ENFANTS DE QUATRE ANS
I. Donner son sexe. — « Es-tu un petit garçon ou une petite fille ? » Telle est la question très simple dont on se sert. Les enfants de trois ans n’y répondent pas tous. La réponse correcte est : « Un petit garçon » ou « Une petite fille ». Parfois, l’enfant se contente de dire oui ou non. Il faut alors poser deux questions séparées : « Es-tu un petit garçon ? » « Es-tu une petite fille ?» A cet âge, un rien déroute.
Les enfants de trois ans peuvent se tromper ; mais un enfant normal de quatre ans répond toujours exactement à cette question de sexe. Du reste, on devine qu’entre trois ans et quatre ans il s’est produit un notable changement dans l’état mental.
IL Nommer clé, couteau, sou. — Encore un exercice de langage parlé ; mais il ne se confond pas avec le langage suggéré par les gravures, il est beaucoup plus difficile. Dans une gravure, l’enfant choisissait ce qu’il lui plaisait de nommer et ce qu’il savait nommer ; ici, on lui impose l’objet, c’est-à-dire qu’on le force à trouver le nom de cet objet-là, et pas d’un autre. Ce sont des différences qu’a priori on jugerait insignifiantes ; mais, en réalité, elles sont grandes. La preuve, c’est que la majorité des enfants de trois ans réussit avec l’épreuve des gravures et échoue avec celle de nomination d’objets. Il est vrai que ces objets sont un peu
moins connus que des hommes, des femmes, que l’enfant nomme de préférence sur nos gravures.
On montre successivement à l’enfant trois objets familiers : une clef, un canif fermé et un sou, en lui demandant : « Qu’est-ce que c’est que ça ? Comment ça s’appelle-t-il ? » La clef est bien nommée, parfois avec une prononciation défectueuse : une ké. Le canif est appelé le plus souvent un couteau, et le sou s’appelle « des sous ». Nous excusons des erreurs aussi petites. Mais il faut que les noms des trois objets soient connus.
Nous avons arrêté notre choix sur des objets que tout expérimentateur trouve dans sa poche, afin d’éviter autant que possible l’embarras de créer un dispositif matériel spécial.
III. Répéter trois chiffres. — L’expérience se fait comme celle de deux chiffres. Nous n’insistons pas.
IV. Comparer deux lignes. — Voici encore des épreuves dont on ne peut pas prévoir la difficulté. Un imbécile qui comprend, quand on lui dit : Va fermer la porte, et qui exécute l’ordre donné verbalement sans geste ni coup d’œil, n’arrive pas à comparer au point de vue longueur les deux lignes qu’on met sous son nez. Voit-il que ces deux lignes sont de longueur inégale ? C’est bien possible. Si c’étaient deux biscuits, prendrait-il le plus long, pour le croquer ? C’est à chercher. Mais il ne comprend pas les mots : « la plus longue », il ne comprend pas qu’on lui demande une comparaison, et il met au hasard, bêtement, son doigt dans l’espace compris entre les deux lignes. L’enfant de trois ans se conduit de même. Ce n’est qu’à quatre ans qu’on fait l’opération correctement.
Voici comment on opère. On a tracé, à l’encre, sur une feuille de papier blanc, deux lignes droites, l’une de 5 centimètres, l’autre de 6 centimètres ; elles sont parallèles, et séparées par une distance de 3 centimètres. On montre les lignes à l’enfant : « Tu vois ces lignes. Dis-moi quelle est la plus grande ? » Aucune hésitation n’est tolérée. Parfois l’enfant met son doigt entre les deux lignes. Cela suffit pour que, s’il ne se corrige pas lui-même, l’étape ne soit pas franchie. Epreuve rapide, facile à faire exécuter, facile à interpréter.