‹ La mesure de la valeur et la monnaieChapitre 9 sur 29 · DÉCADES · texte numérisé non relu

DÉCADES

Entre 1801-1840 (moyenne par décade)

De 1841 à 1850 . .

De 1851 à 1860 . .

De 1861 à 1870 . .

AUOEINT

Proportion

Quantités Valeur Quantités Valeur ^

(par kilog-.j. (p, niiiiiersdfl fr.) (l'ar kilog.) (p. miniers de fr.) ^ ^ gent

PE LA .-MESURE DE LA VALEUR

])oids de sa monnaie la plus appréciée; ralentissant ainsi, et môme, s’il dispose de puissantes réserves métalliques et s’il se trouve soutenu, arrôtai>l finalement le mouvement de dépréciation de l’autre, au grand avantog-e de tous, môme des Etats monométallistes, qui auraient à souflVir pour leur production, dans le commerce international, d’une trop g-rande dépréciation du métal qu’ils n’admettent pas à la frappe. Mais l’Etat bimétalliste qui continue à le frapper, et qui, pour cette raison, le conserve seul en circulation, se trouve ainsi, pour ses paiements <à l’étranger, dans une situation défavorable, à cause de la hausse du change qui résidte de la dépréciation de sa monnaie. Sans exagérer les inconvénients et les périls de cette situation, qui est, à certains égards (nous le verrons bientôt), profitable au pays dont la monnaie est dépréciée, on peut dire que certains intérêts généraux sont afïéclés par la fuite de la monnaie supérieure, et le sont d’autant plus que la prime de cette monnaie est plus forte. Un Etat bimétalliste isolé tire les maimons du feu E

De cette longue étude, je veux seulement retenir ce point capital en notre matière : dans un régime de frappe libre pour les deux métaux, la valeur d’une monnaie ne se sépare jamais de celle de son métal. 11 n’arrive pas que le métal déprécié baisse au-dessous du [)air, au moins d'une manière sensil)le, — ce qui signifierait une dépréciation du lingot par rapport à. sa monnaie. La dépréciation d’un métal se manifeste sur la cote, non pas par une déprime de ce métal, mais pai’ une [)rime de l’autre métal; et si cette prime vient a dépasser lo taux des frais de frappe, elle signifie que la monnaie inférieure se d(iprécie comme son métal. En réalité, métal et monnaie se trouvent eu perte vis-à-vis de l’avitre métal et de l’autre monnaie, et cette perte est égale pour la monnaie inférieure et pour sa matière, sauf la très légère différence dos frais de fabrication, couverte parfois par une prime du métal. Dour chacune des deux monnaies, valeur monétaire et valeur métallique se trouvent enchaînées.

' Le Chancelier de rEchiquicr a déclaré dernièreinent h la Chambre des Communes qu'il ne ferait pas d’olijection h une entente conclue entre rAlIemagne, les Etats-Unis et la Franco en vue de relever et de fi.xer la valeur de rargeut vis-à-vis de l'or, tout en ajoutant d'ailleurs que Je gouvernement anglais ne saurait s'associer aux mesures internationales qui seraient prises dans ce but»

DE LA MESURE DE LA VALEUR

Mais il résulte jusletnent de celte cohésion que, quand le métal d’une monnaie vient à baisser de valeur, il entraîne clans sa chute la valeur de la monnaie, et la force à se détacher de la valeur de l’autre monnaie à laquelle elle se trouve légalement assimilée. Les valeurs des deux monnaies varient alors chacune de leur coté d’une manière relativement indépendante, en conservant d’ailleurs entre elles des liens étroits qui les empêchent de s’écarter très sensiblement l’une de l’autre. La différence, quelque légère qu’elle soit, manifeste cependant que, malgré l’équivalence posée par la loi, la valeur monétaire réelle des espèces du métal en l)aisse se distingue désormais de leur valeur monétaire légale, jiour rester à l’unisson de leur valeur métallicpie. C’est grâce à la liberté île la frappe que les valeurs des monnaies l’une vis-à-vis de l’autre ont celte souplesse et cette liberté d’allures, et qu’elles peuvent suivre toutes les vai'iations de valeur de leur matièi’e. C’est ainsi également que peut s’établir, dans tous les pays de frappe libre, un niveau international des rapports de valeur, non seulement entre les métaux, mais môme entre les monnaies.

\’oici les conséquences de cette situation au point de vue de la fonction des deux monnaies comme étalons des prix. Lorscjue l’une des monnaies a une prime vis à vis de l’autre, on doit s’attendre à être payé en monnaie inférieure, qui a cours légal comme la première. Les prix s’établissent et se règlent donc directement sur cette monnaie là, qui fournit l’étalon usuel et direct des prix, surtout quand l’autre monnaie cesse de paraître dans la circulation ordinaire. C’est un étalon primitif, cpii ne doit sa valeur entière qu’à lui-même, et un étalon plein, parce que sa valeur monétaire se confond, sauf des différences insignifiantes, avec sa valeur comme lingot. Quant à la monnaie supérieure, celle qui fait |)rime, elle garde de son côté son rôle d’étalon, et elle reste aussi, bien entendu, un étalon plein et primitif; mais ce n’est dans l’usage qu’un étalon indirect. Les prix sont en effet fixés en prévision d’un paiement en monnaie inférieure; si l’autre monnaie se présente, et que la prime dont elle jouit ne soit pas insignifiante, elle bénéficie d’une réduction de prix dans la proportion déterminée par la prime. Les prix sont doubles ; chaque marchandise a deux prix, l’un pour la monnaie d’or et l’autre pour la monnaie d’argent, et ces deux prix varient indépendamment l’un de l’autre; les deux étalons d’or et d’argent ont cessé d’être parallèles, ils sont devenus, dans des limites d’ailleurs

t)E LA MESURE DE LA VALEUR

reslreiiiles, réciproquement indépendants. Mais, de ces deux prix, un seul est v^isihlc : c’est celui qui correspond à la monnaie usuelle; l’autre s’établit par voie de conséquence, d’après la prime de la monnaie haute, c’est-à-dire d’après le prix de cette monnaie, mesuré sur l’étalon de la monnaie usuelle. 1/étalon de la monnaie supérieure n’est donc qu’indirect, par la raison que cette monnaie, étant plus ai)préciée que l’autre, ne se donne pas couramment en paiement, et n’est pas celle à laquelle se rapportent les prix courants.

Le régime' que je viens de décrire produit des alternatives singulières dans l’étalon visible des prix. Tant que les deux monnaies restent au pair, l’une et l’autre fonctionnent au même titre comme étalons et se confondent comme telles, à cause du parallélisme de leurs valeurs vis-à-vis des marchandises. Si l’argent vient à baisser de valeur par rapport à l’or, à tel point que la monnaie d’or soit expulsée du pays et fasse prime, comme en France avant 1850, c’est l’étalon d’argent qui est le seul étalon direct en usage. .Mais quand, par un renversement des choses, l’or, produit en abondance, baisse à son tour de valeur, et reste à peu près seul en circulation à coté d’une monnaie divisionnaire d’argent, qu’il faut même atTaiblir pour i’empècber d’émigrer derrière les écus, comme dans la p(iriod(^ 1S.56-1S07, la monnaie d’or fournit à son tour l’étalon ordinaire des prix. La transition se trouve ménagée au point où, le 2’api)0rt oscillant tout près du |)air, les deux monnaies sont au pair et constituent des étalons parallèles, tous deux radicaux et l’égiilateurs des |)rix au même titre.

V. ]5iMi':-rAi.i.isMK iNcoMpr.irr. — Valeur prhiHlivc de la monnaie forte, valeur dérivée de la monnaie faible.

Ouand un pays, tout en donnant cours légal illimité aux deux monnaies, interdit la frappe de l’une d’elles pour le compte des particuliers, le système bimétallique se trouve tout à fait détraqué.

Il résulte <le cette interdiction que le métal consigné à la porte de rilôtel des Monnaies, s’il no trouve [>as de déboucliés dans d’auti'es ))ays, baisse de valeur, et celte baisse se traduit désormais par une perte croissante- du métal au dessous du pair, et non plus par une prime do l’^autre tm'dal. nuaiid la frappe est libre, le métal bas trouve toujours à se placer au [)air à, l’Ilotel des .Monnaies, de sorte que la dépréciation qu’il subit ne |»eut avoir {)Our elTet que l’exportation

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du métal haut, suivie d'une prime sur ce métal. Sans doute le métal bas est quelquefois coté en perte, quand la frappe est momentanément retardée pour cause d'encombrement; mais cette perte est strictement limitée à une légère déduction d'intérêts. Au contraire, quand l'accès de la .Monnaie lui est refusé, rien ne vient plus soutenir son cours au pair ou près du pair, et sa baisse n’a plus de limites, si la même politique est suivie partout à son égard. Cette baisse se manifeste alors par une déprime sur le métal, et il en résulte deux conséquences.

La première, c’est que, malgi’é la dépréciation de plus en plus grande du métal, dépassant toutes les limites que pouvait lui imposer la frappe lilme, l’autre métal n’est pas exporté, et sa monnaie n’a pas de prime, à moins qu’elle ne soit exportée pour d’autres causes. 11 n’y a pas d'intérêt en effet à exporter d’un pays le métal en hausse pour y importer le métal en baisse, si la dépréciation que ce dernier subit à l’extérieur entraine immédiatement sur sa cote, à l’intérieur, une perte correspondante. Quand l’argent, par exemple, éprouve à Londres une baisse qui fait monter le rapport à 20, si le rapport monte également à 20 en France, et s’il est vrai que cette baisse de l’argent se traduit par une déprime de ce métal et non par une prime de l’or, la perte de l'argent est alors de 220 fr. 85 ®/oo? ef le prix du kilog tombe à 171 fr. 85 au lieu de 220 fr. 50. Dans de telles conditions, il n’y a aucun avantage à exporter un kilo d’or payé au pair 3,437 fr., pour rapporter en France 20 kilos d’argent dont on ne trouverait à se défaire qu’au prix de 171,85 x 20 =: 3,437 fr. Ur cette déprime de 220 fr. 85 résulte fatalement, à quelques légères différences près, de la baisse semblable subie par l’argent sur le marché régulateur des cours, qui est le marclié anglais. En effet, l’argent en barre ne peut rester à un cours sensiblement plus élevé en France qu’en Angleterre, sinon l'importation de l’argent en France, et son abondance sur la place, auraient vite fait d'abaisser sa cote; et comme, d’autre part, l’argent ne trouve plus à la .Monnaie de Paris un écoulement illimité au prix de 220 fr. 50, rien ne vient plus empêcher sa baisse par rapport à l’autre métal de s’exprimer par une baisse de son prix au-dessous du pair.

Dans le régime précédent, comme l’argent se trouvait soutenu au pajr ou très près du pair par le monnayage libre, la spéculation consistant dans l’exportation de l’or en hausse suivie d’impor-

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talion de rargent en baisse pouvait s’exercer juscju’au jour où la prime de l'or venait la priver de son bénéfice; mais celte prime n’était ciu’nne suite, une conséquence de l'opération, et jusquelà la spéculation avait beau jeu pour profiler, grâce à la liberté de la frappe et au tarif de la Monnaie, de la valeur donnée en France à l’argent rolaliveraent à l’or, supérieure à sa valeur à l’étranger. Dans le régime actuel, l’argent, n’étant plus maintenu au pair par la Monnaie, perd librement et immédiatement en France ce qu’il perd à l’étranger sur le marché régulatev\r. Dès lors, il n'y a yilus d’intérêt à exporter l’or par spéculation; celle-ci se trouve découragée à l'avance par ta perte de l’argent, qui précède toute tentative en ce sens. L’or, n’élanl plus exporté, n’a donc pas do prime, ou bien, s’il en a une, c’est cpi’il est exporté pour d’autres causes, pour le paiement des dettes extérieures. En dehors de ce cas, l’or n'a pas de prime, et la monnaie d’or par conséquent n’en a pas non plus; les deux monnaies circulent concurremment et restent au pair.

Autre conséquence. Le métal auquel la frappe est interdite se trouvant en perte, la' monnaie de même métal, qui continue à circuler au pair ou très près du pair, grâce à l’équivalence établie parla loi entre les deux monnaies, n’a plus qu’une valeur monétaire soufflée, artificielle, dépassant plus ou moins sa valeur comme lingot. IMIc est une monnaie faible, et ressemble à un assignai, avec cette seule différence qu’une partie de sa valeur lui vientencore de sa matière, l.a bl)erté de la frappe maintenait, pour chaque monnaie, la cohésion entre sa valeur monétaire et sa valeur métallique; la sus[)ension de la frappe détermine, pour celle des monnaies qui en est l’objet, la disjonction des deux valeurs. Les oscillations du rapimrf entre les métaux, au lieu de produire, comme sous le régime [irécédent, le décollement de la valeur des deux monnaies, à cause de l’adhérence entre la valeur monétaire et la valeur métallique tie chacune d’elles, [)rovoquent sous le régime actuel, dans des [u’oporlions beaucoup })lus considérables, le décollement de la valeur monétaire et de la valeur métallique de l’une des monnaies, sans alfecter le ixvpporl des deux monnaies entre elles. Le rapport des deux métaux continue à se niveler enti’e les difTérents })ays, grâce à la facilité des transports, mais le rapport des deux monnaies reste désormais localisé, nationalisé, à cause île la rupture des communications eidre la monnaie faible et son métal.

Tout pays cpii n’est pas obligé de se priver de sa monnaie supérieure pour payer ses dettes garde ses deux monnaies au pair, sinvant le rapport qu’il a établi entre elles, très difîérent peut-être de celui qui a été adopté dans les pays voisins; et ce rapport reste en fait fixe et local, tandis qu'au dessous de lui bascule librement le rapport commercial des deux métaux, qui continue à s’unifier sur le marché universel, mais sans avoir la stabilité que lui assuraient les grands courants internationaux de métaux et de monnaies, alors que les masses monétaires, par le monnayage fibre, étaient fiuides comme les masses métalliques.

Mais alors le liimétallisme, c’est-à-dire le régime de la double monnaie légale, perd sa raison d’être naturelle; le cours légal des deux monnaies, leur force libératoire illimilée, se liase en effet, suivant le principe du système, sur l’identité de la valeur monétaire et de la valeur métallique des deux monnaies. Dès que cette identité cesse pour l’une d’elles, la force libératoire illimitée que la loi continue à lui attribuer ne se fonde plus sur le cours naturel des choses. Le bimétallisme se trouve donc faussé; il devient. bâtard, parce qu’il lui manque un de ses éléments constitutifs, la frappe fibre des deux monnaies. Il se rapproche du monomélallisme, dans lequel un seul des deux métaux est aussi monnaie ; c’est, suivant l’expression de M. Cernuscfii, le monométallisme ho^Ù(i<.y^

Tel est notre régime monétaire de[)uis 1873. Kn cetté année 1873, l’argent, qui avait eu jusque là une cote généralement favorable, commença à baisser légèrement; l’Allemagne, après-avoir adopté en principe le monométallisme or dès 1871, entreprenait en effet de convertir sa monnaie d’argent en monnaie d’or j)ar, l’intermédiaire de la France et de la Belgique. Ces deux pays, inondés d’argent allemand recoururent à des mesures tléfensives. La. France, soumise à cette époque au régime du cours forcé, avait un intérêt particulier, si elle ne voulait i)as retai’der indéfiniment la reprise des paiements en espèces, à ne j>as laisser échapper sa monnaie d'or. La frappe de l’argent fut donc limitée simultanément dans les deux pays. Un arrêté ministériel du G septembre 1873 limita la frappe des pièces de 5 fr. à une moyenne journalière de 200,000 fr. pour la Monnaie de Paris, et 80,000 fr. pour la Monnaie de Bordeaux;

^ La frappe de l’arg*ent, qui avait été, en 1872, de 389,190 fr. en France et de 10,225,000 fr. un Belgique, monta, en 1873, à des chiffres inconnus jusque lii : 154,699,0i5 fr. en France, et 111,704,795 fr. en Belgique (Soetheer).

MO

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en novemltro, ces chiffres furent encore réduits à 100,000 fr. et à 50,000 fr. Ces rcsfriclions furent maintenues et accentuées les années sui\mntes, les échéances des bons de monnaie reculées de plusieurs mois, et le décret du G aoi'it 1876, pris en exécution d’une loi de la veille, suspendit temporairement la frappe de l’argent. Ce provisoire fut prolongé par la loi et le décret du 31 janvier 1878, et transformé en état de choses permanent par la convention qu fut passée le 5 novembre de la môme année entre les Etats dé” rUnion latine, et ratifiée par une loi.

L’art 9 de cette convention déclare que le monnayage des pièces de 5 fr. est provisoirement suspendu, et ne pourra être repris que lorsqu’un accord unanime se sera établi à cet égard entre les Etats contractants. Depuis lors, la convention du 6 nov. 1885 (art. 8) permet à chaque Etat de reprendre la frappe libre des pièces de 5 fr., à la condition d’échanger ou de rembourser en or et à vue aux autres Etals contractants, sur leur demande, pendant toute la durée de la convention, les pièces de 5 fr. frappées à son effigie et circulant sur leur territoire; les autres Etats restant libres de ne |)lus recevoir les écus de l’Elat qui reprendrait la frappe.

Depuis celte année 1873, l’argent n’a cessé de baisser de valeur par rapport a l’or. Est-ce un effet des mesures législalives prises conire lui en Erance et dans les autres pays, ou une conséquence de l’énorme accroissement de sa production? I,a question demande à être examinée distinctement, le me borne à constater ici que cette baisse de valeur, au lieu de se manifester, comme à l’époque où la frappe du métal l)lanc était libre, par un agio modéré sur l’or, s’est traduite, dès le jouroù le monnayage de l’argent a été limité, par une peile sur l’argent, cl par une perle sans frein. L’argent est tombé successivement au-dessous du |»air (220 fr. 56) jusqu’à 100 fr. le kilo au commencemerd de 1895. Le rapport des deux métaux, qui avait toujours oscillé dans des limites très étroites, entre 15 et 16, pendant la durée du bimétallisme français pur, est monté par bonds, depuis 1873, jusqu’au taux actuel de 31 à 35.

Le bimétallisme complet, si général autrefois, n’a plus un seul représentant aujourd’hui, et ne })eut plus en avoir, à moins d’un accord international rétablissani et améliorant l’ancien étal de choses. Voici la liste des Etals qui, après y avoir renoncé successivement par un enchainernent fatal, se trouvent aujourd’hui, comme la Erance, soumis au régime du bimétallisme incomplet : l’Empire

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d’Allemagne, qui, bien qu’ayant adoplé ofriciellement l’étalon d'or unique en 1871, et limité à 20 marcs la force libératoire de sa nouvelle monnaie d’argent entre particuliers, a dù conserver aux anciens thalers restés en circulation leur qualité de monnaie légale ; la Belgique (suspension de la frappe de l’argent en 1873); la Hollande l’Italie (^V/. en 1875), qui se trouve aujourd'hui au régime du papier-monnaie; la Suisse, qui n’a émis qu’un petit nombre de pièces nationales; l’Espagne; la Turquie, où l'argent, quoique n’ayant pas un rôle libératoire bien défini, est accepté partout en paiement sans limitation de somme; la Serbie, qui se trouve dans les mômes conditions de fait, quoique la force libératoire de sa monnaie d’argent soit limitée par la loi. Aux Iftats-Unis, la frappe do l’argent a été longtemps limitée sans être suspendue; en vertu du Hland Acl de 1878, le Trésor devait acheter de l’argent, au cours du marché, pour 2 à, 4 millions de dollars par mois, en émettant des Silvcr Certificates pour remplacer dans la circulation les dollars d’argent nouvellement frappés; suivant le Sherman Act de 1890, il devait acheter de l'argent jusqu’à concurrence de 4,500,000 onces jKir mois, et émettre, pour payer ces lingots, des Treasury Noies gagés par le poids d’argent qu’ils avaient servi à payer ; mais les achats d’argent ont cessé eux-mêmes, en exécution de la loi du 30 octobre 1893. (Juant à rinde anglaise, quoiqu’elle n’ait pas de monnaie d’or indigène en circulation, elle doit être classée également dans cette catégorie, depuis la loi Ilerschell du 26 juin 1893, qui a suspendu la frappe libre de la roupie, sans d’ailleurs restreindre sa force libératoire, et qui a établi un rapport fi.xe entre la roupie et l’or anglais; ce rapport est de 15 roupies pour un souverain, ce qui iLxe la valeur légale de la roupie à 1 sh. 4 d., ou 16 p. Mais s’il est vrai que l’argent trouve encore moyen de s’introduire dans la circulation, le régime tient toujours du monométallisme argent simple et présente un caractère bâtard *.

Dans ce régime si diüérent du précédent, quelle est ta condition des étalons monétaires? Il faut distinguer suivant que les deux monnaies sont ou non au pair. Nous allons retrouver ici les mômes principes qu’à propos du papier-monnaie.

* V. sur les législations monétaires : .-Vrnauné, La monnaie , le crédiL et le chanqe. — Ottomar llaupt, Arhilraries et parités. — Sliaw, Ilistory o/' Currency , 1252-1894.

• — llaphaël-Georges I,évy, Mélanges financiers.

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A. Monnaies au pair. — Deux étalons j:>e(rallèles, celui de la monnaie forte primitif et ré<julaleur des prix, l’autre dérivé et subordonné .

Lorsque la frappe de rune des monnaies, de la monnaie d’argent par exemple, est suspendue, et que l’argent est en perte, il y a un écart entre la valeur monétaire des espèces d’argent et leur valeur comme lingots. Aujourd’hui notamment, l’argent suljissant une perle de près de 55 kdog. d’argent valant à peu près

100 fr. au lieu de 220 fr. 50, notre écu de 5 fr. a toujours une valeui’ monétaire égale à celle de la pièce d’or de 5 fr., et les deux monnaies sont au [)aii‘; mais si l’on fondait celte pièce d’argent, on ne pourrait en retirer que 2 fi'. 25. La tlistance est donc énorme entre la valeur monétaire et la valeur métallique de notre monnaie d’argent.

On exprime souvent cette idée en disant que sa valeur intrinsèque est inférieure à sa valeur nominale. Celte expression doit être bannie, parce qu’il n’y a pas de valeur intrinsèque pour les marchandises, pas plus pour la monnaie que pour toute autre. Une monnaie n’a pas une valeur intrinsèque; elle aune valeur relativement à l’autre monnaie, et des valeurs multiples relativement aux diverses marchandises. S’agit-il d’une monnaie altérée? 11 y a un écart, non pas entre sa valeur intrinsèque et sa valeur nominale, mais entre les valeurs qu’elle a réellement par rapport aux autres marchandises, et celles qu’elle aurait si elle était droite; en d’autres termes, entre sa valeur réelle, et la valeur du poids de métal fin que sa marque nominale accuse faussement. S’agit-il d’une monnaie dont le métal est déprécié, dans un régime bimétallique où la frappe de l’argent est suspendue? Il y a un écart entre la valeur f[ue la loi attribue à celte monnaie en l’assimilant à l’autre, et la valeur du lingot vis-à-vis de Laulre monnaie et des diverses marchandises; en d’autres termes, entre la valeur métallique de cette monnaie, et sa valeur monétaire, qui est aussi sa valeur légale ou nominale quand elle est au pair.

Dispute de mots? Non pas, puisqu’on s’entend sur le sens des mots employés, et que le désaccord porte sur les idées qu’ils recouvrent. Nul ne conteste l’interprétation à donner au mot intrinsèque ; mais il y a controverse sur l’application qu’il convient d’en faire à la valeur, et sur l’idée même de valeur intrinsèque. Que celte discussion soit purement théorique, j’en conviens, puisqu’on reste

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d’accord sur les faits et les conclusions pratiques à en tirer, et qu’on diffère seulement sur l’explication analytique de faits établis. Mais il y a toujours intérêt, ce me semble, à interpréter correctement les phénomènes réels, lors meme qu’on n’en déduirait aucune conséquence s’écartant pratiquement de celles qui découlent de la doctrine opposée.

■ \’oici donc, à l’heure présente, l’écu de 5 fr. qui vaut comme lingot 2 fr. 25, et qui cependant circule couramment à la place de la pièce d’or de 5 fr. Pour être équivalent, suivant le cours actuel, à cette pièce d’or de 5 fr., le lingot de l’écu de 5 fr. devrait peser 50 gr. d’argent fin, et il n’en contient que 22, 50, soit une différence en moins de 55 ®/„. Quant à nos pièces d’argent divisionnaires, c’est bien pis encore; elles ne renferment que i gr. 175 de fin, au lieu de 10 gr. qui seraient nécessaires pour leur équivalence métallique avec 1 franc d’or: soit une différence de plus de 58 Qo- Angleterre, l’écart est un peu plus accentué encore pour le sbelling. Ces différentes pièces d’argent sont semblal)les à des monnaies altérées qui devraient contenir 50 ou 10 gr. de métal fin, et qui ont été allégées, les unes de 27 gr. 50, les aidres de 5 gr. 83; c’est pourquoi je les appelle monnaie faible. Malgré cela, par le seul effet de la loi, elles ont même valeur comme monnaie (étant aujourd’hui au pair avec la monnaie d’or) que si elles avaient ce poids de 50 ou 10 grammes d’argent fin. Par la seide force de la volonté législative, elles valent 5 fr. ou 1 fr. comme les pièces d’or ellesmêmes, et constituent au même degré un moyen de lil)ération, sauf une certaine limitafion pour les pièces d’argent divisionnaires. Aujourd’hui, que l’État augmente ou diminue la quantité d’argent pur contenue dans la pièce de 5 fr., il n’importe; et pourvu que l’augmentation ne lui fasse pas dépasser le poids do 50 gr. de fin, la valeur nationale de l’écu n’éprouverait de ce fait aucun cliangement et resterait fixée à 5 fr. Le franc n’est-il donc pas une valeur idéale que le législateur attache à tel ou tel signe suivant sa fantaisie ?

Rien n’a plus contribué en effet que ce phénomène à dérouter les esprits, et à obscurcir la saine notion de la valeur de la monnaie. Cependant il n’y a rien de plus ici qu’en matière de papiermonnaie. Nos pièces d’argent actuelles sont en quelque sorte des assignats métalliques, qui ont non seulement cours légal et force libératoire illimitée comme des billets de Banque, mais aussi cours

DE LA MESURÉ DE LA VALEUR

forcé comme du papier-monnaie, puiscpi’on ne peut en exiger le remboursemenl en or ni a la Banque, ni au Trésor public. Aux Etats-Unis cependant, le Trésor convertit en or, à toute réquisition, les dollars d’argent et les billets représentatifs de cette monnaie, mais il n’y est pas obligé. Aos pièces d’argent sont donc des assignats qui ont cours forcé; tirant sans doute de leur matière une partie de leur valeur comme monnaie, à la différence du papiermonnaie; mais tirant aussi le reste, grâce à l’équivalence légale, de la valeur de la monnaie d’or. Si la monnaie d’argent est au pair avec l’autre, sa valeur se calque al)Solument sur celle de la monnaie d’or. Bar elle-même et comme lingot, la pièce de 5 fr. en argent ne serait que 2 fr. 25; i>ar assimilation légale, grâce à la force libératoire égale que lui donne la loi, elle est 5 fr., ou plutôt elle épouse la valeur de la pièce d’or qu’on appelle 5 fr. Si cette dernière s’échange con tre une plus grande quantité de marchandises, la pièce d’argent voit sa puissance d’acquisition augmenter de même; si, pour une cause telle que l’accroissetnent de production du métal jaune, la pièce d’or a une valeur plus failde, de telle sorte que les haussent, la pièce d’ai'gent voit sa propre valeur

comme monnaie diminuer en conséquence. l.,a valeur d’une monnaie faible, pour tout ce qui excètle celle de son métal, n’est donc plus (pi’une valeur treinprunt.

Quant à la monnaie forte, sa valeur est parfaitement autonome; elle varie suivant les conditions économiques, hors de la portée du législateur, (pii peut bien faire que la monnaie d’argent se traîne à la remorque de l'autre, mais qui est sans pouvoir sur la valeur de la monnaie d’or. Tous les principes développés sur la valeur d’une monnaie unicpie s’apprupient ici à la monnaie forte; dans tous les cas, sous tous les régimes, il y a toujours au moins une monnaie qui puise toute sa valeur en elle-même, valeur que le souverain est impuissant à fixer. Sur elle s’appuient toutes les autres dans un régime monétaire tel ([ue le notre; la valeur de la monnaie d’or sert actuellement de tuteur à celle de la monnaie d’argent, de la monnaie de liillon et du billet de Banque. Dans le bimétallisme complet et dans le régime que caractérise l’absence de tout rapport légal, les deux monnaies métalliques se trouventdans ces conditions, et possèdent l’une et l’autre une valeur radicale, qui fournit un corps et un soutien à la valeur do la monnaie de papier et de la monnaie de billon.

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Ces principes, identiques à ceux qui ont été posés au sujet de la monnaie de papier, nous indiquent en môme temps le rôle des deux monnaies comme étalons des prix. Leur valeur ôtant constamment égale, elles constituent deux étalons solidaires et parallèles ; dans cette fonction, elles se trouvent confondues, à ce point que nul ne saurait dire aujourd'hui si les prix se mesurent en francs d’or ou en francs d’argent; la chose est tout à fait indilférente, et de fait la mesure est donnée par les uns comme par les autres. 11 est bien entendu que l’étalon d’argent n’est pas ici un lingot de 5 grammes d’argent à mais bien un poids de 5 gr. d’argent monnayé à 1' contenu dans la pièce de 5 fr., ce qui est tout dilfércnt, puisque la valeur de l’un et de l’autre est très inégale. La monnaie d'argent est donc aujourd’hui en France l’fHalon des j)ri.x comme l’or. Mais de ces deux étalons parallèles, un seul possède une valeur pleine et indépendante provenant exclusivement de lui-môme, c’est l'étalon d’or; l’autre n’a qu’une valeur pour partie dérivée, qui se règle avec la plus entière soumission sur celle du premier. La monnaie d’argent n’est donc qu’un étalon suljordonné, parce qu’elle est la monnaie faible; la monnaie d’or, ayant seule une valeur fondamentale comme monnaie forte, est aussi le seul étalon régulateur des prix.

IL Prune sur L’une des monnaies. — Les deux étalons indépendants et non parallèles ; celui de la monnaie forte primitif, bien qu’ indirect et in visible ; l’autre usuel et direct, mais toujours dérivé.

Quand la frappe du métal déjn’éciô est interdite pour le compte du public, il ne résulte pas du système lui-mème que la monnaie supérieure soit exportée et que les deux monnaies cessent d’èlre au pair. Cependant ce résultat peut encore se produire, si des causes indépendantes du régime monétaire attirent la bonne monnaie au delioi’s. C'est ainsi qu’à différentes reprises depuis 1873, l’or en France a eu une prime, qui parfois a dépassé le taux des frais de frappe, et a été, pour l’excédant, une prime de la monnaie d’or elle-même. Cette prime, généralement causée par des déficits dans les récoltes, a atteint en 1887 le taux de 9 7^^,, soit 0,8 4 ^’/oo en faveur de la monnaie. Tant que la prime est aussi légère, elle ne se fait pas sentir dans les jietites transactions; mais si elle s’élève par suite de la disparition de l’or, les prix deviennent difl'érents suivant que le paiement se fait en or ou en argent.

DE LA MESURE DE LA VALEUR

IIG

Cela peut se voir un jour. Sans doute, lu valeur des assignais inélalliques paraît so soutenir mieux que eelle des assignats de .papier, parce que les premiers ont, par eux-mêmes, une certaine valeur c[u’ils doivent à leur métal, et ce métal fait illusion, lant que la forme et le poids d'une monnaie métallique restentles mêmes, il seml)le que la valeur même de son métal ne change pas, et qu un écu contienne un poids d’argent exactement équivalent a. 1 or de la pièce de 5 fr. On ne songe guère que, pour atteindre cette équivalence, il faudrait plus que doubler le poids de l’écu. Cour la masse du public, rargonl est un métal précieux d’une valeur immuable, et dans nombre de familles françaises, le grand luxe est encore d’acheter de l’argeiiterie, jiarce que « rargcnt garde toujours sa valeur» ; cotte [)rodigalité est une façon de thésaurisation, d’épargne par la iléiiense. Il no faut pas s’y fier cependant, et cette confiance ne résisterait pas à un coup de vent qui chasserait 1 or du pays. Le krach de la monnaie d’argent, dans un Etat qvii en possède un stock considérable, n’est évité que grâce à la situation favorable de ce pays dans ses relations commerciales et financières avec l’étranger.

Si les deux monnaies restent au pair en h’ rance, malgré la dépréciation colossale du mêlai argent, c’est qu’à raison de rabondancede la monnaie d’or, chacun sait qu’il peut échanger à tout moment des écus contre de l’or avec la [dus grande facilité; il n’y a donc aucun avantage à recevoir de l’or [>lutot que de l’argent. Aussi le public acce[)le-t-il la monnaie d’argent au pair de l’or, sans songer môme à se. demander si le métal argent reviendra jamais au pair; la seule |)résence ih* l’or eu grandes qiunUités dans la circulation et dans l'encaisse de la l’auque suffit [lour maintenir la monnaie d’argent au [)air, et suffirait encore, même si le piublic perdait tout espoir tl’uu relèvemenl do valeur [)Our le métal lilanc. .\u contraire, un Etat débiteur de l’étranger perd sa monnaie d’or, et ne conserve en circulation que sa monnaie d’argent, qui, naturellement, ne reste pas au pair avec l’autre. Tel est le cas pour l’Espagne et la Serbie. Mais, quand un pays est très obéré, il perd sa monnaie d’argent ellemême après sa monnaie d’or, dès que son change toral^e à un certain point que je déterminerai plus tard, et ne garde plus en circulation que du |a.ipier-monnaie.

Quant aux liillets remboursables à vue, ils suivent naturellement les destinées de la monnaie qu’ils représentent. Dans certains pays, en Serbie [lar exemple et aux Etats-Unis, il y a des billets reinbour-

DE LA MESURE DE LA VALEUR

sables en or et d’autres en argent. Les premiers bénéficient de la prime de l’or s’il y en a une, et les seconds, tout en jiaraissant être au pair, parce que les cours se rapportent à la monnaie d’argent qui est l’étalon usuel, se trouvent en réalité au-dessous du pair comme la monnaie d’argent elle-même. Les Etats-Unis n'ont pu mainlenir jusqu’ici leurs Silvrr Ccrtificatps et leurs l'reasiirij Notes au pair qù’en assurant leur remboursement en or, au prix des plus lourds sacrifices. Celte distinction entre les billets, ba,sée sur leur caractère représentatif, se rencontre rarement, parce qu'elle parait contraire au principe essentiel de la double monnaie légale dans un régime bimétallique.

f)e son côté, un billet de Banque remboursable en or ou en argent à la volonté de l’établissement débiteur tombe, lui aussi, au-dessous du pair, quand l’or a une prime, et que la banque use de l’option que lui donne la loi pour ne faire ses remboursements qu’en argent. C’est actuellement le cas pour les billets de la Banque d’Esj:)agne, et ce serait aussi le cas pour nos billets français, si l’or devenait rare, et que la Banque préférât défendre son encaisse or en retenant une prime sur les remboursements en or, plutôt que d’élcver le taux de l’escompte.

Lorsque les deux monnaies ont cessé d’être au pair, la valeur de la monnaie faible oscille, suivant les circonstances, au-dessous de celle de la monnaie forte, et acquiert ainsi une certaine indépendance limitée. Mais cette valeur, pour toute la juartie qui excède celle du lingot, n’est toujours que dérivée de celle do la monnaie forte, seule primitive et [»leinement autonome. jVnjoui'd’lnii, [)ar exemple, une pi'ice d’argent espagnole, quoiqu’elle ait, suivant la loi, une force libératoire égale à celle de la pièce d’or (.le même marque, est impuissante à, revêtir toute sa Amleur, mais elle lui en enq)ruide au moins une partie.

l^e fonctionnement des deux monnaies comme étalons se ressent nécessairement de cet état tle choses. Si la monnaie d’or a disparu à peu près complètement de la circulation, et si en conséquence sa prime est élevée, les prix se règlent sur la monnaie d’argent, qui est le seul intermédiaire en usage dans les échanges; ils s’élèvent donc, si cette monnaie se déprécie, à l’égard des marchandises comme à l’égard de la monnaie d’or. Le prix fixé en prévision d’uii paiement en argent est le seul qui soit visible. L’étalon de la monnaie faible est ainsi l’étalon usuel, le seul étalon direct et régulateur des

DE DA lUESURE DE DA VADEÜR

|)rix a|)parenls, desorUique la monnaie d’or elle-même a un pi'ix qui s’cx|)rime en [)ièccs d’argent, au moyen de la prime; la prime sur la monnaie d’or étant de 10 “/o par exemple, 100 fr. d’or valent 110 fr. en monnaie courante, qui est la monnaie d’argent, ou les billets que la Banque rembourse exclusivement en argent. Si donc les marchandises ont un prix al)aissé [>our l’or, ce prix s’établit d’après le prix ordinaire, dont il suffit de déduire la prime de l’or ; une marchandise cotée 110 fi\ par exempjle vaut 100 fr. en or. Le prix en monnaie d’or n’est donc déterminé que d’une manière détournée; l’étalon d’or, n’étant pas en usage, n’est qu’un étalon indirect.

.Néanmoins, l’étalon de la monnaie faillie n’est toujours que d('‘rivé, parce que sa valeur est tirée, pour partie de celle de la monnaie foi’te ; c’est, dans cette limite, un étalon creux. La monnaie d’or, bien qu’invisible, demeure la base de la valeur attribuée à la monnaie d’argent ; elle constitue donc aussi l’étalon générateur et fondamental pour toute mesure de valeur. Quoique, dans la pratique commerciale, la monnaie d’or ait un pri.x exprimé en monnaie d’argent (la prime sur l’or est, en effet, l’indication de son ]trix), c’est au fond la monnaie d’or (jui est l'étalon. Dans la vérité des clioses, ce n’est pas la monnaie d’or qui est montée au-dessus du pair, mais la monnaie d’argeid ([ui est tombée au-dessous.

.\ussi peut-on distinguer dans la monnaie faible, quand elle a cessé d'ètre au pair avec l’autre, trois sortes de valeur ; sa valeur momdairv.' Ii'-gale ou nominale, qui est celle qu’elle aurait si, cordormémeid à l’capiivalence légale, elle circulait au pair avec la monnaie forte; sa valeur monétaire réelle, la seule à considérer pratiquemeid , cpii est inférieiu'e à la précédente, et sa valeur mélallique, ([ui est encore plus basse. Si, par exemple, la monnaie d’or avait aujourd’bui une [)rime de 10 “/a, la pièce de 5 fr. en argent aurait une valeur nonhnale tle 5 fr., une valeur réelle comme monnaie de 4 fr. 55 en or, et une valeur métallique comme lingot de 2 fr. 25. L’écart entre lavaleur monétaire légale et la valeur j’r'elle ne serait pas visible au [u’emier coup d’(eil, parce que la monnaie d’argent, étaid le seul élalon usuel, n’aurait pas de prix, pas de cote en perte, et (jne le divorce des deux valeurs se manifesterait seulement par la prime de la monnaie d’or. Mais si, pour revenir à la réalité fondamentale des choses, nous convertissons celte prime île la monnaie d’or (10 ‘'/o) en perte de la monnaie d’argent (9, 10 nous aiiercevons que cette dernière n’a plus qu’une valeur réelle inférieure à celle que la loi a voulu lui ilonner par assimilation.

DE DA MESURE DE LA VALEUR

Dans ce régime du bimétallisme incomplet, l’élalon régulateur des prix peut encore être alternatif, mais sans que l’alternative résulte de causes inhérentes au régime lui-même. Tant que les monnaies restent au pair, constituant ainsi deux étalons parallèles, c’est la monnaie forte qui règle la hausse et la baisse des prix uniques ; mais quand la monnaie forte fa.it prime, c'est la monnaie faible qui est l’étalon régulateur des prix visibles, établis en vue d’un paiement en espèces de cette monnaie. L’alternative ne se produit cependant pas de la meme manière que dans le bimétallisme complet. Sous ce dernier régime, tantôt les deux monnaies, si elles sont au pair, fonctionnent au môme titre comme étalons radicaux, régulateurs des prix; tantôt, dans le cas contraire, la monnaie dépréciée, celle qui n’a pas de prime, reste seule comme étalon usuel et régulateur dos prix apparents. Or, quand la frappe îles deux monnaies est libre, la monnaie inférieure peut être, suivant les circonstances, soit la monnaie d’or, soit la monnaie d’argent; l’étalon usuel et direct, quand il n’est pas dans les deux monnaies à la fois, se trouve donc tantôt dans l’une, tantôt dans l’autre allernati vement, suivant que l’une ou l’autre devient la monnaie basse. Au contraire, le bimétallisme incomplet, contribuant par lui-mème à la baisse du métal dont la frappe est interdite, attache d’une manière permanente à la monnaie de ce métal la qualité de monnaie faible. L’étalon régulateur des prix usuels peut donc être alternativement, sous ce régime, la moiutaie d’or comme monnaie forte, ou la monnaie d’argent comme monnaie faible, suivant que les deux monnaies sont ou non au pair. Mais quand il est fixé, soit dans la monnaie forte, soit dans l’autre, il ne passe pas alternativement de la monnaie d’or à la monnaie d’argent, parce que l’or reste toujours monnaie forte, et l’argent monnaie faible.

11 ne pourrait en être autrement que si, par suite d’événements extérieurs, tels que la reprise de la frap[)e dans d’autres pays, l’argent regagnait sa pei’te et venait à dépasser le pair. .VIors l’Ltat Inmétalliste qui continuerait à repousser l'argent de l’Ilôtel des Monnaies se trouverait dans les mômes conditions de fait que s’il avait le bimétallisme complet. Admettant en effet sans limite la frap[)e du métal bas, qui serait l’or, et continuant à l’acheter au pair, l’Etat provoipierait une fuite de l’argent, et une prime sur ce métal et sa monnaie. L’étalon régulateur, fixé dans la monnaie inférieure, passerait alors alternativement de la monnaie d’or à la mon-

UE LA MESüHE DE LA VALEUR

naie d’argent, si le rapport des deux métaux se mettait à osciller tantôt au-dessus et tantôt au-dessous du pair.

VI. Monümkt.vli.ismi-: comi’OSItü .\vi:c nAPPoriT — V CtlCK)' clc

la monnaie Icyale, valeur dérivée de la monnaie d’ aj^point, . Deux élalon.s parallèles, celui de la tnonnaie légale primitif et régulateur des prix, l’autre dérivé et suhordonné .

Le monométallisme or composite est le régime de l’Angleterre depuis la disparition du cours forcé dans ce pays (loi de 1816, réservant la frappe de la monnaie d’arg'ent à l’Etat, et limitant son cours légal à 40 shellings) ; c’est aussi celui de la plupart de ses grandes colonies, Australie, Canada, Cap et Transvaal. On peut encore citer, comme ayant le môme système monétaire : les Etats Scandinaves depuis 1873 (limitation du cours légal de la monnaie d’argent à 20 kroner); l’Egypte depuis 1885, avec une circulation composée en grande partie de monnaies étrangères; la Roumanie depuis 1890 (limilalion du cours légal de l’argent à 50 leis) ; l’Lruguay ; la Tunisie, qui, depuis 1891, est dotée de la monnaie française, mais sans la pièce de 5 fr. Dans le passé, les Etats-Unis ont été monométallislcs or de 1873 à 1878. Pour l’avenir, l’-Vutrichellongrie, de|)uis une loi de 1892, cherche à le devenir, et accumule l’or [)0ur se (hiltarrasser de son papier-monnaie; il en est de même de la Russie, qui a suspendu la fra|)pe de l'argent, et dégradé la valeur du rouble-argent de 100 à 45 kopecks pour le paiement des droits de douane dans ces deriuers temps.

Lorsque le cours légal n’est donné epUà une seule des deu.x monnaies, et que l’autre circule seidement comme monnaie d’api^oint dont la force lil)ératoii'e est limitée à une faible somme, les principes sur la valeur des deux monnaies et sur leur fonction comme étalons sont les mômes que dans le régime précédent.

Dans un Etat monométallisto or, l’argent, n’étant pas admis à la frappe pour le conqite des particuliers, se trouve nécessairement en perte s’il baisse de valeur; la Monnaie, en elTet, ne soutient pas son cours au pair, de sorte ([u’il n’y a pas d’intérêt à exporter l’or en hausse pour importer l’argent en baisse. iJ’un autre côté, quand c’est l’or (pii est on baisse, le système peut néanmoins rester, et reste généralement intact. Si l’or se dépréciait tellement que le rapport commercial des deux métaux tombât au-dessous du rap-

DE LA .MESURE DE LA VALEUR

port légal des monnaies adopté par le pays monoinétalUstc, le régime, il est vrai, serait faussé au point de se transformer en bimétallisme complet tant que durerait cet état de choses. On y verrait, en effet, comme dans un Etat bimétalliste, la monnaie inférieure admise à la frappe sans l’estriction, et investie d’une force libératoire illimitée, puisque justement, par l’elTet des cours des métaux, la monnaie d’or se trouverait être celte monnaie inférieure. Quant à l’interdiclion de la frappe de l’argent, et à la limitation de sa force lil.)éraloire, elles n’auraient plus de signification, du jour où, par la baisse du rapport des métaux au-dessous du rapport légal, la monnaie d’argent serait devenue la monnaie supérieure. Dans cette hypothèse, l’argent, Inen que simple monnaie d’aj)point d’après la loi, serait exporté par spéculation.

Mais, pour écarter celle éventualité, une législation monométallic[ue or a soin do fixer le rapport légal de ses deux monnaies audessous du rapport commercial des métaux, et du rapport légal adopté par les pays bimétallistes epu admettent la frapjie libre de l’argent, de manière à s’abriter derrière eux. Si l’Angleterre, à l’époque où l’argent n’était pas mis en interdit comme aujourd’hui, avait introduit chez elle le rapport français 15 1/2, elle aurait couru le risque d’une émigration do sa monnaie d’argent toutes les fois que le rapport tles métaux serait tombé au-dessous de 15 1/2. Aussi, pour éviter de passer ainsi malgré elle à un bimétallisme de fait, l’Angleterre avait-elle surfait à l’avance la valeur de sa monnaie d’argent, en adoptant un rapport p)lus bcis, 14,29, Par là, elle se trouvait, selon toute vraisemblance, garantie contre une altération de son régime monétaire. Cette altération, en efièt, n’aurait pu se produire que si la hausse de l’argent avait été assez forte pour o.baisser le rapport des métaux au-dessous de ce rapport légal 1-4,29. Or, nous avons vu que, pendant toute la duree du bimétallisme français, les oscillations de la valeur de l’argent par rapport à l’or ont été extrêmement faibles, et que, même à l’époque de la grande dépréciation de l’or, le rapport n’est jamais tombé au-dessous de 15. Ee danger n’aurait existé pour l’Angleterre que si d’autres Etats bimétallistes, ouvrant leurs Monnaies à l’ai’gent, avaient établi légalement le rapport de leurs deux monnaies ciu dessous de 14, 50. Depuis que tous les Etats jadis soumis au bimétallisme complet ont frappé l’argent de proscription, le risque d’un détraquement dans le système anglais se trouve tout à fait écarté, puisque le rapport

DE LA MESURE DE LA VALEUR

est monté à 34 et 35, Pour les pays monomélallistes, le clioix d’un rapport entre les monnaies a donc perdu son importance. Aussi voyons-nous deux rapports aussi divergcids que 13,69 et 15,50, adoptés dernièrement par les deux Etals qui veulent aujourd’hui introduire ce régime chez eux : l’Autriche-Ilongrie et la Russie.

Un pays monométalliste or est donc toujours à peu près siir de conserver sa monnaie légale comme monnaie forte de valeur pleine, et sa monnaie d’appoint comme monnaie failde de valeur supérieure à celle de son métal.

Si l’or disparaît d’un Etat monométalliste or, à cause.de son passif vis-à-vis de l’étranger, on voit rarement l’ai’gent former le fonds de la circulation monétaire comme dans ceilains pays, tels que l’Espagne, soumis au bimétallisme incomplet. L’argent, en ellet, n’étant qu’une monnaie d'appoint, n’y existe généralement qu’en quantité assez faible; le [)ays ne peut donc s'en contenter, et doit recourir immédiatement au papier-monnaie. La prime de l’or se pose donc vis-à-vis du papier-monnaie. Quant à l’argent qui reste, il est naturel de su[)|)Oser qu’à moins de dispositions législatives prises contre lui, il est préféré au papier, et accepté en fait sans limitation de somme. L’IRal peut même quelquefois éviter le papier-monnaie en augmentant la quantité d'aï'gent en circidation ; il se trouve alors tout à fait dans les conditions du bimétallisme incomplet, avec une [irimc de la jiionnnare il’or vis-à-vis de la monnaie d’argent. C’est le cas actuel pour la Serbie.

Quand le système fonctionne normalement, la condition des étalons monétaires est encore la même que dans le bimétallisme incomplet. Les deux monnaies constituent des étalons parallèles, mais l’étalon de la monnaie légale, qui est la monnaie forte, est seul régulateur des prix, ])arce que seul il a une valeur pleine et primitive; l’autre est un étalon dépendant, puisque sa valeur n’est pour partie qu’un reflet de la valeur du premier. Le monométallisme composite avec rapport légal est donc le régime de l’étalon primitif unique, comme d’ailleurs le bimétallisme incomplet, à la dilférence du bimétallisme à double frappe, qui est, dans son étal idéal, le régime des deux étalotis primitifs solidaires.

On peut s’étonner qu’une simple monnaie d'appoint puisse jouer, même d’une manière purement passive, le rôle d’étalon des valeurs. Cependant il est bien certain qu’elle sert elle- même à la mesure des prix. En Allemagne, où les marcs d’ai'gent n’ont cours légal que

DE LA MESURE DE LA VALEUR

jusqu’à concurrence de 20, un prix de 100 marcs se mesure cependant aussi bien en marcs d’argent qu’en marcs d’or. Quand en Angleterre une marchandise est cotée 3, on jjeut dire également quelle vmut 60 sh. Sans doute, on ne pourrait, après l’avoir achetée, contraindre le vendeur à recevoir en argent plus de 40 sh., mais cette limitation concerne la monnaie d’argent comme instrument de libération, et non comme étalon des prix. En disant que la marcliandise vaut 60 sh., on donne la mesure de son prix aussi nettement que si l’on disait qu’elle vaut ^3. Cependant, en fait, il résulte de la diftérence des noms monétaires que la monnaie d’argent n’apparait en Angleterre comme étalon parallèle que d’une manière restreinte. Les prix importants sont établis en livres, et les shellings ne sont qu’un appoint, non seulement dans les y)aiements, mais aussi dans rexpression même des prix, oii ils ne figurent guère au delà de 20. Il y a d’ailleurs des exceptions, car certaines marchandises importantes se cotent en shellings; on cotera par exemple le café 80 sh. le cwt au lieu de 4.

C’est là exactement, dans des limites plus étroites encore, la condition de notre étalon de bronze, le centime. Notre monnaie de bronze a une valeur métallique très variable, mais toujours très inférieure à sa valeur monétaire, qui se modèle sur celle de l’or; le centime est donc un étalon dérivé et subordonné, f)’autre part, la monnaie de J)ronze est une simple monnaie d’appoint, dont le cours légal est strictement limité à 4 fr. 95, et dont l’énonciation ne dépasse même jamais l’appoint de la pièce de 1 fr.; le centime n’est donc appai’ent, comme étalon dans l’expression des ]jrix, que pour les très petites sommes inférieures à 1 fr.

En résumé, dans tout régime monétaire, il y a autant d’étalons que de monnaies diflerentes en or, en argent, en bronze ou nickel, en papier; mais tous n’ont pas même qualité. Dans le monométallisme composite avec rapport légal et dans le bimétallisme incomplet, il n’y a qu’un étalon primitif régulateur; dans le bimétallisme complet, il y en a deux ; pourvu toutefois que ces difierents régimes fonctionnent régulièrement. Si donc nous faisons abstraction des étalons dérivés et sul)ordonnés, pour ne considérer que l’étalon régulateur de valeur pleine, nous pouvons nous conformer au langage courant, en disant que le monométallisme est le régime do l’étalon unique, et le bimétallisme (complet) celui du doulàe étalon. N’oublions

DE LA AIESUHE DE LA A’ALEUK

pas cepei\dant cjue, dans les cas assez fcécpienls d’altération de ces systèmes, si une sente monnaie reste en circnlation, elle dcAdent, en fait, le senl étalon usuel sur lequel s’étaldissent les prix ordinaires, alors môme qu’elle aurait une valeur simplement dérivée ; monnaie inférieni'e dans ie bimétallisme complet, monnaie faible dans le bimétallisme bâtard et dans le monométallisme, papier-monnaie dans le cas oii le régime établi pour la monnaie métallique se trouve écarté par l’intervention du cours forcé. — A l’avenir, lorsque je parlerai de l’étalon d’un pays, je désignerai par là exclusivement celui sur lequel se règlent les jtrix visildes, fùt-il simplement dérivé comme l’étalon d’une monnaie métallique faible, ou comme l’étalon de papier, dans un pays (.léserté par la bonne monnaie.

Locke a dit : « I/argent, et l'argent sevd, est la mesure du commerce. Deux métaux tels que l'or et l'urgent ne peuvent être tous deux à la fois la mesure du commerce dans un pays, parce que cette mesure doit rester perpétuellement la môme, et conserver la même proportion de valeur dans toutes ses parties. Or, il n’y a qu’un môme métal qui se com|)orte, et qui puisse se comporter ainsi A’is-à-vis de lui-môme : l’argent vis-à-vis de l’argent, et l’or vis-àvis de l’or... .Mais l’or et l’argent cliangent de valeur l’un vis-à-vis de l’autre » '.

Il faut bien s’entendre sur cette |Aroposition . Locke n’a certainement j)as en vue un régime comme ceux (pie nous voyons fonctionner à l’heure actuelle, où la valeur d’une monnaie reste détachée et indépendante de celle de son métal par l’interdiction de la frappe, et n’est pas entrainée par la baisse que suliit la valeur du métal. Il n’est pas douteux qu’il est alors possible de conserver entre les deux monnaies un rapport fixe établi par la loi, et que les monnaies constituent à elles deux un double étalon, correspondant à un pri.x unique pour chaque marchandise. En parlant des métaux comme instruments de mesure des prix, Locke montre liien qu’il a en A’ue un régime de fraiipe libre, où monnaie et métal ne font qu’un. .Mais il ne songe sans doute |)as non plus à nier qu’il soit possible d’avoir concurremment dans l’or et l’argent, malgré leurs rapports de valeur Axiri;d)les, deux étalons distincts et indépendants pour deux prix dilférenls. Sa pensée est donc qu’il ne saurait y avoir un

* Fm'thej^ Consideralions co)icerning raisinçf tke Value of Money , le passage dans Mac Leod, Di/nelalis?)! ^ p. 27.

DE LA MESURE DE LA VALEUR

double étalon parallèle, avec un [>rix unique pour chaque marchandise, dans un régime où chaque monnaie garde fidèlement la valeur de son métal.

Le philosophe anglais, comme tous les penseurs qui ont porté leurs études sur la monnaie avant le xix® siècle, Orosme, Copernic, ^^hlliam Petty, Newton, a été frappé par la stérilité des efforts faits par les princes pour fixer un rapport entre les monnaies, et pour les garder toutes deux en circulation. Mais ces efforts étaient alors incohérents, et les rapports légaux ne pouvaient nulle part se maintenir, parce qu’ils étaient divergents par toute l’Europe. Newton reconnaissait que, si l’or avait en Angleterre le môme rapport avec l’argent que dai:is le reste de l’Europe, il n’y aurait plus de raison d’exporter l’argent plutôt que l’or sur le continent. Et lord Liverpool disait dans un rapport adressé au roi en 1798 ‘ : « La valeur relative de l’or fin à l’argent fin dans la monnaie du royaume est actuellement comme 15 à 1. Mais, dans les Monnaies de plusieurs Etats étrangers, la valeur de l’or par rapport à l’argent est taxée plus haut encore. Il peut ainsi se faire qu’il y ait, à un môme moment, des variations dans la valeur des deux métaux suivant les pays ».

Nous aurons à nous demander si, à notre époque, cette uniformité de rapport ne pourrait pas être établie et fermement maintenue entre les deux métaux, de telle sorte, que les deux monnaies, eonfondues avee leur métal, fussent capables de fournir dans le monde un étalon de valeur unique à double face.

CORRECTIONS APPORTÉES PAR l’aUTORITÉ PUBLIQUE, SOIT A LA VALEUR LÉGALE d’une MONNAIE PAR RAPPORT A l’aUTRE, SOIT .V SON POIDS DE MÉTAL FIN, EN VUE DK MAINTENIR, ENTRE LES DEUX MONNAIES, UN RAP- PORT LÉGAL CONFORME AU RAPPORT DE VALEUR DES MÉTAUX.

Il paraît important, lorsque les tUictuations dans la valeur réciproque des métaux ont une répercussion directe sur celle des monnaies, de maintenir la concordance entre le rapport commercial des métaux et le rapport légal des monnaies, pour éviter que la va-

^ Mac Leod, op. cil,, p. 43.

DE DA ÎMESURE DE DA VADEUR

leur monétaire réelle de l’une d’elles, rig-oureuseinent liée à sa valeur métallique, ne s’écarte sensiblement de sa valeur monétaire légale. Deux moyens se présentent pour rétablir cette coïncidence en cas de variation ; modifier la valeur légale de l’une des monnaies par rapport à l’autre, sans toucher au poids ni au titre des espèces; modifier le poi(.ls de métal fin de l’une des monnaies, en lui laissant sa valeur légale. Le premier de ces moyens n’csl possible que si les monnaies réelles sont tarifées en monnaie de compte par l’autorité publique; ou, si ne portant pas la même dénomination, l’une d’elles est tarifée en espèces de l’autre monnaie. 11 suffit alors d’un acte de la puissance publique pour changer le rapport de valeur qu’un autre acte avait établi; l’abaissement de valeur de l’une des monnaies s’opère au détriment des détenteurs des espèces. Si le rapport légal des deux monnaies résultait d’une identité de nom, tel que celui de franc, une refonte générale de l’une des monnaies serait nécessaire pour modifier sa valeur légale par un changement d’empreinte, et la réforme ne serait même praticable que si le rapport à établir permettait de marquer la nouvelle monnaie en chiffres ronds.

Ce premier procédé fut fréquemment usité par les princes, antérieurement au xix° siècle. Dans la société féodale, où princes, seigneurs, prélats, villes, chapitres et abbayes avaient le droit de battre monnaie, où la confusion était encore augmentée par la circulation de pièces étrangères et de monnaies très anciennes, les espèces, souvent altérées, n’avaient cours que pour leur poids réel de métal fin, comme de vérilal.)les lingots. Elles étaient évaluées par le public, suivant le poids de métal fin qu’elles contenaient, en monnaie de compte signifiant un poids d'argent déterminé, comme le marc banco ou la livre tournois. La monnaie d’or, elle-même, était évaluée ainsi, et cette ôval'uation en unités d’argent variait suivant les changements qui se produisaient dans la valeur réciproque de l’or et de l’argent. Des actes de l’autorité l'oyale intervenaient pour établir, par des tarifications officielles en monnaie de compte, un certain rapport entre les espèces d’or et d’argent ; mais ce rapport n’était pas observé dans le commerce, et les princes devaient le changer constamment. Il est assez difficile de discerner si ces mesures législatives étaient la cause ou l’effet des variations de valeur de l’or vis-à-vis de l’argent. U apparaît cependant des stalisliiiues ((uc ces variations [irovenaienl moins des conditions de

DE LA MESURE DE LA VALEUR

la production des deux métaux, que du désordre qui régnait dans les systèmes monélaires de l’Europe, et du désaccord qui existait entre les rapports admis dans les différents pays De là, eu l" rance, en Angleterre, eu Espagne et ailleurs, des révisions continuelles, qui augmentaient encore l’instabilité du rapport commercial, privé de toute base fixe et uniforme. On peut donc croire que les fixations officielles de la valeur de la monnaie d’or vis-à-vis de la monnaie d’argent étaient à la fois la cause et l’effet des changements de rapport, et qu’il se produisait une série d'actions et de réactions entre les législations monétaires des différents pays.

Généralement ces mesures, coïncidant avec l’interdiction d'exporter des métaux précieux, étaient inspirées par le désir d’attirer une monnaie, ou au moins d’en arrêter l’exportation, en lui offrant dans le pays un rapport plus favorable qu'à l’étranger. C’est ainsi que Newton fit abaisser, en 1717, la \mleur de la guinée (monnaie d’or), de 21 sli. 1/2 à 21 sh., pour retenir en Angleterre la monnaie d’argent, attirée sur le continent par des rapports légaux moins élevés. Le môme motif, développé par Galonné, fit adopter dans l’édit de 1785 le rapport 15 1/2, en vue d’empècher l’exportation de l’or.

En France, le rapport légal ressortait d’une tarification des monnaies courantes d’or et d’argent, écus à la couronne et au soleil, testons d’argent, louis d’or et loids d’argent, etc., en livres tournois, sols et deniers. Mais il résultait souvent du désaccord avec les rapports établis dans les autres pays, que celui qui était fixé en France par acte royal n’était pas observé. La monnaie dont la valeur jjar rapport à l'autre était, conq)arativement à celle qu’elle avait à l’étranger, surfaite par acte royal, circulait l)ien efiectivement pour le nombre de livres que cet acte lui assignait comme valeur ; mais les espèces de la monnaie légalement dépréciée qui restaient dans le royaume circulaient pour un nombre de livres supérieur à celui qu’elles avaient représenté jusque là, de sorte que, paj' l'effet de cette prime, le rapport échappait en fuit à l’autorité, et reprenait sa liberté. 11 résultait seulement de la déci-

^ D’après M. Sliaw (The llisfonj of Currency , p. 40, 69 et 70), le rapport était, par exemple, au milieu du xive siècle : 10,91 h Florence; 14,44 à Venise; 10,59 à Milan ; 11,11 en France; 11,57 en Angleterre; 11,33 en Allemagne; 12,1 en Bourgogne. Au commencement du xviie siècle, il était : 13,32 en Angleterre; 12,03 en Hollande; 13,90 en France; 13,52 en Espagne; 12,2 en Allemagne, et 11,04 à Venise.

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siori royale une dhninulion du poids d’argent désigné sous le nom de livre tournois, c’est-à-dire un aftaiblissement de l’étalon des prix; et o’est là une des causes qui, avec l’altération des monnaies réelles, expliquent la réduction progressive de la quantité d’argent purement nominale que l'on appelait livre tournois. De 98 gr., ou 21 fr. 77, en l’an 1200 sous IMiilippe-Auguste, elle était tombée, en 1790, à i gr. 27 ou 0 fr. 95 '.

L’anarchie monétaire de l’ancienne société n’avait pas permis de maintenir un rapport fixe entre les métaux. Le bimétallisme français, jusqu’à son altération en 1873, a au contraire donné à ce rapport une stabilité remarquable, qui a fait perdre beaucoup d’intérêt à cette question rie modification du rapport légal, sans cependant la supi>rimer complètement, puisqu’il a suffi de très faibles oscillations pour faire disparaître l'une ou l’autre monnaie de la circulation en l'rance. Le législateur de l’an XI n'a pas eu l’ambition d’imposer au monde une certaine valeur de l’or vis-à-vis de l’argent, et ne semble pas avoir pi'océdé suivant un système ]jréconçu. 11 en a été du bimétallisme comme de tant d’autres institutions — la séparation des pouvoirs, j)ar exemple • — ; le mot n’a été créé, la théorie dégagée, la beauté du système révélée qu’ai>rès coup ; l'inconscient jjrécède toujours le conscient. Dans la pré[taralion de la loi de l’an XI, on avait prévu les modifications qui pourraient èti'e apportées dans l’avenir au rapport 15 1/2, mais on avait songé au procédé des corrections de poids. l)ans un rapport rétligé on l’an IX, (iaudiu, ministre des finances, avait déclaré qu’en cas de changement du rapport 15 l/2entre les métaux, la monnaie d'or serait seule refondue. Hicn n’était d’ailleurs précisé dans ce document au sujet du point de variation à partir duquel il conviendrait de procéder à une refonte; et la loi, dans sa rédaction définitive, ne contient aucune dis])osilion relative à une refonte éventuelle.

Lorsque le souverain veut changer le rapport légal des monnaies en modifiant le poids ou le titre de l’une d'elles, il peut procéder

1 d’Aveael, Histoire économiq ne de la propriéféy elc. L. 1, cb. II, Les monnaies et les métcuix précieu.x. — JJ'après Lclier (Essai sur l'appréciation de la fortune privée au moyeti-dge, p. 8 et s.), qui s'appuie sur Guérard, la livre, sous Charlemagne, aurait été de 13 onces 1/3, ou i07 gix 86. La livre d’argent fin aurait donc pesé, à celle époque, autant que 90 l‘r. 63 d'argent monnayé actuel; le sol, vingtième partie de la livre, aurait pesé 4 fr. 53, et le denier, douzième partie du sol, 37 centimes; sans préjudice de la difTérence du pouvoir de l'argent aux deux époques.

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tle deux manières : soit en renforçant la monnaie dont la valeur par rapport à l’autre a faibli, soit en affaiblissant celle dont la valeur s est élevée. Le premier procédé inflige à l’Etat une perte sèche; aussi n’a-t-il jamais été pratiqué. Le second lui assure au contraire un bénéfice; mais une partie de ce bénéfice lui échappe, parce qu’il ne peut recueillir dans le public toute la monnaie qu’il veut diminuer; les détenteurs des espèces menacées d’affaiblissement s’empressent de les fondre, ou de les vendre à des commerçants'qui les fondent, pour conserver le bénéfice de la prime. Quant aux créanciers qui, en stipidant un certain nombre de francs, avaient compté recevoir un certain poids d’or (ou d’argent), ils se trouvent frustrés quand la monnaie d’or, par exemple, est diminuée, car les débiteurs peuvent désormais se libérer en versant un poids d'or moindre que celui qui avait été prévu à l’épocpie du contrat. 11 est vrai que si les débiteurs s’acquittaient en monnaie d’argent, comme ils en ont incontestablement le droit, ils verseraient à leurs créanciers exactement le poids d’ai’gent monnayé sur lequel ceux-ci ont pu compter au moment du contrat, et cet argent ne l’eprésenterait pas une valeur supérieure à celle de la monnaie d’or diminuée. Mais si une hausse de l’or détermine l’I^itat à affaiblir cette monnaie, une hausse ultérieure de l’argent pouri’ait aussi le déterminer à réduire ensuite le titre de sa monnaie d’argent. De refonte en refonte, les deux monnaies iraient toujours en s’amincissant l’une et l’autre; ce serait la pratique des altérations alternatives, apportant le trouble dans toutes les transactions; ce serait, de la part de l’Etat considéré comme débiteur, une sorte de banqueroute partielle. Aussi, quand le législateur français recourut à ce procédé pour la petite monnaie d’argent, en 1864 et 1866, eut-il soin de la réduire au rôle de simple monnaie d’appoint.

Ces variations dans le rapport légal portent donc préjudice soit au Trésor, soit au public. Elles sont d’autant plus fâcheuses, qu’elles ont pour résultat de provoquer et d’aggraver les variations des cours des métaux sur le marché, ces cours ne se trouvant plus bridés et dominés par un rapport légal olTrant des garanties de fixité.

La question du remaniement des monnaies ne se pose pas quand les deux monnaies restent au pair, sans être atteintes par les fluctuations de valeur des deux métaux. C’est le cas actuel, dans la plupart des pays cjui ont cessé la frappe de l’argent; bien que la

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valeur du métal argent soit très inférieure au pair, il n’y aurait aucun intérêt à modifier aujourd'hui en France le rapport lég-al des monnaies jiour le faire coïncider avec le rapport des métaux, parce que le rapport 15 1/2 est parfaitement observé dans les échanges de monnaies. La question ne se [loserait que si l’on voulait, en vertu tl’un accord international, reprendre la frappe libre de l’argent.

VARIATIONS DE VALEUR DE l’ÉT.VLON MONÉTAIRE VIS-A-VIS DES MARCHAN- DISES. CORRECTION DE CES VARIATIONS POUR LA COMPARAISON DES

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