Psych. als Wis., S 130, t. VI, p
3. Empirische Psychologie von der Geschichte des Menschengeschlechls getrennl ergiebl nichts vollslândiges {Enleit., 302).
Anaxagore avait déjà dit non sans exagération, mais aussi non sans quelque raison : l'homme pense parce qu'il a une main. Herbart ne va pas aussi loin que le philosophe grec; mais il attribue cependant à la main un rôle important dans la connaissance. Grâce à cet organe l'homme peut se donner de la forme des corps une notion exacte qui manque aux animaux. L'éléphant a sans doute sa trompe; le singe a des organes préhenseurs assez analogues à la main de l'homme; mais aussi ces animaux sont-ils parmi les plus intelligents. Grâce à la main aussi l'homme peut construire des outils, des instruments de tout genre, qui allant sans cesse se perfectionnant contribuent puissamment aux progrès de la connaissance et de la civilisation.
Plus important encore est le rôle du langage. Herbart ne va pas cependant jusqu'à admettre que l'homme pense parce qu'il parle, opinion qui est d'ailleurs en opposition manifeste avec sa doctrine. Alors même que le langage n'existerait pas, le mécanisme psychique ne laisserait pas d'opérer son œuvre : les concepts généraux, les jugements, les raisonnements même ne s'en produiraient pas moins. Herbart ne semble pas avoir aperçu toute l'importance du langage : il n'a pas vu, ou il semble oublier que les purs concepts, ces idéaux logiques dont il parle, puisqu'ils ne sont l'objet d'aucune intuition, ne sauraient exister dans l'esprit qu'à l'état de noms, que les jugements universels, que le raisonnement sous sa forme logique supposent nécessairement l'emploi des mots. Tout en reconnaissant que dans l'état actuel l'homme ne saurait penser sans l'aide des mots, à cause de la liaison intime qui s'est établie entre le langage et la pensée en vertu même du in('canisme psychique, il va jusqu'à déclarer que celle dépendance ultérieure de la pensée vis-à-vis
du langage est plutôt nuisible qu'avantageuse pour l'individu, à cause des erreurs dont elle est l'origine *. Pour lui la principale et même la seule utilité du langage^ c'est de fournir aux hommes un moyen commode de communication, de permettre à chacun de profiter des connaissances acquises par les autres, aux générations nouvelles, d'accroître le fonds amassé par les générations antérieures. Le langage est encore, mais toujours en tant que moyen de communication, une condition essentielle de la connaissance claire du passé et de l'avenir, aussi bien que de l'absent. Par le langage, par la conversation (das Gesprâch), l'homme échappe à l'horizon immédiat et au moment présent dans lesquels l'animal est comme enchaîné : le langage est ainsi une cause d'émancipation pour la pensée.
Parlant accidentellement de l'origine du langage, Herbart se refuse à la voir dans une convention, attendu, dit-il, qu'une telle convention supposerait elle-même l'existence du langage: l'hypothèse d'une telle convention est aussi absurde que celle d'un contrat social dans lequel certains philosophes voient l'origine de l'État. Les exclamations naturelles,qui se reproduisant dans les mêmes circonstances rappellent à chacun les mêmes représentations, ont été le point de départ du langage. L'intervention de la convention et de l'arbitraire dans la formation de mots nouveaux est de beaucoup postérieure à la naissance des langues qui se sont perfectionnées à la manière des machines dans lesquelles chaque perfectionnement est la condition d'un perfectionnement ultérieur.
Mais alors pourquoi les animaux ne parlent-ils pas?
t. Fiir den Einzelnen ist das Anheften der Gedanken an die Sprache sogar nachlheilig (Psych. als Wiss., $ 130, Anmerk, t. VI, p. 218).
2. Aller Vortheil der Sprache beruhet auf dera geselligen, gemeinsamen Gebrauch [Ibid.).
Herbart, s'élevant contre une opinion professée par Rudolphi, déclare qu'ils ne parlent pas, du moins les plus élevés d'entre eux, uniquement parce qu'il leur manque des organes propres à l'articulation. « Par l'observation des chiens et autres animaux domestiques, et indépendamment de toute considération d'ordre spéculatif, dit- il, je suis arrivé à cette conviction que non seulement les chiens parleraient, s'ils avaient des organes vocaux appropriés, mais que d'autres animaux de beaucoup moins élevés doivent leur infériorité bien plus à l'insuffisance de leur organisme qu'à des circonstances d'ordre psychique \ »
Enfin la longue période pendant laquelle l'enfant a besoin de ses parents, outre qu'elle a été une des causes principales de l'origine de la société avec toutes ses conséquences ultérieures, contribue considérablement par elle-même au développement de l'esprit humain, à cause de la masse énorme des connaissances qui sont nécessairement acquises pendant cette éducation prolongée. C'est ce qui explique que l'humanité n'ait atteint qu'un degré de culture inférieur dans les régions les plus riches du globe parce que la période d'enfance et par conséquent d'éducation s'y trouve sensiblement restreinte.
La conclusion naturelle de ce qui précède, c'est que les différences intellectuelles que l'on peut constater entre l'homme et l'animal, aussi bien qu'entre les diverses espèces d'animaux n'ont point leur principe dans des différences psychiques originelles, mais dépendent médiatement ou immédiatement de l'organisation physiologique : tant vaut l'organisme, tant vaut rintoliigence.