‹ La mesure du développement de l'intelligence chez les jeunes enfantsChapitre 2 sur 16 · ENFANTS DE TROIS ANS · texte numérisé non relu

ENFANTS DE TROIS ANS

I. Montrer nez, œil, bouche. — Pour exécuter le test, on doit bien regarder l’enfant, attirer son attention, et lui répéter plusieurs fois : « montre ton nez » ou « mets ton doigt sur ton nez », et répéter ensuite le même ordre pour les yeux et la bouche. Quelquefois l’enfant n’exécute pas le geste parce qu’il est distrait, ou parce qu’il est timide et comme honteux de ce qu’on lui demande. Mais, le plus souvent, avec un peu d’insistance, on obtient l’obéissance. Ne pas employer le mot : « œil », qui est moins bien compris que « les yeux ». Quelquefois un enfant montre son nez en le portant en avant, sans faire de mouvement avec sa main, ou bien il vous présente la bouche en l’ouvrant, comme ferait un animal. Il y a en effet un stade animal, où la main est encore une patte, et non un organe servant à des indications, des gestes expressifs.

Comme ce test et les suivants s’adressent spécialement à des enfants de la Maternelle, il est nécessaire aussi que l’expérimentateur soit averti que beaucoup de très jeunes enfants, surtout ceux de trois et de quatre ans, restent volontiers muets et immobiles quand on les interroge. Quelques-uns se décident à faire de petits actes, comme à montrer leur nez, mais ils ne veulent pas parler ; la parole semble leur coûter plus que le geste. Les directrices d’Ecole maternelle ont toujours à citer des enfants qui, en classe, ne répondent jamais à la maîtresse, quelquefois même après deux ans de fréquentation ; la plupart de ces muets parlent et bavardent avec leurs camarades, ils ne sont muets qu’en classe. D’autres, plus rares à la vérité, ne parlent à personne, ni à l’institutrice ni à leurs camarades de l’école ; mais ils parlent en famille, chez eux, à ce que leurs parents assurent. Les maîtresses ont beaucoup de peine à les apprivoiser. Nous

nous rappelons une charmante directrice de Maternelle, à Fontainebleau, qui nous racontait que, pendant deux ans, elle ne parvint pas à faire parler un petit garçon de quatre ans ; elle y réussit enfin, grâce à la collaboration d’un chat. Un jour elle avait laissé l’enfant en tête à tête avec l’animal, et peu à peu l’enfant parla au chat, et lui dit : « Bonjour, Minet ». A partir de ce moment, le miracle avait opéré, la langue du petit s’était déliée.

On imagine les difficultés que rencontre une expérimentation qui, voulant faire un examen d’intelligence, se heurte à un pareil mutisme. Comment faire ? L’intervention de la directrice est souvent utile. Si elle est intelligente, elle sait comment il faut parler à ce petit monde, pour rassurer et rendre bavard. Une petite caresse à l’une, une gronderie à l’autre, et tout marchera bien. Nous avons vu parfois des enfants qui déclaraient ne pas pouvoir faire une épreuve et s’obstinaient dans leur refus ; par exemple, ils restaient devant des rubans, ne voulaient pas faire une rosette, ni même toucher aux rubans ; avec une vive réprimande, on les décidait à travailler, et ils faisaient une rosette superbe.

II. Répéter deux chiffres. — Répéter des chiffres demande à peu près le même genre d’effort que de répéter des phrases ; seulement le sens des chiffres est bien moins parlant que celui des mots ; on n’est pas aidé par la compréhension, il faut une attention plus grande, le travail est plqs ingrat. Aussi, par une conclusion toute naturelle, un enfant de 3 ans, qui peut répéter une phrase de 6 mots, ne va pas au delà de 2 chiffres. On voit que, grâce à la suggestion d’idées, la mémoire brute du son est comme triplée.

Voici comment l’expérience se fait.

On avertit l’enfant qu’il doit écouter, puis répéter ce qu’on lui dira, et on commence par prononcer un seul chiffre. Le sujet le répète. On prononce ensuite deux chiffres qui ne se suivent pas, par exemple 3 — 7, ou 6 — 4, etc. On les prononce lentement, en les coupant d’un intervalle d’une demi-seconde. S’il y a quelque faute dans la répétition, ou quelque défectuosité de parole qui empêche de savoir exactement ce que le sujet a dit, on recommence ; il ( suffit que la répétition exacte ait lieu une fois sur trois essais pour que le degré soit

acquis. Quand la répétition de 2 chiffres est possible, on essaye 3 chiffres, toujours avec la vitesse de 2 par seconde, toujours aussi en évitant les intonations : là encore, il suffit d’un seul succès sur trois essais pour que le degré soit acquis. On remarquera que bien des enfants jeunes, de 3 ans, qui répètent avec une grande aisance 2 chiffres sont incapables d’en répéter 3 ; un chiffre de plus fait une augmentation énorme de la difficulté. Quand la répétition de 3 chiffres est possible, on en essaye 5, toujours dans les mêmes conditions de vitesse de prononciation, et en se contentant encore d’un succès sur trois. On remarquera aussi combien est plus pénible de répéter 5 chiffres que d’en répéter 3. Les erreurs commises par les enfants dans ces diverses répétitions . sont de plusieurs espèces : d’abord le silence complet ; puis une défectuosité de prononciation, une sorte de vague et de flou, de brouillard dans la prononciation ; puis une répétition partielle qui se borne de préférence aux derniers chiffres entendus, parfois au dernier chiffre ; et, en troisième lieu, une tendance à inventer des chiffres qui n’ont pas été dits. Cette invention n’a pas lieu au hasard, elle se fait par une application de l’ordre naturel des chiffres. Aussi, un sujet à qui on propose la série 5 — 8 — 2 — 7 — 4, dira volontiers 5 — 8 — 2 — 3 — 4, car le 2 appelle volontiers le 3 ; parfois ce phénomène est encore plus net, et tellement frappant qu’il implique une grande faiblesse de sens critique. Un jeune enfant qui a complètement oublié les chiffres 0 8 — 2 — 7 — 9, dira : 1 — 2 — 3 — 4 — 5 — 6 etc.

III. Enumérer les objets d’une gravure. — Voici les images. Avec les enfants, elles rendent des services inappréciables. L’enfant le plus distrait a un éclair dans les yeux quand on lui montre une image. C’est un moyen presque certain de le capter. L’image peut servir à bien des fins ; nous avons dit qu’on pourrait l’employer à faire montrer des objets. Nous allons nous en servir pour faire jaser l’enfant. L’épreuve précédente nous a attesté qu’il passe du mot entendu à la désignation de la chose. Faisons-lui faire le travail inverse, qui est infiniment plus pénible pour lui, faisons-le passer de la chose au mot. La chose, c’est l’image ; elle est devant lui, tableau suggestif renfermant le raccourci d’une foule d’objets qu’il

connaît et qu’il aime regarder. Demandons-lui de nous dire ce qu’il voit. Non seulement il va parler, développer ce qu’il a de langage au service de ses idées, mais on lui laisse la liberté de regarder et de choisir dans l’image ce qui lui plaît ; il va donc nous apprendre ce qui le frappe le plus, et en même temps quelle idée le dirige, quelle mentalité il a, comment il perçoit, comment il interprète, comment il raisonne.

Ce test présente cet avantage remarquable de servir au diagnostic de trois niveaux intellectuels différents. Suivant les réponses du sujet, on voit s’il est au niveau de 3 ans, ou de 7 ans, ou de 12 ans. Il existe bien peu d’épreuves qui soient aussi fécondes en renseignements. Si nous ajoutons que ce test est un de ceux qui amusent le plus les jeunes enfants, et qui réussissent à désarmer le silence obstiné des plus petits, on conclura avec raison que nous avons trouvé là par hasard un test d’une valeur exceptionnelle. Nous le mettons au-dessus de tous les autres ; et s’il ne fallait en conserver qu’un, nous n’hésiterions pas à choisir celui-ci.

Nous employons les trois gravures qui sont reproduites en appendice (fig. 1, 2 et 3). On pourrait à la rigueur leur en substituer d’analogues, mais les nôtres ont une difficulté qui a été dosée, et par conséquent il faut les employer de préférence ; toutes les nôtres contiennent des personnages, et un sujet : c’est la condition essentielle. Ces gravures sont collées sur carton, on les présente l’une après l’autre à l’enfant, en lui dedemandant : « Qu’est-ce que c’est que ça ? » Parfois, si l’enfant est très jeune, il répond naïvement : « C’est une image », ou bien « C’est une carte postale ». On reprend alors la demande sous une autre forme : « Dis-moi ce que tu vois là ». Il est bien rare, tout à fait exceptionnel, que l’enfant reste muet. Même à 3 ans, il a un regard de curiosité pour l’image, et celle-ci se prête aux réflexions les plus enfantines, comme aux plus savantes. Les réponses obtenues par nous se divisent en trois espèces, franchement distinctes, dont chacune caractérise un niveau intellectuel différent.

1° Réponses par énumération. — - Ce sont les plus élémentaires. Le jeune enfant énumère isolément les personnages et les objets qii’il reconnaît dans la gravure. II les énumère sans établir entre eux aucun lien. Il prononce simplement des noms communs. Sous la forme la plus élémentaire, cela se

réduit à dire : « un monsieur », ou bien, « un homme »,

« une danie », « un papa », « une voiture », « un petit

enfant ». Ou encore, quelques- enfants très jeunes emploient l’article le : « l’enfant », « le monsieur » « la dame ».

Parfois, au lieu d’indiquer les personnages, l’enfant signale

un des objets : « un lit » ou bien « une table ». Remar¬

quons que c’est l’objet qui est nommé, et non pas l’action. Un enfant de trois ans dira : « un monsieur » ; nous n’en avons jamais rencontré qui ait dit, devant la deuxième gravure : « Il dort », ni qui ait fait attention à l’action, à la manière d’être du personnage. Du moins, un enfant de trois ans qui ferait verbalement une telle remarque serait bien supérieur à son âge. A trois ans, on en est à la reconnaissance, à l'identification des objets ; c’est le travail important, fondamental, d’une perception extérieure, celui auprès duquel tous les autres processus de perception ne sont que complément et broderie.

Le progrès de ce processus fondamental d’identification pourrait se faire de différentes manières, si on cherchait à le prévoir par conjecture ; en fait, il se fait par simple addition ; le nombre des objets identifiés augmente : au lieu d’en signaler un par gravure, on en signale deux, trois, quatre. S’il y en a plusieurs, une autre question s’élève, celle de l’ordre. Il nous a bien semblé que le plus souvent, pour nos trois gravures, l’enfant va d’abord au personnage ; mais il y a des exceptions à cette règle ; et parfois l’objet inerte

est nommé d’abord. Ainsi, pour la 3e gravure : « deux tables, une chaise, un lit, un homme ». Pour la 2e gravure : « un monsieur, une dame, un banc ». Pour la lre : « une voiture, un monsieur, un seau, un panier ». Parfois, il se produit par suggestion une curieuse erreur, dans l’examen de la première gravure. Apercevant la voiture, l’enfant dit : « une voiture, un cheval ».

Troisième degré, à peine supérieur au précédent. Les noms ne sont plus donnés isolément ; ils commencent à être reliés, de la manière la plus faible, il est vrai, par les conjonctions et, avec ou et puis. « Un monsieur et une dame », « une voiture, et puis un monsieur », « un monsieur avec une dame », etc.

On rencontre parfois chez des enfants assez âgés, mais

arriérés, ce type de réponse par énumération ; il présente alors un caractère un peu spécial : la forme énumérative persiste, en s’alliant à un grand nombre de désignations, tandis que l’énumération d’un enfant normal et tout jeune est au contraire très brève. Cette différence s’explique : l’arriéré de onze ans, qui a gardé le niveau intellectuel d’un enfant de six à sept ans, a cependant sur ce dernier l’avantage d’une plus longue expérience ; ayant plus vécu, il jouit d’un vocabulaire plus étendu. Exemple : Mad..., un enfant de dix ans et demi qui a un niveau intellectuel de sept ans (nous expliquerons plus tard comment nous fixons le niveau intellectuel avec cette précision de chiffre) nous fait l’énumération suivante, extrêmement abondante, devant la lre gravure : Je vois un vieillard, et puis un enfant, il y a une inondation, il y a de Veau, une voiture, un panier, une brosse, un seau, deux roues, un tapis. Autre exemple d’énumération abondante, encore plus caractéristique, chez Lau..., enfant de treize ans, qui a quatre ans de retard intellectuel : Un monsieur, une voiture, un enfant, un seau, un panier ; derrière, un morceau de bois ; derrière, des rochers.

Dans tous ces cas, on retient le type de réponse qui a eu la majorité.

2° Réponses par description. — C’est le niveau de sept ans, tandis que les réponses par énumération correspondaient au niveau de trois ans. On voit que la différence est grande. Ici, les caractères des personnages et la nature des choses sont l’objet d’une désignation ; de plus, on fait attention à leurs liaisons ; et il en résulte qu’au lieu de simples mots, on se sert d’une phrase.

lrc gravure : C’est un Monsieur et un petit garçon qui traînent une voiture. 2e gravure : Un Monsieur et puis une Dame qui dorment sur un banc. 3e gravure : C’est un homme qui monte sur son lit pour voir à la fenêtre. — Un homme, qui se regarde dans une glace.

3° Réponses par interprétation. — Le sujet de la scène, ou la nature des personnages, sont indiqués, soit par un mot sobre, soit par un commentaire, et souvent il y a même une note émotionnelle, de tristesse, ou de sympathie ; que cette note émotionnelle existât chez les enfants qui font des répon-

ses plus simples, c’est bien possible ; mais ils ne savaient pas l’exprimer. Nous donnons aux réponses que nous allons transcrire le nom de réponses par interprétation, parce que le commentaire dépasse le tableau visible, il y a véritablement recherche des causes, conjecture. Exemples. lre gravure : Un chiffonnier. — C’est lin malheureux qui déménage. — Ce sont des gens qui déménagent à la cloche de bois. — C’est un homme de peine. - — 2e gravure : C’est la misère. — Un malheureux. — Ce sont des malheureux qui sont assis sur un banc, et qui n’ont pas de domicile pour aller se coucher. — C’est la nuit, des malheureux. — 3e gravure : Un prisonnier. — Ça, ça représente un prisonnier, un homme qui est dans une prison, qui monte sur son grabat, pour regarder à travers les carreaux de la prison qui sont grillés. Il suffit que les mots malheureux, déménagement et prisonnier soient insérés dans la réponse pour qu’on ait le droit de conclure que le sujet de la gravure a été interprété.

On ne peut pas se défendre d’une réflexion philosophique au sujet de la hiérarchie que nous avons introduite dans les réponses. Un observateur convaincu et ennemi de toute théorie soutiendra que les réponses de description sont supérieures aux réponses d’interprétation, car elles sont moins sujettes à erreur ; on constate des faits exacts, on n’y ajoute rien, tandis que l’interprétation, c’est de la conjecture, cela peut être de la fantaisie. « Hypothèses non fingo », dira cet observateur. On sait que des discussions se sont élevées là-dessus, dans les sciences. Le fait que nous venons de recueillir, en étudiant nos enfants, mérite bien de servir d’argument dans le débat. Parce que ce sont les enfants les plus âgés qui seuls font de l’interprétation nous sommes obligés de conclure que l’interprétation est un produit intellectuel de niveau supérieur à la description. Mais la question est compliquée ; il ne faut pas seulement tenir compte du niveau intellectuel, mais encore des déviations et erreurs qui peuvent se produire à un même niveau. Nous nous rappelons avoir donné nos gravures à un adulte dont la sottise nous est connue. Il fît des interprétations multiples, et d’un genre spécial. Par exemple la lre gravure lui inspira la réponse suivante : C’est une scène qui se passe au mois de février. Analysons cette conjecture. C’est évidemment une interpréta-

tion, mais toute gratuite, qu’il est impossible de confirmer ou de réfuter. La scène aurait pu se passer aussi bien en octobre, ou en novembre, ou en décembre, ou en janvier, ou en mars. Pourquoi donc avoir fait cette précision qui est a la fois inutile et injustifiable ? La réponse de cet individu fait donc partie des interprétations, et, dans notre classification, elle est supérieure à la réponse descriptive d’un enfant de sept ans ; mais en outre elle trahit un manque de jugement ; et ce manque de jugement est indépendant de la hiérarchie des réponses.

IV. Donner son nom de famille. — Nous terminons l’étude rapide de l’enfant de trois ans, en lui réclamant un renseignement qu’il doit posséder ; c’est son nom de famille. Tous les enfants de cet âge connaissent leur prénom, cela va sans dire, ou le diminutif par lequel ils s’entendent appeler. Mais le nom de famille leur est moins connu. Cependant, on le leur demande couramment à l’école, et à la Maternelle c’est par leur nom de famille qu’on les appelle habituellement.

On demande donc à l’enfant « Comment t’appelles-tu ? » S’il ne répond que par son prénom, on insiste pour avoir le nom de famille. « Roger ? Et puis ? Et puis quoi ! etc. »

Il arrive parfois que l’enfant donne un nom autre que celui sous lequel il a été inscrit. On se rappellera, pour expliquer ces erreurs, qu’il y a bien des enfants naturels et, ce qui est plus triste, que les papas changent quelquefois, de sorte qu’un enfant, suivant les années, porte un autre nom.

Quand un enfant ne sait pas donner son nom de famille, on ne lui demandera pas comment s’appelle sa mère ; car cette question est trop difficile pour trois ans ; et la réponse : « Elle s’appelle maman » ne peut pas être prise comme une mauvaise réponse pour cet âge.

V. — Répéter une phrase de 6 syllabes. — Après la compréhension du mot, la manifestation la plus simple du langage ne consiste pas, comme on pourrait le croire, à parler sa pensée, en disant le nom de l’objet qu’on désire, mais à répéter un mot entendu. Il est plus facile, nous a-t-il semblé, de faire l’écho d’un mot entendu que de prendre l’initiative

d’un mot, et de passer de l’idée au mot. Nous avons fait cette constatation chez des imbéciles, et elle nous sert pour l’étude de l’enfant normal. La répétition d’un mot ou d’une phrase s’obtient assez facilement chez l’enfant tout jeune, l’enfant de trois ans, quand il y met un peu de bonne volonté ; mais il est quelquefois difficile de savoir si la répétition est correcte, car l’enfant jeune a un défaut naturel de prononciation, que nous appellerons tout simplement du bafouillage ; cela consiste à estropier les mots ou à les estomper dans une sorte de brouillard. Le bafouillage n’est pas un vice défini de prononciation, qui tiendrait à une anatomie défectueuse ou à un fonctionnement vicieux des organes phonateurs ; c’est purement et simplement de la maladresse ; et par conséquent ce bafouillage entre en ligne de compte dans un diagnostic de l’intelligence. Si on 'ÿ regarde de près, on verra que la maladresse ne gâte pas seulement l’articulation des mots, elle a aussi pour effet de les modifier intellectuellement ; ainsi, au lieu de dire : J’ai donné deux sons an mendiant, on dira :... à la mendiant ; au lieu de dire : Il ne faut pas faire de mal aux oiseaux, on dira :... à les oiseaux. Puis, d’autres erreurs, toutes proches de celles-ci consistent à remplacer le langage de l’adulte par un langage enfantin ; au lieu de dire : Nous irons à la campagne, on dira : On ira à la campagne.

Pour ce test, on emploiera les phrases suivantes, qui ont été composées avec intention de mots très faciles à comprendre.

Il fait froid. J’ai bien faim (6 syllabes).

Je m’appelle Gaston. Oh ! le méchant chien ! (10 syllabes). Nous irons à la promenade. Donnez-moi ce joli chapeau (16

syllabes).

Ces phrases seront dites avec expression par l’expérimentateur. On ne tolère dans la répétition aucune espèce d’erreur. Si l’enfant reste muet, intimidé, on l’amorce en lui faisant répéter des phrases plus courtes ; voici du reste tout notre^ jeu :

Papa (2 syllabes).

Chapeau. Soulier (4 syllabes).

Il fait froid. J’ai bien faim (6 syllabes).

J’ai un mouchoir. J’ai les mains propres (# syllabes).

Je m'appelle Gaston. Oh ! le méchant chien ! (10 syllabes ).

Il pleut dans le jardin. Joseph fait ses devoirs (12 syllabes). Nous nous amusons beaucoup. J'ai attrapé une souris U 4 syllabes).

Nous irons à la promenade. Donnez-moi ce joli chapeau (16 syllabes).

Charlotte vient de déchirer sa robe. J’ai donné deux sous a ce mendiant (18 syllabes).

Il ne faut pas faire de mal aux oiseaux. Il fait nuit , tout le monde va se coucher (20 syllabes).

Un enfant de trois ans répète une phrase de 6 syllabes, il n’en répéterait pas une de 10.

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