Voir liv. I, cliap. vu
produira plus que confusément, à cause de la multitude des images; ces diverses images resteront à l'état d'enveloppement (Involution); il n'y aura plus qu'une représentation complexe dans laquelle il ne subsistera que fort peu de chose des déterminations particulières : ce qu'il y a d'identique dans les diverses représentations successives se détachera en quelque sorte sur un fond obscur; l'image se rapprochera du concept '. Le mécanisme psychique donne donc quelque chose d'analogue aux portraits composites dont parlent les psychologues anglais contemporains. Ce qui est vrai des représentations successives d'un même objet ou d'un même être, est aussi vrai d'ailleurs des représentations multiples d'objets ou d'êtres semblables : dans ce second cas comme dans le premier il se produira des images complexes dans lesquelles le semblable tendra de plus en plus à prédominer sur le divers qui va sans cesse s'affaiblissant et s'obscurcissant.
Mais Herbart est trop soucieux de la vérité et de l'exactitude pour prétendre que l'on puisse obtenir de la sorte de purs concepts. Par suite de la répétition de représentations semblables, quelque nombreuses soient-elles, les déterminations particulières peuvent être en effet plus ou moins obscurcies dans la représentation d'ensemble; mais elles ne sauraient jamais être complètement éliminées. Le mécanisme psychique ne saurait avoir ce pouvoir, que la psychologie ordinaire attribue à sa prétendue faculté d'abstraction, de séparer complètement le semblable du divers. « Comment serait-il possible, demande Herbart, d'éliminer les différences spécifiques du bleu, du rouge, du vert, etc., pour former l'idée générique de
i. Paychologie aie Wiasenachafl, S 121, l. VI, p. ICO.
couleur'? En réalité les purs concepls ne sont que des idéaux logiques (logische Idéale) analogues aux idéaux moraux, « de même que la logique elle-même peut être considérée comme une sorte de morale pour la pensée » (gerade so wie die ganze Logik eine Moral fur das Denken ist*). Pour que l'esprit se rapproche progressivement de ces idéaux, il faut quelque chose de plus que les opérations antérieure ment décrites; il faut le concours du jugement.
Ce n'est pas d'ailleurs que le jugement suppose une faculté spéciale et supérieure; lui-même a son origine dans le mécanisme psychique. Sans doute une simple compleœioîi, telle que celle à laquelle donnent lieu les impressions de diverse nature produites par un même objet, ne constitue pas par elle-même un jugement, car ici le prédicat forme avec le sujet un tout indivisible et sans apparence de liaison ^ ou plutôt il n'y a encore ni sujet ni prédicat; mais diverses circonstances peuvent déterminer la séparation des deux éléments, amener à distinguer le sujet comme le déterminable (das Bestimmbare), le prédicat comme le déterminant (das Bestimmende). Ainsi supposons que nous ayons vu préalablement des roses rouges, blanches, jaunes, etc. Il se formera une représentation d'ensemble qui flottera en quelque sorte (schweben) entre diverses déterminations particulières, celle du rouge, du blanc, du jaune, etc. Si maintenant nous venons à percevoir une rose rouge, la représentation jusqu'ici flottante et indéterminée reçoit une détermination et le rouge apparaît comme le déterminant. De là le jugement : cette rose est rouge*.
\. Lehvbuch zur Psychologie, $ 180.