ENFANTS DE DOUZE ANS
I. Résister a une suggestion de lignes. — Cette épreuve appartient à l’âge de 12 ans. On a préparé d’avance un petit cahier de papier blanc contenant 6 pages. Sur la première page on a tracé à l’encre deux lignes, a et b, dont la première, celle de gauche, a quatre centimètres et la seconde cinq ; elles sont sur le prolongement l’une de l’autre, séparées par un intervalle d’un centimètre ; à la deuxième page, deux lignes disposées semblablement ; mais la première, celle de gauche a cinq centimètres ; celle de droite en a six ; à la troisième page, la ligne de gauche a six centimètres, et celle de droite en a sept. Dans chacune des trois pages qui suivent, il y a deux lignes disposées de la même manière ; seulement elles sont égales, et d’une longueur de sept centimètres. On a donc, si on désigne les lignes par les lettres de l’alphabet, l’ordre suivant :
En montrant les trois premiers couples de lignes, l’expérimentateur dit simplement à l’enfant : « Quelle est la plus grande de ces deux lignes ? » Quand il arrive aux trois derniers couples, il change légèrement la forme de l’interrogation, et il se borne à dire : « Et là ? » On considère l’enfant comme ayant réussi lorsque deux fois au moins sur trois, il s’est aperçu que les lignes sont égales. L’expérience prouve que les enfants très jeunes, même des enfants de 7 ans, sont capables de distinguer la différence entre les lignes a et b, c et d, e et f. Quand on arrive aux lignes égales,
l’enfant se trouve l’objet de deux influences ; il y a d’abord une influence d’entraînement. Jusque là, pendant trois fois, l’enfant a vu que la ligne de droite est la plus grande ; il est donc porté à supposer que cela va continuer ; c’est une supposition, une généralisation, dans le cas où l’on admettrait que l’opération est consciente et réfléchie ; mais nous pensons que le plus souvent il n’y a nulle opération consciente, mais une tendance irréfléchie, un automatisme naissant, une habitude. C’est plutôt une ébauche d’habitude, et certainement elle n’est pas bien forte, bien résistante ; mais enfin, elle existe, et elle peut déterminer à elle seule le sens des réponses, si aucune cause de sens contraire ne vient annihiler son action. La seconde influence, c’est précisément la réflexion, appuyée sur la perception des lignes ; un simple coup d’œil suffit à montrer que celle de droite n’a cessé d’être plus grande que celle de gauche. Et si l’enfant s’en rend compte, il va résister à son automatisme, il cessera de dire que la ligne de droite est la plus grande, il répondra au contraire qu’elles sont égales. Ainsi analysée théoriquement, ce test apparaît comme une révélation de la suggestibilité de l’enfant ; le plus suggestible est celui qui est pris par l’automatisme pour les trois couples de lignes ; le moins suggestible est celui qui déclare égaux les trois couples de lignes ; et enfin, nous admettons, selon la règle que nous avons appliquée jusqu’ici, qu’il suffit de deux bonnes réponses sur trois pour avoir franchi l’épreuve.
Comme le terme de suggestibilité a plusieurs sens, il importe d’ajouter qu’ici il s’agit d’une suggestibilité non par défaut de caractère ou de jugement, mais par étourderie, manque d’attention. C’est parce que l’enfant se laisse aller au fil de l’habitude et ne fait pas attention à la longueur réelle des nouvelles lignes qu’on lui présente qu’il tombe dans le piège. Mais nous ne sommes pas sûrs que cette analyse de cette forme particulière de suggestibilité soit tout à fait correcte. Rarement la suggestibilité dépend uniquement de l’intelligence ; le caractère et le sentiment y apportent un appoint. L’enfant qui a pris l’habitude, sous l’œil du maître, de répondre que la plus grande ligne est celle de droite, est comme incité émotionnellement à persister dans cette désignation de la droite ; il s’y croit forcé ; s’il s’aperçoit qu’il commet
une erreur, il est parfois honteux, il rougit, il se sent mal à l’aise ; et il n’ose pas se corriger, il continue son erreur. 11 y a là un petit trouble émotionnel, qui est très curieux et encore mal analysé.
II. Loger trois mots en une phrase. — Est expliqué plus haut. Tout le monde le réussit à onze ans ; à peine un quart à dix ans.
III. Dire plus de 60 mots en 3 minutes. — On dit au sujet de citer en 3 minutes le plus grand nombre de mots possible, comme table, barbe, chemise, voiture, etc. On excite son amour-propre en l’avertissant que certains de ses camarades ont pu dire en 3 minutes plus de 200 mots, ce qui est vrai. Cette épreuve est bien intéressante, car elle est fertile en observations : outre le nombre de mots, on peut noter leur enchaînement ; certains sujets ne disent que des mots détachés, dont chacun exige un effort d’invention. D’autres font des séries, la série du mobilier d’école, la série des vêtements, la série géologique, etc. Certains n’emploient que des noms communs d’objets, d’autres citent des qualités abstraites ou des mots un peu recherchés. Tout cela peut donner une idée de la mentalité du sujet. Employer des séries, citer quelques mots abstraits sont de bons signes d’intelligence et de culture. Mais ici nous ne tenons compte que du nombre des mots. En 3 minutes on aurait le temps d’en citer au moins 200 sans se presser, si on n’avait pas à les chercher. Mais il faut les chercher ; et tout le monde n’a pas la même puissance d’évocation. Les jeunes enfants épuisent tout de suite leur idée directrice ; ils disent par exemple : chapeau, puis ils passent à un autre objet, sans songer que le chapeau a différentes couleurs, formes, parties, usages, connexions, et qu’en détaillant tout cela on trouverait un bien grand nombre de mots. Il y a chez eux une maladresse dans le maniement du langage ou dans l’analyse des idées, qui est très frappante. On voit des enfants de dix ans qui restent parfois 30 secondes cherchant des mots et n’en trouvant pas. Ce test permet d’appréciér, d’après les observations que nous avons faites ailleurs, l’activité intellectuelle d?une personne, jointe à s(5n type verbal. Ceux qui ont beaucoup de mots à leur
service,* ceux qui pensent avec des mots, qui ont l’habitude des idées abstraites ou qui se plaisent aux calembours, nous ont paru avoir l’avantage sur les autres. Le test n’est réussi que si on trouve un minimum de 60 mots. A onze ans, on réussit ; on trouve parfois un nombre de mots considérable, 150, 200 ; un enfant nous en a cité 218.
IV. Définitions de mots abstraits. — La demande de définition porte sur trois mots abstraits, la charité, la justice et la bonté. La formule employée est toute simple : Qu’estce que... ?
Charité. — Une bonne définition doit contenir deux idées : celle de gens malheureux et celle du bien qu’on leur fait. — Bonnes réponses : C’est l’acte quand on aide les personnes dans le malheur. — C’est de donner de l’argent aux vieillards, qui ne peuvent plus travailler. — C’est faire l’aumône. — La charité, c’est quand on voit un pauvre, avoir pitié de lui, et si on a des sous, lui en donner. — Mauvaises réponses : C’est être bon. — C’est être charitable. — C’est demander. - — C’est une personne qui est bonne. — C’est quand on est pauvre. — C’est demander pardon.
Justice. — Une bonne définition contient ou l’idée de loi, c’est-à-dire de règle, de protection accordée aux personnes et aux intérêts, ou bien l’idée des personnes traitées selon leurs mérites. Bonnes réponses : La justice est un acte qui consiste à juger les personnes qui sont coupables, et à renvoyer les personnes qui sont innocentes. — C’est une loi qui commande. — La justice c’est de punir les méchants aussi bien que les gens qui sont riches. Mauvaises réponses : La justice, c’est ce qui juge. - La justice, c’est un jugement. — La justice, c’est de juger. — C’est là où l’on juge. — C’est de couper le cou. — C’est des agents.
La bonté. — Une bonne définition doit exprimer l’idée de sentiment affectueux, de tendresse, ou simplement d’actes d’assistance, sans qu’il y ait inégalité de condition entre celui qui donne et celui qui reçoit. — Bonnes définitions : La bonté, c’est d’être gentil pour les autres. — La bonté, c’est un acte qui consiste à attendre quand une personne ne peut pas payer, et à ne pas battre les autres. — C’est donner le
bien pour le mal. — La bonté c'est de partager avec les antres. — Mauvaises définitions : La bonté c'est d'être bon. — Il faut faire quelque chose de bon. — La bonté, c'est d'être bien habillé. — C'est d’enlever son chapeau. — La bonté, c'est l'assiduité. — La bonté, c'est de la poussière. — La bonté, c'est avoir du toupet.
Pour que le degré soit franchi, il faut au moins deux bonnes définitions. Cette épreuve est quelquefois difficile à interpréter. A huit ans, à neuf ans, on rencontre parfois des enfants qui font bien les définitions, mais c’est assez rare. A dix ans, un tiers réussit ; à onze ans, la généralité.
V. Deviner le sens d’une phrase en désordre. - — Ce test est inspiré des recherches d’Ebbinghaus, qui faisait combler les lacunes créées dans des phrases par la sûppression d’un mot. Nous employons les trois assemblages suivants, qu’on présente à l’élève en lui disant : « Mets ces mots en ordre, et trouve la phrase qu’ils composent. »
Sommes La Pour De Heure Bonne Nous Campagne Partis
De Prié Devoir Mon J’ai Maître Corriger Mon
Un Défend Chien Bon Son Maître Courageusement
Solutions : (1) Nous sommes partis de bonne heure pour la campagne. Ou bien : De bonne heure nous sommes partis pour la campagne. — Mauvaises réponses : Sommes-nous campagne...
(2) J'ai prié mon maître de corriger mon devoir.
(3) Un bon chien défend courageusement son maître. — Une variante est moins exacte. Un chien défend son bon maître courageusement. — Mauvaises variantes : Un maître défend son bon chien courageusement. — Un chien défend son maître courageusement bon.
C’est une devinette qui intéresse beaucoup. Il y a de grandes différences individuelles pour la vitesse avec laquelle
on trouve la solution. Certains ont besoin de 5” seulement ; à d’autres il faut 20”, parfois même 50”. Le temps limite est de 1 minute pour chaque phrase. Pour que le degré soit acquis, il faut comprendre 2 phrases sur trois.
Plusieurs enfants ne comprennent pas l’instruction donnée, inventent des mots ou font une phrase sans rapport avec ce qui est écrit. Par exemple l’un fait les phrases suivantes :
Le chien court. — Je défends ma patrie. — J’ai acheté des bonbons.