du prix des moyens de production, instruments figurant dans le capital fixe, ou matières premières et auxiliaires comprises dans le capital circulant. Leur prix dépend en grande partie île la situation de l’industrie où ils trouvent à s’employer, de ses besoins, de l’étendue de sa production, de sa prospérité : les tonneaux \nalent plus ou moins cher suivant l’abondance de la récolte, la houille a des cours variables suivant l’état de l’industrie, les bestiaux se vendent plus ou moins bien suivant les conditions où se trouve l’agriculture, etc. Conformément à la loi com-
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mune, le pi’ix d’un moyen de production est d’autant plus indépendant de la situation d’une industrie particulière que les débouchés sont pour lui plus nombreux. Mais lors même qu’un moyen de production ne peut être employé que dans une seule industrie, son prix possède encore assez d’autonomie |jour varier en vertu de causes propres. A cet égard, il a plus d'indépendance que le taux des salaires. Les moyens de production, en effet, disparaissent plus ou moins rapidement par l’effet de la consommation industrielle, et cessent d’être produits et offerts quand ils n’atteignent plus des prix suffisants; tandis que les travailleurs salariés, restant en nombre à peu près constant, sont forcés de trouver un gagnepain à tout prix dans certaines circonstances. C’est ainsi que l’on voit constamment des produits servant de matière première à une autre industrie, comme le lin, le coton, les métaux, la fécule, etc., subir dans leurs cours des oscillations considérables, qui s’expliquent, non pas par un changement dans l’état de l’industrie où ils sont employés, mais par une altération des conditions dans lesquelles ils sont eux-mêmes produits et olïérts.
Il y a donc, dans le prix des moyens de production, une force active et indépendante qui exerce son inlluence sur le prix du produit. Si le prix des instruments de production figurant dans le capital fixe augmente, le prix de la marchandise s’en trouve atlècté par la surcharge de l’intérêt et de l’amortissement. Si c’est le prix des vnatières premières ou auxiliaires qui s’élève, il en résulte également une hausse des cours : directement, puisque la valeur des matières consommées doit se retrouver tout entière dans le prix du produit; indirectement, si la cherté des matières premières nécessite un accroissement du fonds de roulement, et aggrave ainsi la charge des intérêts.
Toute élévation du tarif des frais généraux, impôts, frais de transport, etc. , présente les mêmes caractères et produit le même résultat. Ces dilîérents éléments du coût de production, capables, par la hausse de leur prix, de faire hausser le prix de la marchandise, sont également capables, par leur ténacité, d’obliger la production à se réduire, et d’entraver ainsi la baisse. La plupart d’entre eux ne subissent même en aucune façon, pour ainsi dire, l’influence des cours des ju'oduits.
Charges dérivées d’un revenu de monopole capilaUsé . — l'aul-il nous en tenir là? Les frais de production esserdiels sont-ils les seuls
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qui soient doués de cette vie propre, de cette vertu active, et les autres frais, ceux qui résultent de la capitalisation du bénéfice de privilège au profit d’un tiers, ne sont-ils que des éléments passifs du coût de production, suivant par derrière la hausse du prix sans jamais la provoquer, incapables de résistance à la baisse, simples conséquences du prix du produit sans inlluence en retour?
En principe, si nous considérons l’industrie spéciale dans laquelle ces charges se présentent comme absolument isolée, nous devons répondre nettement qu'elles ne sont que la conséquence attardée de la hausse du prix de la marchandise. A la différence des frais essentiels, qui ont une force propre d’expansion et de résistance môme dans une industrie fermée par hypothèse, les frais accidentels issus, du profit extra, loyer, fermage, intérêt du prix d’acquisition du fonds d’exploitation, dans la môme hypothèse, suivent de loin la hausse des prix sans jamais la provoquer, et disparaissent d’eux-mêmes par l’elfet de la baisse.
Si les cours ne permettent pas à une entreprise du dernier échelon de réaliser un bénéfice extra, le propriétaire du sol ne peut obtenir un fermage pour la rente de la terre, puisque cette terre ne donne pas de rente. Le fonds de terre n’a pas de valeur par luimême, ou n’a qu’une valeur insignifiante, de sorte que l’exploitant propriétaire n’a pas à supporter non plus l’intérêt d’un prix d’acquisition. 11 importe peu que, dans des exploitations plus favorisées par la nature, par des dispositions légales ou autres circonstances, il y ait un bénéfice de privilège et une rente capitalisée. La rente n’est pas une charge qui pèse également sur toute enti’eprise pour une certaine quantité de produits de même nature ; elle ne s’impose pas, en principe, aune entreprise qui ne donne pas un bénéfice de monopole; elle résulte de ce bénéfice, c’est-à-dire du prix du prodCiit, dans les exploitations qui permettent de réaliser un excédant sur les frais de production proprement dits; dans les autres, le concours de l’argent naturel est gratuit, parce que, ne coûtant, par nature, aucun effort à l’homme, il ne se dérobe jamais faute de rémunération, .l’en dirai autant du fonds de commerce.
Si les cours s’élèvent, peut-être ces établissements du dernier échelon donneront-ils, à leur tour, un bénéfice extra, et finiront-ils par être imposés d’une charge corrélative à la rente, quand ce bénéfice se sera fixéd’une manière durable. La rente, en pareil cas, pèsera sur la production, dès que l’occasion se présentera pour le
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propriétaire d’en proflter. Au plus prochain renouvellement du bail, le propriétaire, en elî'et, sera en situation d exiger un fermag’e ou un loyer ; s’il vend le fonds à l’exploitant, il en trouvera un prix dont l’intérêt deviendra une charge pour l’entreprise, car l’entrepreneur devra servir cet intérêt à un bailleur de fonds, ou en tenir compte pour lui-même dans sa comptabilité, s’il a payé le prix de ses propres deniers. Bien entendu, les effets de la hausse des cours, quand elle est persistante, sont les mômes à tous les échelons, et l’augmentation de la rente donne lieu à la meme aggravation de charges pour la production à tous les degrés. Dans tous les cas, cette charge de la rente capitalisée n’est jamais, comme le bénéfice extra dont elle dérive et qu’elle aljsorbe, qu’une conséquence directe de la hausse du prix.
De môme, en cas de baisse, si nous continuons à considérer notre industrie particulière comme absolument isolée, le bénéfice extra et les charges qui lui correspondent n’ont aucun soutien Si un établissement qui, jusque là, réalisait un gain de monopole, cesse de l’obtenir, il ne ferme pas pour cela ses portes. Tant qu’il continue à couvrir ses frais, et à fournir le profit strictement nécessaire à l’existence de l’entrepreneur (ou à la rémunération du directeur salarié), il poursuit la production sur le môme pied qu’auparavant. De ce côté, la baisse des cours ne se trouve donc pas un instant ralentie par une résistance provoquant une diminution de la production. Les charges représentant le gain de monopole disparaissent comme lui, plus ou moins tardivement. Au plus prochain renouvellement du bail, fermier ou locataire atteint par la baisse des prix saura obtenir une diminution, que le propriétaire sera bien forcé d’accorder, ne trouvant personne qui, dans de telles circonstances, lui fasse des propositions plus avantageuses. Fermage et loyer se laissent rogner, anéantir même, non seulement pour la portion qui représente la rente de la terre, mais môme pour celle qui représente l’intérêt des capitaux immobilisés en améliorations foncières et en bâtiments. Le propriétaire qui ne parvient pas à louer le sol pour un prix quelconque, ne parvient pas davantage à tirer partie des capitaux qui s’y trouvent incorporés et retenus prisonniers. Ici, rente et intérêt se trouvent indissolublement liés, ils ont même destinée, parce que l’intérêt n’a pas plus do défense que la rente.
De môme l’entrepreneur, s’il est lui-même propriétaire, ne peut.
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dans le cas où la rente est anéantie par la chute des cours, rentrer dans l’intérôt de son prix d’achat. S’il l’a payé de ses deniers personnels, il se résignera à celte perte et continuera sa production; mais s’il l’a emprunté, il devra toujours en payer les intérêts à son bailleur de fonds, et sera peut-être, de ce chef, obligé de cesser son exploitation. A ce point de vue, l’intérêt du capital emprunté pour payer le prix du fonds de terre (ou du fonds de commerce), présente le môme caractère que rintérôld’un capital d’exploitation facile à dégager; il ne se laisse pas diminuer, et peut ainsi contriiiuer, en provoquant une réduction de la production, à maintenir les cours. Mais le résultat est essentiellement épimmère, car cet intérêt rentre parmi les frais de la deuxième catégorie, parmi ceux qui sont liés au bénéhce de monopole. Un nouvel exploitant, succédant à celui qui supportait cette charge irréductible, ne paiera qu’un prix très diminué, ou même n’en paiera aucun, si la valeur du fonds a entièrement disparu. Voilà donc une charge qui cessera de figurer dans les frais de production, aussi bien que le fermage ou le loyer, et la production, ayant Jeté ce lest à la mer et se trouvant allégée d’autant, se poursuivra sans restriction, suffisamment rémunératrice pour le nouvel exploitant malgré là baisse des cours. Même explication pour l’intérêt de la portion du capital circulant destinée à couvrir ces charges.
Les charges correspondant au bénéfice extra sont donc, dans cet état théorique d’une industrie isolée, entièrement dépendantes du bénéfice et du prix dont il dérive. Elles suivent passivement son mouvement de descente, sans force propre de résistance, et à part quelques soulTrances momentanées pour les exploitants liés par des contrats, elles ne provoquent pas, par pression sur la production, une réaction des cours.
C’est bien pourquoi la théorie classique ne voit, dans la rente de la terre, qu’une conséquence rlu prix, sans influence sur sa formation, et ne la compte jamais parmi les frais de production. La théorie classique, en effet, procède par abstraction. Mélangeant le point de vue individuel et le point de vue social, elle considère séparément, tantôt l’industrie agricole, tantôt l’industrie manufacturière, et traite chacune d’elles comme une unité isolée, homogène, qui se suffit à elle-même, et dans laquelle le taux du salaire, comme celui de l’intéi’êt et du profit, est uniforme. Dans de pareilles conditions, il est évident que le bénéfice extra, la rente et ses succédanés,
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fermage, intérêt du prix d’acquisition, loyer même, ne sont jamais que des conséquences pures et simples du prix. N’ayant pas d’appuis extérieurs, ils sont simplement des éléments passifs du prix, sans influence en retour, et se laissent anéantir, soit dans quelques entreprises, soit même dans toutes, quand les prix viennent à l>aisser. Les charges en capital et en travail, c’est-à-dire le salaire, l’intérêt et l’amortissement du capital, comptent seuls comme frais de production, capables d’ag-ir sur la formation du prix.
On a ainsi un tableau très simplifié, mais cette simplification n’est obtenue qu’à l’aide d’abstractions qui cachent la réalité des faits. Pour exclure la rente et ses dérivés des frais de production, pour leur refuser toute influence sur le prix, il faut considérer une industrie en dehors de toute relation avec les autres. .Mais si, renon” çant à cette abstraction, nous replaçons cette industrie dans son véritable milieu, dans le milieu social où tous les genres d’activité économique sont en raj^ports constants, et si nous considérons la situation du producteur individuel telle qu’elle se présente à nous dans la réalité, nous observons des faits très différents de ceux qui viennent d’être décrits, et nous constatons que les éléments .du prix restés en dehors des frais de production proprement dits, c’est-à-dire les charges dérivées de la rente (loyer, fermage, intérêt du capital consacré à l’acquisition du fonds d’exploitation), et le bénéfice de monopole lui-même, ont une force active, indépendante, comme les cliarges en capital et en travail, pourvu qu’ils trouvent des appuis au dehors.
Ceci est visible surtout pour le loyer, à tel point que Stuart Mill a du lui-même le ranger dans le coût de production. Certes, le loyer de l’emplacement, si on le dégage de la portion qui peut correspondre à l’intérêt des capitaux employés en constructions et aménagements, est un représentant pur et simple de la rente de la terre, aussi bien que le fermage, et un accapareur du bénéfice de monopole dù à la situation des lieux. Mais la facilité est telle, pour le sol à bâtir, de changer de destination et de se dérober à un emploi peu lucratif, que le taux courant'des loyei’s dans une localité, dans un quartier, s’impose à tout établissement qui veut s’y fixer ou qui s’y trouve déjà fixé. Le loyer de l’emplacement résulte des avantages particuliers d’un certain lieu, soit pour l’habitation, soit pour les bénéfices extra qui peuvent y être réalisés par un commerçant ou un industriel; mais ces avantages, en général.
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ne sont pas limités à une certaine industrie, à un certain commerce en particulier. Le taux du loyer est donc indépendant des conditions propres aune industrie déterminée; il subsiste intact, quelles que soient les péripéties delà catégorie industrielle à laquelle appartient l’entreprise qui doit le supporter.
A cet égard, le loyer présente les mômes caractères que l’intérêt du capital. Il n’attend pas, pour naître, que des bénéfices de monopole soient réalisés dans les établissements auxquels l’emplacement est alTecté. 11 existe déjà par lui-même avant tout bénéfice, de sorte que toute industrie ayant besoin du sol pour s’asseoir est obligée de le payer, et de le compter parmi ses frais au môme titre que l’intérêt. Les consommateurs, s’ils tiennent aux produits de cette industrie, doivent les payer un prix suffisant pour couvrir le loyer, et, au besoin, pour couvrir une hausse du loyer, si les propriétaires, sollicités par ailleurs, profitent de la circonstance pour augmenter leurs prétentions.
Le loyer, bien que simple forme de la rente, est donc un des éléments les plus énergiques du coût de production. Cependant il n’a pas la même indépendance et la môme uniformité que l’intérêt du capital, parce que le sol à bâtir est loin de se prêter comme le capital à tous les emplois indifféremment. Tandis que tous les capitaux libres sont de nature absolument homogène, les emplacements sont susceptibles de destinations plus ou moins nombreuses, auxquelles ils sont plus ou moins indispensables, en quantité plus ou moins limitée. Toutes ces circonstances iniluent sur la valeur du sol et la quotité du loyer ; elles influent aussi sur les relations entre le loyer et le prix des marchandises qui font l’objet de l’industrie ou du commerce établi sur le sol : le prix se trouvant influencé par le loyer, ou le loyer se trouvant au contraire quelque peu sous la dépendance du prix, suivant que l’emplacement est plus nécessaire à l’industrie que celle-ci ne l’est à l’emplacement, ou inversement. C’est principalement dans les agglomérations urbaines, où l’on se dispute les emplacements pour les emplois les plus tlivers, que le loyer est indépendant, et régi par des conditions générales. Là, s’il s’élève cl raison des avantages croissants que présente le sol pour un certain nombre de destinations, il est capable de pousser très haut les cours des produits, dans les industries auxquelles l’emplacement est nécessaire, .\insi pour les commerces de luxe, qui ne peuvent siéger que dans les quartiers riches des grandes villes.
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un loyer d’un cerlain chiffre est un élément nécessaire des frais ; il contribue donc à la formation des prix plutôt qu’il n’en résulte, et agit lentement sur eux dans le sens de la hausse.
Cette autonomie du taux du loyer dans une industrie se manifeste encore en ce sens, qu’il ne suit pas en général le mouvement ascendant du prix du produit. Alors môme que l’exploitation établie sur le sol donne de gros bénéfices, et que le genre d’industrie auquel elle se rattache est en voie de prospérité, le loyer ne s’élève guère plus que l’intérêt, à moins que 1a quantité des emplacements propres à cette industrie ne soit très limitée. On voit des usines donner des profits exceptionnels, sans que le loyer reçoive de ce fait une impulsion quelconque; l’industriel n’a pas à payer, pour cette raison, un loyer plus élevé à son propriétaire, ni, s’il est propriétaire, à porter cet article en charge dans sa comptabilité pour une somme plus forte, caria valeur du terrain n’augmente pas avec le chiffre de ses bénéfices. 11 arrive ainsi quelquefois que le loyer reste fixe, tandis que les salaires augmentent; c’est alors que les entrepreneurs trouvent plus facilement des emplacements convenables que des ouvriers capables.
En revanche, en cas de baisse des cours, et de crise afléctant toute une Ijranche d’alfaires, le loyer figure parmi les frais de production les moins compressibles, parmi ceux qui contribuent le mieux à soutenir les cours, en imposant à l’industrie en état de crise une réduction salutaire de la production. A cet égard encore, les conditions du loyer, moins variables souvent que celles du salaire, le sont plus que celles de l’intérêt. Dans un centre populeux, le loyer est irréductible; les entreprises qui ne peuvent le payer doivent sombrer ou s’éloigner. Sa force d’expansion et tle résistance peut être momentanément l’ostreinte par les constructions que porte le sol, s’il est impossible de modifier leur destination; mais le sol saurait, au l^esoin, secouer ce fardeau gênant pour recouvrer sa liberté. C’est ainsi que l’on voit, dans les villes qui prospèrent, des bcHiments de fabrique encore en bon état faire place à des maisons d'habitation, à des magasins de luxe; la hausse de la rente s’impose à toute superstructure; elle chasse les usines des grands centres, manifestant ainsi que le loyer de l’emplacementjouit d’une énergie propre plus grande que l’intérêt du capital immobilisé en constructions. Dans les campagnes, le loyer ne rencontre pas les mômes appuis; mais il se trouve encore soutenu, s’il est possible de rendre la terre à la culture.
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Le fermage est certes beaucoup plus dépendant des cours des produits que le loyer, et semble même, à première vue, n’être qu’une simple conséquence des prix des produits ag’ricoles, sans être jamais capalde d’exercer de son chef une influence réciproque pour les entraîner à la hausse, ou pour les défendre contre la baisse. Cependant, il est des circonstances où le fermage lui-même agit comme principe actif dans la détermination des prix, et toujours pour la môme cause, la faculté que possède l’agent de la production de passer d’un emploi à l’autre. Si une terre est apte à plusieurs genres de culture, l’exploitant la soumet naturellement à celle qui est la plus lucrative. Dans un pays protégé contre la concurrence étrangère par des barrières naturelles ou artificielles, il suffit que les terres à blé, par exemple, puissent être facilement converties en champs de betteraves ou en pâturages, pour que le prix du blé se trouve affecté dans le môme sens par une hausse des cours de la betterave, du lait ou des animaux d’élevage, et soutenu par la fermeté des cours de ces produits. Si en effet les cultivateurs trouvent plus de profit à produire de la betterave ou à faire de l’élevage qu’à cultiver du blé, la production du blé se restreint ou menace de se restreindre. Les consommateurs, s’ils veulent obtenir les mômes quantités de blé, doivmnt donc assurer aux cultivateurs les mêmes bénéfices dans la production du blé que dans celle de la betterave. Les cours du blé haussent donc, si la demande ne se restreint pas; et ils restent fermes lorsque la demande diminue, parceque l’offre diminue également par une réduction de la production.
On vmit aisément (|uelle est l’action du fermage sur la hausse, ou sur la fermeté des cours. Dour une terre qui est apte à un seul genre de culture, le fermage ne joue, dans le prix du produit, qu’un rôle absolument passif; il augmente si le prix hausse d’une iTianière durable, sans jamais contribuer à cette hausse ; il diminue et disparaît si le prix baisse, sans enrayer aucunement cette baisse, parce que la production ne s’arrête pas pour la seule raison que la terre ne donne plus de l'ente. Quand au contraire le sol se prête à plusieurs genres de culture, le propriétaire peut exiger une augmentation du fermage, par cela seul que l’une des cultures est susceptible de donner un l)énéfice extra. D’autre part, il n’est pas contraint de consentir à une diminution du fermage, quand l’une d’elles cesse d’être luci'ative pour le fermier, si les autres peuvent
DE LA MESURE DE LA VALEUR
donner un bénéfice suffisant. Le fermage, ainsi soutenu dans d’autres branches de production, devient un élément vivace et résistant, qui ne se laisse pas réduire par une baisse des pri.x du produit, mais qui, obligeant au contraire la production à se réduire, contribue à soutenir le prix et môme, dans certains cas, à l’élever.
Le môme raisonnement s’applique à l’intérêt du prix payé par le cultivateur pour l’acquisition de sa terre, et môme au bénéfice de monopole; car fermage, intérêt du capital d’acquisition, bénéfice de monopole, ne sont que les formes variées d’un même phénomène. Ainsi, le gain de privilège lui-môme est capable, tout comme les frais de production, d’agir sur le prix; il devient une^’cause déterminante du prix, s’il peut se défendre; et il se défend en effet, quand les entrepreneurs, agriculteurs ou industriels, menacés de le perdre d’un certain côté, peuvent le retrouver ailleurs, dans un autre genre de production auquel se prête leur terre ou leur outillage.
Mais il est bien moins facile de changer la destination d'une terre de cullure que celle d’un terrain à bèdir ou déjà bâti; le cercle des emplois possibles, pour le sol cultivable, est étroitement limité. .Aussi la rente des terres de cidture, sous ses diverses formes, est-elle bien plus dépendante des conditions particulières de l’industcie exercée sur elles, que la rente de l’emplacement; elle subit le contre coup de la hausse et de la baisse des prix avec une soumission presque complète, sauf dans de rares circonstances. Dans notre monde moderne, ouvert à la concurrence universelle, la baisse s'exerce sur les prix de tous les produits agricoles, et la rente de la terre, ([uand elle est menacée sur un point, ne peut guère se défendre, pai’ce qu’elle est également menacée sur les autres.
Conclusion . — La théorie qui \dent d’être exposée manque de simplicité, j’en conviens; mais les faits non j)lus ne sont pas simples, et leur complication nécessite des explications compliquées. Rien n’est simple en économie politique, ni hi notion de la valeur, ni celle du capital, ni celle du coût de production, ni celle de la rente; il faut s’y l’ésigner, et convenir que sinq)licité est rarement synonyme de vérité. ïàchotis au moins de ramasser cette théorie des frais de production en quelques mots, pour en faire ressortir les grandes lignes et les conclusions.
Les marchandises produites par l’industrie humaine, et susce[)ti -
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i)les d’ètre reproduites librement, ont, en principe et en moyenne, une valeur égale au montant des frais faits pour leur production (en y comprenant le profit normal de l’entrepreneur). Il ne s’agit là, d’ailleurs, que d’un point d’équilibre, dont les prix s’écartent sans cesse dans les cas particuliers; mais ces écarts, pertes ou bénéfices extra, ne peuvent jamais être très prolongés; la perte est essentiellement temporaire, et le bénéfice extra, pour les produits qui ont un prix de monopole, se trouve bientôt absorbé par des charges corrélatives, loyer, fermage, intérêt, qui doivent, au point de vue du pi'oducteur individuel, être comptés dans ses frais de production. Dans l’ensemble, prix de revient et prix de vente peuvent donc être considérés comme mesure l’un de l’aulre, à la condition que l’on consente à ranger dans le prix de revient les cl)arges dérivées de la rente.
Dans cette coïncidence, est-ce le prix de revient, ou le prix de vente, qui est l’élément causal, l’agent formateur et directeur? A cette question, il ne peut y avoir de réponse uniforme et absolue, parce que les influences sont réciproques et les effets entrecroisés. Le prix de vente détermine sans contredit le quantum en nature des facteurs de la production, matières, instruments, capital et travail, qu’il est permis de dépenser pour la formation d’un produit, cjuand ce quantum , au lieu d’ètre déterminé a -priori et d’une manière iiniforme, s’élève en raison des difficultés grandissantes que rencontre la production à mesure qu’elle s’étend, notamment dans l’industrie extractive et agricole. Mais le prix du produit* s’il détermine exactement le maximum de travail et de moyens de production qu’il est possible de sacrifier par unité de marchandise, ne règle pas de la môme manière le prix des agents de la production, le tarif des frais. A cet égard, il faut distinguer: le cours de la marchandise exerce une influence presque absolue sur le fermage; variable, et souvent très faible, sur le loyer, les salaires, les prix des matières et instruments employés; insignifiante et pour ainsi dire nulle, sur le taux de l’intérêt et le tarif de certains articles des frais généraux, tels que les impôts.
Quant aux diflerents éléments qui entrent dans le coût de production, ils exercent à leur tour une infiuence sur la formation du prix du produit, soit par une pression à la hausse, soit par une résistance élastique à la baisse, avec une force active et une énergie plus ou moins gTandes, suivant qu’ils ont plus ou moins d’indé-
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pendance. Or celte indépendance des fadeurs de la production, vis-à-vis des cours du produit et des conditions propres à l’industrie spécialement considérée, résulte de leur mobilité, de leur facilité à changer d’emploi. De tous les frais, le fermage est donc celui qui s’impose le moins; les autres, au contraire, ont dans leur taux un ressort propre très énergique, tellement que, si le prix de la marchandise ne parvenait pas à les couvrir, ils resteraient cependant à peu près irréductibles, et forceraient la [)roduction elle-même à se réduire pour conserver ou atteindre le prix nécessaire. C’est en ce sens qu’il est permis de dire que le coût de production détermine le prix du produit, et que la marchandise arrive sur le marché avec une valeur toute faite. Ainsi s’explique, sans avoir besoin de recourir à la notion d’une valeur intrinsèque, l’idée courante qu’une marchandise, comme le drap ou le blé, peut être vendue sur un certain marché au-dessus ou au-dessous de sa valeur; il s’agit là de son prix naturel, qui est le prix de revient. Cependant les différents éléments qui entrent dans le prix de revient n’ont pas tous la môme énergie ; l’intérêt est plus fort que le loyer, celui-ci l'est souvent plus que le salaire, etc.; quant au fei’inage, il est généralement doué d’une puissance d’initiative et de résistance très faible.
Dans la théorie qui a été développée, les charges corrélatives de la rente semblent être soumises exactement aux mômes lois que les frais de production proprement dits. D’une part, en effet, la hausse ou la baisse des cours de la marchandise peut entraîner une élévation ou une réduction aussi bien pour les salaires, le profit normal de l’entrepreneur, le prix de certaines matières, et l’intérêt de certains capitaux, que pour le fermage et le loyer; au point de vue de l’inlluence du prix de vente sur le coiit de pi’oduction, toutes les fractions du prix de revient semblent donc sur le môme pied, éprouvant toutes des eflelsde môme nature, sinon toujours de môme intensité. D’autre part, loyer et fermage, quand ils trouvent des appuis extérieurs, s’imposent à un certain taux comme les salaires, l’intérêt, le prix des matières premières, etc., et contribuent de la même manière à fixer le prix du produit à un certain chiffre. 11 est même à remarquer que le loyer est beaucoup plus indépendant et résistant que plusieurs des éléments des frais de production proprement dits.
Cependant il y a, entre les deux catégories de charges comptées par le producteur individuel dans ses frais de production, des dif-
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férences de nature qui ne doivent pas être négligées. Les frais proprement dits, faits pour la rémunération du travail et de ses produits affectés eux-mêmes à la production, possèdent une force pi’opre que n’ont pas les frais nés d’un bénéfice extra. Ils sont le prix d’un travail présent ou passé, qui cesserait de concourir à la production s’il n’était pas suffisamment rémunéré. Aussi, dans l’hypothèse même oii le travail et autres facteurs issus du travail ne trouveraient à s’employer que dans une seule branche d’industrie, les frais constituant leur rémunération ne se laisseraient jamais anéantir par une baisse des cours comme les charges dérivées de la rente, et seraient même capables de pousser à la hausse. 11 est donc très légitime de distinguer entre les frais de cette catégorie et les charges issues d’un profit extra; comme il serait, d’autre part, irrationnel d’exclure ces dernières des frais de production. Quant à l’intérêt de la valeur capital avancée dans l’entreprise, bien que ce soit une charge essentielle de l’emploi du capital, je l’ai classé dans l’une ou l’autre catégorie, suivant que le capital a été affecté à l’une ou à l’autre.