‹ La mesure du développement de l'intelligence chez les jeunes enfantsChapitre 9 sur 16 · ENFANTS DE NEUF ANS · texte numérisé non relu

ENFANTS DE NEUF ANS

I. Rendre sur 20 sous. — Ceci est une épreuve qui exige un peu d’instruction ; mais elle a une si grande valeur sociale que nous nous en servons. Nous croyons bon de donner à cette épreuve l’allure d’un jeu ; on la rend ainsi récréative, et c’est un repos pour l’esprit. Sur la table, on a étalé de la monnaie : il y a là les 9 pièces de la monnaie courante (0 fr. 05 — 0 fr. 10 — 0 fr. 25 — 0 fr. 50 — 1 fr. — 2 fr. — 5 fr. — 10 fr. — 20 fr.), et, de plus, on a mis une somme de 0 fr. 65, se décomposant en 0 fr. 30 de pièces de 0 fr 10 et le reste en pièces de 0 fr. 05. On dit au sujet : « Veux-tu jouer

avec moi au marchand ? Tu seras le marchand. » Puis, lui montrant la monnaie : « Voici ta caisse, voici l’argent qui te sert à rendre la monnaie aux clients ». Lui montrant des boîtes : « Voici la marchandise que tu vends. Ce sont des boîtes. Je t’achète cette boîte. Je te la paierai par exemple 4 sous ? Veux-tu ? » Le sujet consent toujours, il sourit, notre proposition lui plaît. On lui donne alors une pièce de 1 fr. et on lui dit : « C’est convenu je te l’achète 4 sous. Maintenant, rends-moi sur ma pièce. » Et on garde la main tendue pour recevoir la monnaie. La seule réponse exacte est la suivante : le sujet prend dans sa caisse 0 fr. 80, et nous les donne. Il arrive parfois que le sujet répond : « Je vous dois 16 sous », mais il ne nous donne pas le nombre exact de sous, il en donne 15 ou 17, par exemple ; c’est un échec. Bien entendu, on notera comme échecs des cas où le sujet commet une erreur encore plus grave, comme de rendre 2 fr. ou 4 fr., etc. Nous avons eu un sujet, enfant d’école de dix ans, qui nous a ainsi rendu 35 fr. ; celui-là est vraiment exceptionnel. On remarquera en passant combien il y a de variétés individuelles dans l’acte pourtant si simple de rendre la monnaie. Les plus vifs, les plus adroits s’emparent d’abord d’une pièce de 10 sous, à laquelle ils ajoutent 6 sous. Parfois, comme de vrais commerçants, ils vous disent : « 4 sous et 10, cela fait 14 sous, plus 6 sous, cela fait 20 sous » ; parfois même, ils comptent en centimes. Ce sont les virtuoses. Les autres se laissent suggestionner par les 13 sous qui sont sur la table ; ils commencent par ramasser tous ces sous, et les comptent ; puis ils se trouvent bien embarrassés, car ils n’arrivent pas ainsi à parfaire la somme nécessaire ; ils sont obligés de recommencer leur calcul et d’éliminer un certain nombre de sous, qu’ils doivent remplacer par la pièce de 10 sous, ou celle de 5 sous. Il semble que le plus ignorant est attiré par les sous, qui lui offrent le moins de difficultés ; il faut avoir déjà l’habitude de manier l’argent pour prendre d’emblée la pièce de 10 sous, puis la pièce de 5 sous, et y ajouter 1 sou. Mais ce sont là de petites nuances dont on n’a pas à tenir compte dans notre méthode. L’argent rendu est-il égal ou non à 0 fr. 80 ? Tout est là. Tout au plus pourra-t-on, quand on analysera les résultats, tenir pour légère une différence d’un sou, et pour lourde une erreur de 5 sous et davantage.

A sept ans, presque personne ne sait rendre 4 sous sur 20 sous. A huit ans un bon tiers des sujets y parvient. A neuf ans, ils y arrivent tous.

II. Définir supérieurement a l’usage. — Est expliqué plus haut. A sept ans et à huit ans, une moitié des enfants fait des définitions de ce genre. A neuf ans, ils y arrivent tous.

III. Reconnaître toutes les pièces de notre monnaie. — Ce sont, nous le rappelons, les suivantes : 0 fr. 05 — 0 fr. 10

— 0 fr. 25 — 0 fr. 50 — 1 fr. — 2 fr. — 5 fr. — 10 fr. — 20 fr.

La difficulté existe surtout pour distinguer une pièce de

1 fr. et une pièce de 2 fr. et aussi pour distinguer une pièce de 10 fr. et une pièce de 20 fr. Les pièces sont sur la table ; on ne les prend pas, on les montre du doigt, et le sujet les nomme sans les toucher. On aura soin de ne pas montrer dans un ordre immédiatement successif les pièces de 1 fr. et

2 fr., de 10 fr. et de 20 fr.

Voici l’ordre que nous proposons : 0 fr. 10 — 2 fr. — 10 fr.

— 0 fr. 50 — 20 fr. — 1 fr. — 5 fr. — 0 fr. 25.

Ces monnaies doivent être toujours regardées du côté de l’effigie.

Bien souvent, un enfant appelle 1 fr. une pièce de 2 fr., et 10 fr. une pièce de 20 fr., et vice versa. Ce sont là des confusions légères. L’absurdité consiste à imaginer des pièces nouvelles, pièce de 3 fr. par exemple, ou pièce de 15 sous. Une erreur curieuse amène parfois la confusion d’une pièce de 10 fr. avec une pièce de 5 fr. Toute l’opération ne doit pas durer plus de 40”. — Enfin, quelquefois, on peut soupçonner que l’erreur est un lapsus. Il nous souvient d’un enfant de douze ans qui nommait bien toutes les pièces de monnaie, sauf celle de 5 fr., qu’il appelait 10 fr. Nous ne fîmes aucun geste : mais nous eûmes soin de lui faire reprendre, quelques minutes après, l’énumération de toutes les pièces qui étaient restées sur la table. Il refit son erreur sur la pièce de 5 fr., de sorte que le degré ne lui fut pas acquis. Nous citons cet exemple pour montrer la nécessité de ne pas enregistrer les résultats en automate. Il est bien

des cas où l’on peut soupçonner un lapsus d’après l’ensemble des autres réponses ; il faut donc recommencer, et savoir si le lapsus existe réellement. En d’autres termes, en dépit de tout le système d’annotation que nous avons imaginé, nous pensons qu’un expérimentateur a le devoir de juger les réponses qui lui sont faites. Notre méthode n’est point une bascule automatique qui, comme celle des gares, imprime le poids de l’individu, sans qu’ on ait besoin d’intervenir.

IV. Enumérer les mois. — Cette récitation est soumise aux mêmes exigences sévères que celles des jours. Le sujet à qui on dit de réciter les mois de l’année doit les réciter sans faute, oubli ou omission, et assez rapidement, en 15” au maximum : nous tolérons cependant l’erreur d’un oubli ou d’une inversion.

V. Comprendre des questions faciles. — Nous donnons le texte des questions, et quelques exemples de réponses bonnes et de réponses mauvaises.

1° Lorsqu'on a manqué le train, que faut-il faire ? — Bonnes réponses : Attendre Vautre train. — Prendre le suivant. Mauvaises réponses : Il faut tâcher de ne pas le manquer. — Courir après. — Rentrer chez soi. — Il faut acheter un billet.

2° Lorsqu'on a été frappé par un camarade, sans qu'il l'ait fait exprès, que faut-il faire ? — Bonnes réponses : Ne rien lui faire. — L'excuser. — Lui pardonner. — Lui dire de faire attention une autre fois. Mauvaises réponses, dans lesquelles la réserve « sans qu’il l’ait fait exprès » n’a pas été comprise : Le dire au maître. — Se venger. — Le punir.

3° Lorsqu'on a cassé un objet qui ne vous appartient pas, que faut-il faire ? — Bonnes réponses : Le payer. — S'excuser. — Le remplacer. — L'avouer. Les mauvaises réponses sont en général inintelligibles : Il faut le faire payer. — Il faut pleurer. — Aller au commissaire.

On remarquera que ces trois questions sont de compréhension facile et ne présentent pas de difficulté de vocabulaire. Aussi arrive-t-il que même des enfants de six ans y répondent de manière satisfaisante, mais c’est assez rare. A sept et

huit ans, la moitié des enfants y répondent de manière convenable ; à neuf ans, les trois quarts ; à dix ans, tous. Il suffit de répondre bien à deux questions sur trois pour que le degré soit acquis .

Page 1