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mentaux de la philosophie et la manière dont ils se posent à l'esprit non prévenu, naturellement et dans toute leur naïveté originelle (die Versuche der Denker vor Sokrates deuten vollslandig genug auf die mannigfaltigen, ursprunglich naturlichen Richtungen*). On ne peut nier la sagacité et l'utilité de cette recommandation quoique la précaution soit, à coup sûr, encore insuffisante, contre le danger trop réel qu'il s'agit de conjurer. Quoi qu'il en soit, nous pouvons du moins apprécier, par ce qui précède, l'amour profond de la vérité qui est un des traits essentiels du caractère de Herbart, son souci constant d'échapper aux causes multiples d'erreur dont est menacée la spéculation et que, mieux que personne, il a su discerner, la parfaite sincérité de son esprit et la méthode rigoureuse qui préside à toutes ses investigations.
Maintenant que nous connaissons l'idée qu'il s'est faite de la philosophie, de son but et des conditions requises pour y arriver, il nous faut indiquer quelles en sont, d'après lui, les grandes divisions. P^our lui, comme pour les anciens, la philosophie comprend trois parties principales : la Logique, la Métaphysique, et la Morale ou plutôt l'Esthétique.
La logique fait partie intégrante de la philosophie, science qui a pour objet l'élaboration des concepts, puisque, s'emparant des concepts fournis par l'expérience, elle s'applique à en former des idées claires et distinctes.
l. Kurze Darslellunff eines Plans zur philosophiachen Vorlesungen (Herbarl's kicincre Wcrkc, I, p. 23).
Pour Herbart, comme pour Leibniz, une idée est claire quand elle ne risque pas d'être confondue avec les autres concepts; elle est distincte quand les éléments qui la constituent sont suffisamment séparés et distingués les uns des autres. La logique assemble ensuite les idées claires et distinctes en jugements et les jugements en raisonnements : elle arrive ainsi à son but, qui est la coordination et la hiérarchisation des idées. Elle est la partie préparatoire et comme le vestibule de la philosophie. Herbart, qui en indique les principales règles dans son Manuel pour servir d'introduction à la philosophie (Lehrbuch zur Einleitung in die Philosophie), ne lui a pas consacré d'ouvrages spéciaux et renvoie lui-même aux logiciens contemporains, Hoffbauer, Krug et Pries, partageant sans doute cette opinion de Kant que depuis Aristote la logique est une science définitivement constituée, et à laquelle on ne saurait rien changer ni rien ajouter d'essentiel *.
Parmi les concepts auxquels conduit nécessairement l'étude de la nature, il en est qui, à mesure qu'ils sont rendus plus clairs et plus distincts, deviennent moins propres à former avec les autres un système. Ces concepts cependant, c'est en vain qu'on s'efforce de les écarter : ils s'imposent à la pensée comme à la science parce qu'ils sont un résultat nécessaire de ce qui est donné dans l'expérience. Ils exigent dès lors un nouveau travail d'élaboration qui consistera à les rectifier et à les compléter pour faire disparaître les difficultés qu'ils présentent et les contradictions qu'ils impliquent. Ce nouveau mode d'élaboration, ce travail d'achèvement des concepts (Ergânzung der Begriffe) est l'objet de la méta-
d. Lehrbuch zur Einleitung in die Philosophie,
physique dont la première affaire sera de découvrir ces concepts et de distinguer ceux qui sont vraiment impliqués dans l'expérience de ceux qui ne sont qu'une œuvre arbitraire de l'imagination *.
Outre ces concepts, objet de la métaphysique, il en est d'autres qui, sans exiger un pareil travail de transformation et d'achèvement, demeurent cependant insuffisamment déterminés par la logique, et offrent ceci de particulier qu'ils entraînent avec eux un jugement d'approbation (Beifall) ou de blâme (Missfallen). Ces nouveaux concepts constituent l'objet de l'esthétique. L'esthétique est une science de l'idéal, et ne se rattache à l'expérience qu'en tant que celle-ci lui fournit des concepts qui peuvent être pour nous un objet de blâme ou d'approbation. Elle comprend à la fois la science du bien et la science du beau. Mais le groupement de ces deux sciences sous un titre commun n'implique nullement dans la pensée de Herbart l'identification du beau avec le bien, ou la subordination de l'un à l'autre; il sert seulement à mettre en lumière le caractère distinctif des jugements dont l'un et l'autre sont l'objet : il y a dans le bien comme dans le beau quelque chose que nous approuvons, quelque chose qui nous plaît, qui nous est agréable (angenehm), mais à divers litres. Chaque jugement primitif est en lui-même absolu et par conséquent indépendant de tous les autres. L'esthétique générale comprend donc autant de parties qu'il y a de ces jugements primitifs. Elle donne naissance à autant de sciences pratiques ou sciences techniques (Kunstlehren) qui fournissent dos règles sur la manière particulière dont leur objet doit être constitué pour obtenir l'approbation*. La plupart de ces sciences techniques pré-