ENFANTS DE CINQ ANS
I. Comparer deux poids. — C’est une comparaison comme pour les lignes ; mais on juge les lignes d’un coup d’œil, tandis que les boîtes, il faut savoir les prendre, les soupeser, et souvent on les prend dans la même main, on les compare successivement. Conclusion : ce n’est guère qu’à cinq ans qu’on se tire de cette épreuve, tandis qu’à quatre ans on réussit la comparaison des lignes.
On se sert de quatre boîtes, ayant même aspect, même volume, et pesant respectivement 3 grammes et 12 grammes ; 6 grammes et 15 grammes. On montre d’abord les deux boîtes de 3 grammes et de 12 grammes. On les pose sur la table devant l’enfant, en laissant entre elles une petite distance de 5 à 6 centimètres. On demande au sujet : « Tu vois ces boîtes. Dis-moi quelle est la plus lourde. » La réponse pleinement correcte consiste à prendre les boîtes, à les soupeser l’une après l’autre dans la même main, ou en même temps dans les deux mains, et à indiquer la boîte de 12 grammes. Pour s’assurer que cette désignation n’est pas l’effet du hasard, on présente ensuite les deux boîtes de 6 grammes et de 15 grammes ; puis on reprend les deux premières boîtes et on les fait comparer encore. Dès qu’il subsiste le moindre doute, on recommence.
Quand l’enfant est très jeune, il se comporte autrement. A la demande qu’on lui adresse, il répond aussitôt en désignant au hasard une des boîtes, sans songer à la soupeser. Nous sommes indulgents pour cette erreur naïve, qui s’explique parfois par de l’étourderie, de la suggestibilité, ou un désir de nous complaire, et nous disons à l’enfant : « Non, ce n’est pas ça. Il faut prendre les boîtes dans tes mains et les peser. » Ce supplément d’instruction suffît pour orienter beaucoup de sujets ; tant pis pour les autres. Nous observons curieusement les erreurs commises par ces derniers. En voici quelques-unes : ne peser qu’une seule boîte et la déclarer la plus lourde ; mettre les deux boîtes à côté l’une de l’autre dans la même main, et déclarer que l’une d’elles est la plus lourde ; dans ce cas la pesée est bien plus difficile, sans être impossible ; enfin, les mettre l’une sur l’autre et dans la même main ; ceci est encore plus défec-
tueux comme pesée ; cependant, on peut encore faire une pesée exacte.
Remarquons à ce propos que ce test comprend deux opérations bien distinctes : l’une, qui consiste à comprendre qu’il s’agit de comparer le poids de deux boîtes, et à se conduire en conséquence ; l’autre, qui consiste à apprécier une différence de deux poids. La première opération est bien plus difficile que la seconde ; on peut presque dire qu’elle dépend de l’intelligence générale et suppose un niveau intellectuel élevé, tandis que la seconde repose sur la faculté beaucoup plus simple de sentir une différence, et exige un niveau intellectuel beaucoup plus bas, peut-être seulement de deux ans ; ce qui le prouve bien c’est que, lorsqu’un enfant, malgré toutes les explications possibles, n’arrive pas à prendre de lui-même les boîtes et à les comparer, il suffit de lui mettre une boîte dans chaque main et de lui demander la plus lourde pour que bien souvent il réponde par un geste correct. C’est un contraste toujours amusant à voir : la maladresse avec laquelle un petit enfant prend les boites, les pèse et les compare et la sûreté qu’il montre à sentir leur différence de poids.
II. Copier un carré. — C’est la première fois que nous mettons un porte-plume dans la main de l’enfant.
On dessine à l’encre un carré, avec, pour chaque côté, une longueur de 3 à 4 centimètres ; et on invite le sujet à le reproduire, en se servant d’un porte-plume. L’emploi du porte-plume augmente la difficulté de la copie ; et on n’a pas le droit de le remplacer par un crayon. Les sujets jeunes rapetissent les figures : peu importe, si on peut les reconnaître. Nous donnons (fig. 4 de l’appendice) quelques spécimens de reproduction que nous considérons comme tolérables (1, 2, 3) et d’autres reproductions qui nous paraissent si défectueuses qu’elles constituent un insuccès (4, 5, 6).