III. Répéter des phrases de 10 syllabes. — Voir plus haut
IV. Compter 4 sous simples. — La numération est la dernière épreuve que nous fassions à 5 ans. On va nous objecter : c’est une épreuve scolaire, qui exprime l’instruction plus
que rintelligence. Objection juste ; mais quel est l’être assez privé de tutelle pour qu’on ne lui ait jamais appris à compter ? Nous avons étudié bien des imbéciles dans les asiles ; tous ceux qui ont l’intelligence suffisante pour compter ont appris à le faire. Malgré la loi sur l’instruction obligatoire, il reste encore beaucoup d’illettrés ; on en rencontre, dit-on; bien plus de 5 p. 100 chez les soldats ; mais a-t-on jamais rencontré d’individu qui n’avait pas appris à compter, quand son intelligence le lui permettait ? Cela doit être fort rare.
L’étude de l’acte de compter est extrêmement compliquée, et on verra par la suite que nous faisons intervenir à plusieurs reprises dans notre échelle métrique cette petite opération, qui a une si grande importance sociale. Pour compter, il faut déjà savoir bien des choses ; il faut d’abord pouvoir réciter la suite des nombres correctement ; il faut en outre savoir appliquer chaque nombre à un objet différent. Nous n’avons pas pris comme test la simple récitation de£ chiffres, parce que c’est une affaire de mémoire ; nous préférons l’acte de compter, qui suppose déjà quelque jugement. Nous demandons à l’enfant de compter 4 sous.
On a placé 4 sous simples sur une table ; les pièces sont juxtaposées, elles ne se recouvrent pas. On dit au sujet ; « Voyez ces sous. Comptez-les. Dites combien il y en a. » Quelques enfants, sans compter, répondent aussitôt un nombre quelconque ; que ce nombre soit juste ou faux, comme il peut être dû au hasard, on ne doit pas en tenir compte. Il faut insister pour que l’enfant compte effectivement, avec son doigt. Toute erreur suffit pour que le degré ne soit pas franchi.
A trois ans, on ne sait pas compter 4 sous ; à quatre ans, la moitié seulement des enfants réussit ; à cinq ans, les enfants en retard sont seuls à échouer. C’est bien une épreuve de cinq ans.
V. Jeu de patience a deux morceaux. — C’est un jeu de combinaison qui plaît aux enfants ; à l’Ecole on les amuse souvent à construire des objets avec des cubes. C’est un jeu, et en même temps c’est un travail d’intelligence opérant avec des données matérielles, des sensations et des mouvements. Si
on analyse l’opération, on voit qu’elle se compose des éléments suivants : 1° avoir présent à l’esprit le but à atteindre, c’est-à-dire la figure à former ; il faut comprendre ce but, il faut aussi y songer, ne pas le perdre de vue ; 2° essayer différentes combinaisons, sous l’influence de cette idée directrice, qui agit souvent d’une manière inconsciente sur la matière des tentatives que l’on fait ; 3° juger la combinaison formée, en la comparant au modèle, et en décidant si la ressemblance a été obtenue.
Ce jeu de patience présente, à première vue, cette commodité qu’on peut le compliquer au point d’en varier la difficulté à volonté. Il y a tel jeu qu’on réussit à cinq ans ; tel autre, si compliqué, met sur les dents un adulte. Nous avons commencé par choisir un jeu de patience très difficile, et nous pensons qu’il est intéressant d’expliquer pourquoi nous l’avons abandonné ; c’est que le hasard tenait trop de place dans la réussite. Il fallait assembler une dizaine de morceaux de carton ; si, par bonne fortune, on mettait la main sur la combinaison juste de deux ou trois cartons, le reste se devinait facilement. Au contraire, lorsque la chance ne vous avait pas favorisé, le problème devenait bien plus difficile. Aussi arrivait-il que le nombre des succès était tout à fait indépendant de l’âge. Et cette objection, qui sortait en quelque sorte des expériences, nous décida à abandonner ce type de jeu de patience.
Celui que nous avons adopté définitivement est beaucoup plus simple. Il convient à des enfants de cinq ans. Il se compose de deux morceaux seulement.
Nous coupons diagonalement en deux moitiés une carte, qui a la forme d’un rectangle allongé ; nous obtenons ainsi deux triangles. Nous plaçons sur une table une carte intacte et, à côté, plus près de l’enfant, nous mettons les deux fragments triangulaires, disposés de manière à ce que les deux hypoténuses forment un angle droit l’une avec l’autre, et nous disons à l’enfant : « Mets ensemble, réunis ces deux morceaux pour faire quelque chose de pareil à cela ». (Cela, c’est la carte intacte que nous lui laissons devant les yeux).
Les enfants de quatre ans n’arrivent pas à reconstituer le rectangle. Un tiers seulement y parvient. Quant aux autres, ils ne comprennent pas ce qu’on leur demande, et ils re-
muent les cartons au hasard ; ou bien ils s’abstiennent d’y toucher ; ou encore ils assemblent les cartons d’une manière défectueuse ; ils les placent côte à côte sans les affronter ; ou ils les recouvrent l’un par l’autre ; ou enfin ils forment une figure qui n’a rien de commun avec le modèle.
A cinq ans, progrès net ; nous ne trouvons guère qu'un enfant sur douze qui échoue. Les autres réussissent bien.
Il y a quelques précautions à prendre avec ce test. Nous signalerons les trois suivantes : 1° quelques petits ne veulent pas se donner la peine de remuer les cartons ou même de les toucher. Il faut, dans ce cas, sans leur donner de suggestion précise, les gronder un peu, pour les faire sortir de leur ap.athie. Ne franchissent pas le degré ceux qui s’obstinent à rapprocher les deux morceaux de carton d’une façon quelconque, ou qui les recouvrent l’un par l’autre. 2° Dans cette épreuve, on évitera que l’enfant, en rapprochant les cartons, en retourne un, car dans ce cas il ne pourrait plus faire une figure égale au modèle. S’il retourne par inadvertance le carton, il ne s’en apercevra pas ; on peut, soit le faire recommencer, soit considérer le degré comme franchi quand les deux fragments sont rapprochés par leur plus grand côté. 3° Au moment où l’enfant fait sa combinaison, souvent il s’arrête, nous interroge du regard pour savoir notre avis. Suivant l’attitude que nous tiendrons vis-à-vis de son travail, il se contentera de son essai ou cherchera autre chose. Il faut ne rien exprimer, savoir attendre, et attendre en silence.