ENFANTS DE QUINZE ANS
I. Répéter 7 chiffres. — L’épreuve se fait de la même manière que pour 5 chiffres. On avertit d’avance le sujet qu’il va avoir 7 chiffres à répéter. On fait trois essais ; un seul succès suffît.
IL Trouver 3 rimes. — On commence par demander au sujet s’il sait ce que signifie le mot rime. Qu’il le sache ou non (et bien souvent il croit le savoir et ne le sait pas), on lui fournit l’explication suivante : « Deux mots qui riment sont deux mots qui finissent de la même manière. Ainsi grenouille rime avec citrouille ; grenouille ! citrouille ! ça se termine tous les deux en ouille. De même mouton rime avec bâton ; mou ton ! bâton ! ça se termine tous les deux en ton. Est-ce compris ? Je vais vous dire un mot, et puis vous aurez à chercher tous les autres mots qui riment avec celuilà. C’est le mot obéissance. Trouvez tous les mots qui riment avec obéissance. » Une minute est acordée pour la recherche, et il faut que le sujet trouve trois rimes pendant ce temps-là. On l’excite, mais on ne l’aide pas. Généralement, il commence par citer le mot désobéissance. Quelquefois, il donne une série de mots qui ne riment pas, car ils se terminent par an. D’autres fois, il forge des mots comme fance, niance, servance, etc., ou même des mots qui ne se terminent pas en ance, et sont inconnus : exemple : rirement, iniquement. Enfin, des enfants qui n’ont rien compris répètent grenouille, citrouille, tandis que d’autres, s’orientant autrement disent : obéir, j’obéis, je désobéis, ou encore : punition, méchanceté. Quelques-uns même citent des exemples variés
de désobéissance : voler les effets des camarades, donner des coups de pied, etc. Ce test est un des plus faciles à mesurer.
III. Répéter une phrase de 26 syllabes. — Nous avons composé une série de 22 phrases, formées chacune de mots extrêmement faciles à comprendre, et qui sont de longueur croissante ; la première de ces phrases a 2 syllabes, la dernière en a 44. On peut, avec ce procédé, mesurer de la manière la plus facile la puissance de répétition verbale d’une personne. Voici les effets qu’on observe toujours quand on procède par ordre croissant : certaines phrases sont reproduites exactement ; puis, à mesure que les phrases s’allongent, il arrive un moment où l’on fait de petits changements insignifiants en reproduisant les phrases ; on change la place d’un mot, on oublie un mot qui n’est pas essentiel, ou bien encore on le remplace par un synonyme. Ces légères altérations se produisent dans une zone correspondant à un accroissement de 6 à 10 syllabes. Enfin les oublis graves se produisent ; une partie essentielle de la phrase est oubliée ou modifiée. Nous pensons plus commode de ne tolérer aucune erreur.
Remarquons en passant que la mémoire de répétition verbale n’augmente pas beaucoup de six ans à dix ans, malgré l’immense différence intellectuelle qui sépare ces deux âges.
Ainsi, une série d’enfants de six ans, pris à l’Ecole maternelle, nous a donné la série suivante de maximums de répétition : 22 — 18 — 20 — 18 — 20 — 24. Une série d’enfants de neuf ans et de dix ans a donné : 16 — 22 — 22 — 22 — 22 — 22 — 22. La différence à laquelle on s’attendait était bien plus grande. La mémoire, décidément, ne fait pas de grands progrès avec l’âge.
Nous exigeons qu’à douze ans une phrase de 26 syllabes soit répétée correctement. Voici les phrases dont nous nous servons.
24 syllabes. Mes enfants, il faut beaucoup travailler pour vivre ; il faut aller tous les matins à votre école.
26 syllabes. L’autre jour, j’ai vu dans la rue un joli chien jaune. Le petit Maurice a taché son tablier neuf.
28 syllabes. Ernest est puni très souvent pour sa mauvaise conduite. J’ai acheté au bazar une belle poupée pour ma petite sœur.
30 syllabes. Il a fait cette nuit un affreux orage avec des éclairs. Mon camarade a pris froid, il a la fièvre, et tousse beaucoup.
32 syllabes. Le métro est moins cher que l’omnibus, il ne coûte que 2 sous. C’est drôle de voir à Paris des femmes cochers assises sur leur siège.