IV. Interpréter une gravure. — Voir plus haut
V. Résoudre un problème de faits-divers. — Encore une devinette, mais elle suppose plutôt du bon sens que du coup d’œil. Nous avons rédigé deux faits-divers qui contiennent chacun un problème. Les voici :
1° Une personne qui se promenait dans la forêt de Fontainebleau s’est arrêtée tout à coup très effrayée et a couru chez le commissaire de police le plus voisin pour l’avertir qu’elle venait de voir à une branche d’arbre un... (après une pause). Un quoi ?
2° Mon voisin vient de recevoir de singulières visites. Il a reçu tour à tour un médecin, un notaire, et puis un prêtre. Que se passe-t-il donc chez mon voisin ?
Ces deux questions piquent vivement la curiosité des sujets. A la première, on a répondu : un oiseau, un escargot, un dénicheur d’oiseau, un voleur, un apache, un assassin, un tronc d’arbre, une branche, une touff'e d’herbe, etc.
La seule réponse juste, comme l’indique le contexte, est : un pendu.
Pour la deuxième question, la réponse juste est : Il est très malade, il est à l’agonie. — Quelqu’un est très malade chez lui, il est mort, etc. — Mauvaises réponses : Je ne sais pas. La réponse fausse consiste souvent dans une répétition de la question : Il se passe qu’il a reçu un médecin et un prêtre.
Pour que le degré soit acquis, il faut répondre aux deux questions.
ADULTES i
I. Faire une expérience de découpage. — Une feuille de papier pliée en quatre est présentée au sujet ; au milieu de celui des quatre bords qui ne présente qu’un seul pli, on a dessiné un petit triangle de 1 cm. de hauteur, dont la base se confond avec les bords du papier ; et on dit au sujet : « Voici une feuille de papier qui a été pliée en quatre, supposons qu’ici (on montre le triangle) je fasse avec des ciseaux une entaille, et que j’enlève juste le petit triangle de papier qui est dessiné. Maintenant, si je déplie le papier, qu’est-ce que je verrai ? Dessinez le papier, et dessinez comment et en quel endroit il sera troué. » (voir figure 10 de l’appendice). 11 est, bien entendu, défendu de toucher au papier et de le manier ; il est défendu aussi de faire un essai en pliant une autre feuille de papier. C’est par la seule imagination qu’on doit arriver à se représenter l’effet de la découpure dans le papier déplié. Ce test est difficile. La plupart des sujets simplifient beaucoup la solution du problème. Ils imaginent qu’il existe un trou unique, ayant la forme d’un carré, d’un losange, parfois d’une étoile à 5 branches, et occupant le centre de la feuille de papier : ils se laissent ainsi suggestionner par le papier plié, parce que l’entaille occupe le milieu du bord. Quelques-uns font 2 losanges accolés. Pour que la solution soit juste, il faut 2 losanges situés sur la même ligne, et occupant chacun le centre d’une moitié du papier.
Quand un enfant réussit cette épreuve du premier coup, il faut toujours lui demander s’il la connaissait déjà.
IL Reconstruire un triangle. — Une carte de visite a été coupée en deux morceaux selon la diagonale (voir figure 11 de l’appendice). On la présente sur une feuille de papier, les morceaux en place, contigus. Et on dit au sujet : « Regardez
i 11 ne faut pas prendre à la lettre l’expression « adulte » employée ici, et supposer que les tests placés sous cette rubrique indiquent le niveau d’un adulte. Suivant la classe de la société à laquelle ils appartiennent, des adultes ont des niveaux d’intelligence bien différents : il n’existe donc pas un seul niveau d’adulte, mais plusieurs. Les tests indiqués ici expriment simplement un niveau qui est nettement plus élevé que celui de quinze ans.
bien le fragment d’en dessous. Supposez qu’on le retourne, et qu’on applique ce bord-ci (le bord a c de la figure, on l’indique du doigt) sur ce bord (bord a b de la figure. Cf. appendice) du premier fragment, en plaçant en outre le point c juste sur le point b. Maintenant j’enlève le fragment ; retournez-le dans votre esprit, et dessinez son contour, comme s’il était en place. Commencez par suivre le contour du premier fragment. » Epreuve très difficile. Pour qu’elle réussisse, il faut que le sujet dessine un angle droit en b, et que le bord a c ne soit pas aussi long que le bord a b. Bien souvent, une seule de ces conditions est satisfaite par le dessin.
III. Définir des différences de mots abstraits. — « Quelle différence existe-t-il entre la paresse et l’oisiveté ? — Entre un événement et un avènement ? — Entre une évolution et une révolution ? » Telles sont les questions qui sont posées. Deux bonnes réponses suffisent. Il est nécessaire, en distinguant oisiveté de paresse, de bien indiquer que l’oisiveté provient d’une circonstance extérieure, tandis que la paresse vient du caractère. Pour la distinction entre l’événement et l’avènement, il est à peine besoin de rappeler que l’événement est un fait quelconque qui se produit, tandis que l’avènement est la montée d^’un Roi sur le trône. L’évolution est un changement lent, progressif, la révolution est un changement brusque ; quelques personnes prennent le mot évolution dans le sens de manœuvre d’une troupe et révolution dans le sens d’une insurrection populaire grave ; dans ce cas, la distinction est moins bonne, car les deux mots sont différents sans s’opposer, et il doit être entendu que nous cherchons ici des oppositions et non de simples différences. Cependant, on admettra ces réponses comme valables.
IV. Résoudre la question du président. — Question posée : « Il y a trois différences principales entre un roi et un président de la République. Quelles sont-elles ? » Les trois différences sont les suivantes : la royauté est héréditaire, elle a la durée de la vie du monarque, et elle comporte des pouvoirs étendus ; un président de la République est élu, il a un mandat qui ne dure qu’un temps, et ses pouvoirs sont moins étendus que ceux du roi. » ■'
V. Résumer la pensée d’Hervieu. — On lit à haute voix, lentement, avec le ton, la pensée suivante, que nous appelons habituellement la pensée d’Hervieu ; ce n’est qu’une pensée délogée ; il avait écrit trois lignes, cela ne s’adaptait pas à nos besoins ; nous avons donc amplifié sa pensée pour empêcher qu’elle fût retenue uniquement par la mémoire, ce qui aurait pu arriver si elle avait été aussi courte.
On a porté des jugements bien différents sur la valeur de la vie. Les uns la proclament bonne, d’autres la proclament mauvaise. 11 serait plus juste de dire qu’elle est médiocre ; car, d’une part, elle nous apporte toujours un bonheur supérieur à celui que nous avons souhaité ; et, d’autre part, les malheurs qu’elle nous inflige sont toujours inférieurs à ceux que d’autres auraient souhaités pour nous. C’est cette médiocrité de la vie qui la rend équitable, ou plutôt qui l’empêche d’être radicalement injuste.
Avant de commencer cette lecture, on avertit le sujet qu’il doit écouter avec soin, et qu’on lui demandera, la lecture une fois faite, de répéter le sens du morceau. De cette manière, on porte l’expérience sur le terrain de la mémoire ; et celui qui n’aura pas réussi à comprendre le sens un peu subtil de la pensée d’Hervieu, n’aura pas le petit chagrin d’amour-propre de constater devant témoin qu’il manque de compréhension ; il accusera une défaillance de mémoire et d’attention, ce qui est infiniment moins pénible. La pensée centrale, celle qu’il faut reproduire, est la suivante : « la vie n’est ni bonne ni mauvaise, mais médiocre, car elle est inférieure à ce que nous désirons, et meilleure que ce que d’autres désirent pour nous ». Peu importent les termes employés ; l’essentiel est que la pensée soit bien comprise ; et on en doutera d’autant moins que le sujet s’astreindra moins à la répétition du mot à mot.