‹ La métaphysique de Herbart et la critique de KantChapitre 125 sur 172 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Herbart se présente tout d'abord à nous comme un adversaire bien plutôt que comme un partisan de la réforme Kantienne. Il rejette en effet les conclusions de la Critique puisqu'il essaie de rétablir ce que Kant croyait avoir définitivement ruiné; il cherche à constituer une métaphysique sur des bases purement spéculatives, alors que Kant pensait avoir établi l'inanité d'une telle entreprise. Toutefois il ne laisse pas de tenir compte de la Critique Kantienne, puisqu'il juge nécessaire d'assurer sa propre doctrine par un examen attentif et une discussion approfondie de l'œuvre de son prédécesseur. Cherchant à déterminer la véritable signification de la Critique, il trouve que Kant s'est proposé pour but principal d'établir sur un fondement inébranlable les vérités morales et religieuses. Contrairement aux affirmations de certains penseurs pour lesquels la Critique de la Raison pratique est une concession aux préjugés populaires, superposée après coup à la Critique de la Raison pure, il juge que la seconde est surtout destinée ù préparer la première, à

mettre préventivement à l'abri de toutes les atteintes du doute la liberté, l'immortalité de Tàme et l'existence de Dieu. C'est de cette intention, dit Herbart, qu'il faut savoir gré à Kant, et reconnaître que dans l'exécution de ce difficile projet, il a déployé une patience, montré une profondeur de pensée et une longueur de vue, dont nul autre sans doute n'eût été capable \ Cette remarque de Herbart se trouve confirmée par le caractère même de Kant, par l'influence vivace de l'éducation piéliste qu'il reçut de sa mère et de ses premiers maîtres, aussi bien que par ses déclarations formelles. Nous pouvons lire en effet dans la Dialectique Transcendantale de la Critique de la Raison pure cette phrase caractéristique : « Occupons-nous maintenant d'une tâche qui n'est pas sans utilité : aplanir et consolider le sol où doit s'élever le magnifique édifice de la morale ' » ; et dans la préface de la seconde édition du môme ouvrage ce passage plus concluant encore : « je devais donc abolir la science pour faire place à la foi ». Toutefois, il est possible que Herbart à son insu ait été conduit à cette manière d'envisager le but de la réforme Kantienne par le secret désir d'affaiblir l'autorité de la Critique en lui assignant un intérêt d'ordre pratique. On lui enlèvera en effet sa principale raison d'être si on arrive à concilier les besoins religieux et moraux avec le besoin métapliysique, dont Kant lui-même constate toute la puissance, si vivace qu'il survit à ses éternels insuccès et à la démonstration môme de l'inutilité de ses efforts. Herbart n'ignore pas d'ailleurs que Kant a eu en vue de combattre le scepticisme scientifique aussi bien que le scepticisme moral; mais il croit que sa propre doctrine lui permet d'établir

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