‹ La mesure du développement de l'intelligence chez les jeunes enfantsChapitre 7 sur 16 · ENFANTS DE SEPT ANS · texte numérisé non relu

ENFANTS DE SEPT ANS

I. Main droite, oreille gauche. — Encore une notion apprise, mais si facile à acquérir que, lorsqu’elle manque, son défaut est caractéristique. On demande à l’enfant : « Montre ta main droite », et ceci fait : « Montre ton oreille gauche ». Question qui est presque un piège, car, ayant commencé par demander la main droite, on crée une tendance à montrer l’oreille droite.

Quelquefois l’enfant montre les deux mains ; ou plutôt, il montre une main en se servant de l’autre, mais le geste est si obscur qu’on ne sait pas quelle est la main qui montre et quelle est la main qui est montrée. On se tire d’affaire en disant à l’enfant de lever en l’air la main droite.

Suivant la manière dont les enfants répondent, on peut les diviser en 3 catégories : 1° Il y en a qui ne savent pas du tout où est la droite et la gauche. Ils présenteront la main droite, parce que c’est celle qu’on a tendance à présenter ; puis, ils toucheront l’oreille droite. Nous ne nous occupons pas de ceux qui, comprenant encore moins, ne savent pas où est leur oreille. 2° Il y en a qui ont une notion de la droite et de la gauche, mais elle n’est pas encore bien assurée. Ils présentent la main droite, se touchent l’oreille droite, puis, se corrigeant eux-mêmes, se touchent l’oreille gauche. 3° Enfin un troisième groupe est formé des enfants qui, sans erreur et sans hésitation, tendent la main droite et se touchent l’oreille gauche. Nous considérons comme ayant franchi le degré les enfants des deux derniers groupes, par conséquent ceux qui hésitent et se corrigent, aussi bien que ceux qui n’hésitent pas et n’ont pas à se corriger. Mais il faut que l’expérimentateur se surveille et ne donne aucune suggestion ; ce serait trop naïf. Il est évident que, lorsque l’enfant touche son oreille droite, si on lui dit : « En es-tu bien sûr ? » ou si, tout simplement, on a l’air de désapprouver le geste, l’enfant sera conduit à toucher son oreille gauche ; car, si ce n’est pas la droite, c’est la gauche.

A quatre ans, personne ne montre l’oreille gauche, tout le monde montre l’oreille droite. A cinq ans, la moitié des enfants fait l’erreur. A six ans, personne ne la fait. C’est donc une épreuve qui a une grande puissance de classification.

IL Décrire une gravure. — A trois ans, à quatre ans, à cinq ans, nous l’avons vu, on ne fait que de l’énumération, et les descriptions sont tout à fait insolites. A six ans, un très petit nombre d’enfants, à peine un sixième, s’essaye à décrire. A sept ans, il y a eu un tel progrès de langage que la description est devenue tout à fait générale ; il y a très peu d’exceptions, et cette épreuve montre l’énorme acquisition qui se fait au point de vue langage entre six et sept ans.

III. Exécuter trois commissions. — Dans le peuple, on emploie de très bonne heure les enfants à faire de menues commissions chez les marchands : acheter le lait, le pain, de la charcuterie surtout, et rapporter une bouteille de vin. Les médecins qui ont l’habitude de la clinique des arriérés savent que ces enfants se reconnaissent, non pas à ce qu’ils sont incapables de faire une commission, mais à ce qu’on ne peut pas leur donner plusieurs commissions à la fois. Les mères avertissent souvent d’elles-mêmes les médecins de cette particularité intéressante. Voici la série de commissions que nous donnons, avec le discours qui les accompagne : « Tu vois cette clef ? Tu vas la mettre sur cette chaise qui est là ? (On désigne la chaise). Ensuite tu fermeras la porte. Après, tu verras près de la porte une boîte, qui est sur une chaise. Tu prendras cette boîte et tu me l’apporteras. Ainsi, d’abord la clef sur la chaise ; puis fermer la porte, puis m’apporter la boîte. C’est compris ? Maintenant, va ! » Bien souvent les enfants ne font que deux commissions sur trois ; ou bien, arrivés à la porte, ils s’en vont, fermant la porte sur eux. Quelques-uns ont la conscience tranquille ; d’autres s’aperçoivent qu’ils font un oubli et restent songeurs. Pour que le degré soit franchi, il faut que les trois commissions soient exécutées spontanément, sans qu’on soit obligé de dire à l’enfant : « Eh bien, et après ? Tu oublies quelque chose, etc. » Il est évident qu’on peut varier un peu, selon les milieux, la nature des commissions à donner. On fera toujours en sorte qu’elles soient simples, facilement exécutables. Un rien peut intimider l’enfant. Si nous avons mis notre chapeau haute-forme sur une chaise, ne le faisons pas entrer dans une de nos commissions d’objets à déplacer : plus d’un enfant n’oserait pas y toucher.

A quatre ans, presque aucun enfant ne fait les trois commissions ; à cinq ans, la moitié les font ; à six ans, tous ou presque tous les font.

IV. Compter neuf sous (3 simples, 3 doubles). — Sur un coin de table on a préparé d’avance un petit tas de monnaie composé de 3 sous simples et 3 sous doubles, juxtaposés, ne se recouvrant pas. On montre cette monnaie au sujet en lui disant : « Comptez cet argent et dites-moi combien il y a ». Quelques enfants ne touchent pas à la monnaie ; il faut les engager à la manier et à la compter. La petite difficulté de l’épreuve consiste dans le mélange de sous simples et doubles. On ne tolère aucune erreur. La moindre erreur fait manquer l’épreuve : et on ne doit pas reprendre l’enfant et le prier de recommencer. La seule précaution nécessaire est de bien étaler la monnaie, de manière à ce que toutes les pièces soient visibles. L’opération dure de 5 à 10”. Si elle dure davantage, il y a bien des chances pour que le degré ne soit pas franchi. Il est inutile d’attendre 15”. Les enfants se comportent de trois manières différentes : 1° ils comptent exactement, par exemple de la manière suivante : 1-2-3 5-7-9, c’est-à-dire qu’ils ajoutent 2 pour les pièces de 2 sous ; 2° ils comptent exactement, mais pour les pièces de 2 sous, ils ne sautent pas 2 chiffres, ils les disent : exemple : 1, 2, 3, — puis 4 et 5 (pour le sou double). 6 et 7 (pour le 2° sou double), 8 et 9 (pour le troisième) ; 3° ils comptent les sous doubles comme des sous simples. Dans ce dernier cas, c’est un échec. A sept ans, il y a déjà une grosse majorité qui fait l’épreuve. Elle est réussie par tous à huit ans. C’est donc plutôt une épreuve de transition entre ces deux âges.

V. Nommer 4 couleurs. — On pourrait multiplier les épreuves avec les couleurs. Nous avons choisi celles qui sont fondamentales, le rouge, le bleu, le vert et le jaune, et nous avons éliminé celles dont le nom est moins familier aux enfants, le violet par exemple et l’orangé. Notre épreuve ne porte pas sur la perception et la distinction des couleurs, mais sur leur nomination, ce qui est bien différent. Le jeune enfant distingue, reconnaît et retrouve avec une sûreté admirable les nuances les plus fines et n’a rien à envier à l’adulte

sous le rapport du sens chromatique ; c’est la verbalisation du sens chromatique, si on peut ainsi s’exprimer, qui est défectueuse chez lui.

On a préparé sur un petit carton quatre papiers de couleur, rouge, jaune, bleu, vert, ayant chacun 6 centimètres sur 2 centimètres (on doit éviter de montrer les couleurs sur une trop petite surface). On montre du doigt à l’enfant chaque papier, en lui demandant : « Quelle est cette couleur ? » On n’excuse aucune erreur. La moindre erreur fait manquer l’épreuve. Celle-ci dure en moyenne 6”.

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