‹ La mesure du développement de l'intelligence chez les jeunes enfantsChapitre 8 sur 16 · ENFANTS DE HUIT ANS · texte numérisé non relu

ENFANTS DE HUIT ANS

I. Comparer deux objets de souvenir. — Epreuve précieuse, car elle ne dépend à aucun degré de l’instruction, et elle met en jeu le bon sens naturel. Elle consiste à rechercher si le sujet peut, en se représentant deux objets, découvrir entre eux une différence ; le sentiment d’une différence est, en effet, le résultat habituel, et le plus facile, d’une comparaison. Notre épreuve est préparée par le discours suivant que nous tenons à l’enfant : « Tu connais les papillons, tu en as déjà vu ? — Oui. — Et les mouches, tu les connais aussi ? — Oui. — Est-ce que c’est pareil, un papillon et une mouche ? — Non. — Pourquoi n’est-ce pas pareil ? » Ces expressions ne sont pas d’un style relevé, mais elles ont l’avantage d’être facilement comprises. Des questions analogues sont faites à propos d’une comparaison entre le bois et le verre, et d’une troisième comparaison entre le papier et le carton. Toujours on commence par demander au sujet s’il connaît les objets en question, et s’il trouve que ces objets « ne sont pas pareils ». Puis, il s’agit d’écouter la réponse, et surtout de la peser. Ecartons d’abord comme insuffisantes les réponses qui consistent à nommer l’objet. On a demandé : en quoi le carton et le papier ne sont pas pareils ? Si le sujet répond : le carton, cela prouve évidemment qu’il n’a pas compris. Mauvaise réponse, quoique meilleure : la mouche, c'est la mouche. Le plus souvent, la différence signalée porte sur la grosseur : le papillon est plus gros, et la mouche est plus petite ; le carton est plus gros ; le bois esl plus gros. Ou bien, on insiste sur quelques détails : le papillon a de plus

grandes ailes — le papillon a des ailes blanches — le papillon est jaune — ils n’ont pas les mêmes couleurs — la mouche est noire, le papillon est tricolore — c’est parce que les papillons i vont sur les fleurs et les mouches vont sur le manger — le papier est mou, le carton est plus dur — le carton ne peut pas se déchirer — le bois ne se casse pas — le bois n’est pas transparant — le verre ça sert à mettre aux fenêtres, et le bois ça sert pour faire le plancher. Demandons, pour franchir le pas, que deux au moins des comparaisons soient justes sur trois. Il faut, pour qu’elles soient justes, que la différence soit exacte. Ainsi, il arrive souvent qu’ayant trouvé un caractère différentiel pour la première comparaison, le sujet répète pour les autres ; ayant dit que le papillon est plus gros, répéter cela pour le carton et pour le bois n’est pas une réponse suffisamment bonne. Le temps de l’opération est souvent long de 1 minute ; tant pis, si la réponse n’est pas donnée au bout le degré n’est pas franchi. A six ans, un tiers des enfants fait ses comparaisons ; à sept ans, ils les font presque tous ; à huit ans, tous.

En terminant, remarquons qu’il est assez difficile de distinguer le niveau intellectuel de sept et de huit ans ; nous y arrivons surtout en employant quelques tests d’instruction, qui ont été introduits parce qu’ils ont aussi la valeur de tests d’intelligence.

II. Compter de 20 a 0. — C’est en partie une épreuve d’instruction ; il faut avoir appris pour savoir compter à rebours. On dit au sujet : « Voulez-vous compter de 20 à 0, en descendant ? » Si l’explication n’est pas comprise, on ajoute : « Comptez comme ceci : 20, 19, 18... » mais on ne pousse pas l’exemple plus loin. Quelques enfants ne savent pas compter dans ce sens et ne se décident pas à essayer. D’autres s’obstinent, malgré l’instruction donnée, à compter en remontant, soit tout de suite, soit après avoir fait quelques essais pour descendre ; ils disent 20... 19... 18... 17... 19... 20... 21... 22... 23, etc. D’autres encore comprennent bien dans quel sens on leur demande de compter, mais ils n’y aboutissent que par un truc ingénieux, qui consiste à compter en remontant pour trouver le chiffre exact. Ainsi, étant à 15, ils comptent rapidement 1, 2, 3, 4... etc., jusqu’à 15, et ce n’est que de cette

façon qu’ils trouvent 14 précédant 15. On s’apercevra du truc d’abord aux paroles murmurées par le sujet, et ensuite au temps considérable qui lui est nécessaire pour dire un chiffre nouveau. Toutes les réponses qui précèdent constituent des échecs. Pour que le degré soit franchi, il faut que l’opération ne dure pas plus de 20”, et que le nombre des erreurs (oublis ou inversions) ne dépasse pas un.

III. Indiquer lacunes de figures. — On présente successivement quatre figures (fig. 7, voir l’appendice) auxquelles il manque l’œil, le nez, la bouche ou les bras. On demande chaque fois : « Qu’est-ce qui manque à cette figure ? » Souvent l’enfant ne répond pas, ou bien il a quelque remarque incorrecte. Pour la première figure, qui représente une tête, il dira par exemple que c’est le cou qui manque, ou le ventre, ou l’oreille, ou bien les jambes, ou les pieds ; et ayant trouvé cette réponse, il ne manquera pas de la répéter pour toutes les autres figures (automatisme de répétition). Remarquons qu’à la rigueur c’est exact, mais ce n’est pas là ce qu’on lui demande ; on désire qu’il se rende compte d’une lacune qui rend la figure incomplète. Pour que le degré soit franchi, on exige trois bonnes réponses sur quatre. A cinq ans, les réponses sont insuffisantes ; à six ans, il y a encore deux tiers d’erreur ; à sept ans, grosse majorité de réponses exactes.

IV. Donner la date du jour. — Les renseignements que nous demandons sous cette rubrique sont au nombre de quatre : le jour, le mois, le quantième et l’année. A ce propos, nous avons fait une remarque : nous avons appris que, dans une école maternelle, un exercice de langage qui se fait au début de la classe, chaque jour, porte sur l’enseignement de la date du jour. On apprend aux enfants et on leur fait répéter le jour, le mois, le quantième et l’année. Cependant aucun enfant de cette école n’a pu nous donner le renseignement complet, ni seulement le nom de l’année ; pour le mois, nous avons eu quelques réponses : janvier, bien qu’on fût le 8 février, et c’est tout. En se reportant à notre échelle, on verra que cette notion complète appartient seulement à l’âge de neuf ans. Ce n’est qu’à neuf ans que la grande majorité des

enfants la possède. Il résulte de cette constatation inattendue une conclusion intéressante sur les enseignements précoces. L’instruction doit avoir pour but de suivre la marche du développement naturel de l’enfant, en le hâtant un peu ; mais c’est un vain effort de le devancer de trois à quatre ans, comme on le fait, par ignorance, dans le cas actuel, où l’on essaye d’inculquer à des bébés de cinq et six ans, ce que des garçons de neuf ans peuvent seuls retenir.

Nous considérons le degré comme franchi même quand le quantième du mois est exact à 3 unités près. En effet, une personne très intelligente peut croire qu’on est au 17 février, quand on est au 14, mais elle ne se trompera guère sur le jour, encore moins sur le mois, et jamais, à moins d’amnésie subite, sur l’année. Fait curieux, chez les jeunes enfants, c’est l’indication de l’année qui est le plus souvent fautive. Ils n’indiquent aucune année, ils gardent le silence, ils ne savent pas. L’année est peut-être un laps de temps qui est trop grand pour eux, dont ils ne se font aucune idée. Et puis, un coup d’œil sur les éphémérides peut leur apprendre le jour et le mois, et le quantième, non l’année, que tout le monde est censé savoir. Les éphémérides des écoles devraient porter de manière très visible le chiffre de l’année.

V. Répéter 5 chiffres. — La méthode est indiquée plus haut. On répète 3 chiffres à quatre ans ; pour répéter 5 chiffres, il faut attendre sept ans ; encore n’y a-t-il que les trois quarts des enfants qui s’en montrent capables.

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