‹ La métaphysique de Herbart et la critique de KantChapitre 147 sur 172 · Ps^jch. ah Wiss., S 124, S. \V., l. VI, p · texte numérisé non relu

Ps^jch. ah Wiss., S 124, S. \V., l. VI, p

catégories générales : la catégorie de la propriété (Eigenschaft) qui comprend à la fois la quantité et la qualité; et la catégorie de la relation (Verhaltniss), à laquelle se rattache en particulier celle de l'action et de la passion (Das Thun und Leiden) '.

Il est inutile d'insister sur les différences de détails que présentent les deux tableaux et qui s'expliquent suffisamment par la différence des points de vue auxquels se sont placés leurs auteurs. Ce sont ces points de vue mêmes qu'il importe surtout d'opposer et de comparer. Mais avant d'entreprendre un examen comparatif et critique des deux doctrines, envisagées dans leur ensemble, il sera bon de considérer avec quelque attention la conception particulière que nos deux philosophes se font des plus importantes d'entre les catégories, la catégorie de la substance et celle de la cause.

La Substance.

Pour Herbart la substance n'est point à proprement parler une catégorie : c'est un concept métaphysique et la catégorie correspondante est celle de la chose, d'où la notion de substance a été ultérieurement tirée par la réllexion philosophique. La chose c'est essentiellement un groupe de représentations étroitement unies entre elles par le mécanisme psychique de manière à constituer un tout. Mais l'expérience conduit progressivement à considérer comme accidentelles quelques-unes de ces représentations, par exemple la couleur, la chaleur, etc»

1. l'ui/cliiilot/ir (ils \Vitnrnsc/i(i/t, ;', 124, S. W., l. VI. p. 113 ol siiiv.

Dans les jugements résultant de l'expérience, ces représentations accidentelles passent à l'état de prédicats, pendant que le groupe des représentations qui présentent plus de fixité joue le rôle de sujet. Par suite d'expériences nouvelles, toutes les représentations du groupe sans exception sont successivement prises comme prédicats, et le sujet auquel ces divers attributs sont rapportés devient alors un « je ne sais quoi » auquel on donne proprement le nom de substance. La substance, c'est donc ce qui est toujours sujet, sans être jamais attribut. Ce sujet inconnu est conçu comme demeurant le même à travers les modifications qui se produisent dans les caractères de la chose; et la substance devient ainsi le permanent (das Beharrliche).

Il est facile de voir que cette genèse assignée par Herbart au concept de substance est parfaitement confirmée par l'histoire de la philosophie. La notion de la substance conçue comme quelque chose d'inconnu, comme le substratum des phénomènes, n'apparaît qu'à une époque relativement récente. On ne trouve rien de tel chez les premiers philosophes grecs : l'eau, l'air, le feu ne sont point des substances; ce sont des choses, des choses sujettes au changement. L'atome de Démocrite marque un acheminement vers le concept de substance; ce n'est déjà plus une chose complète : il lui manque certaines qualités, comme la couleur, mais il lui reste l'étendue, la forme, l'impénétrabilité; il n'est pas encore la substance au sens métaphysique du mot. C'est plus tard seulement que la substance, ce sujet inconnu, ce « je ne sais quoi » auquel les diverses qualités sensibles sont rapportées, est conçue dans toute sa pureté.

La substance ainsi comprise n'est d'ailleurs qu'une vaine abstraction. Mais à cette abstraction correspond

cependant quelque chose dons la réalité; et la métaphysique s'appliquant à ce qui est donné, c'est-à-dire à la chose avec ses caractères multiples et changeants, parvient à déterminer l'exacte signification qu'il convient d'attribuer à ce concept. La substance véritable, c'est l'être simple qui constitue en quelque sorte le centre d'un groupe d'autres êtres simples tantôt en connexion avec lui et tantôt séparés, et qui persiste à travers les modifications qui se produisent dans l'arrangement du groupe.

Herbart accuse Kant d'avoir accumulé les erreurs dans sa théorie de la substance. En fait les deux doctrines sont profondément différentes. Le concept de substance est a priori pour Kant ; pour Herbart il est un produit de l'expérience. Pour le premier il n'a qu'une valeur purement phénoménale; pour le second il correspond au contraire à quelque chose dans la réalité. Et cependant l'influence de la Critique est manifeste dans la doctrine de Herbart. Remarquons en effet que chez lui comme chez Kant la substance est conçue en deux sens différents : la substance, telle qu'il en détermine l'origine psychologique, correspond exactement à la catégorie pure; et sa substance métaphysique n'est pas sans analogie avec la catégorie telle qu'elle se présente après avoir été soumise à la schématisation. Pour Herbart comme pour Kant, la substance considérée au second point de vue n'est en définitive qu'un pur concept : les êtres simples ne sont point en eux-mêmes des substances. Pour l'un comme pour l'autre elle ne .sert qu'à expliquer, quoique à des points de vue différents, l'unité constante de ces groupes de représentations que nous appelons des choses.

La Cause.

La théorie de la Cause, comme celle de la substance, comporte chez Ilerbart une partie psychologique et une partie métaphysique. Pas plus que la substance, la cause n'egt à proprement parler une catégorie : la catégorie correspondante est celle de l'activité (das Wirken, das Thun); et c'est dans l'activité interne qu'il faut en chercher l'origine. « Celui qui veut concevoir l'activité, dit Herbart, se place dans l'état oh nous nous trouvons lorsque se déroule en nous une série de représentations dont la reproduction est déterminée principalement par l'efTorl (das Strebcn) du premier terme tendant à remonter dans la conscience *. » Il y a donc bien, si l'on veut, dans le concept d'action, l'idée de succession impliquée dans la série qui se déroule; mais il y entre en outre et surtout l'idée d'effort, impliquée dans la tendance (Streben) du premier terme de la série à remonter dans la conscience et à entraîner après lui les autres termes de la série. Ainsi, dit Herbart, lorsque nous concevons une source comme le symbole de l'activité, nous nous représentons en elle « quelque chose qui fait effort pour soulever l'eau, et la contraindre à s'épancher » (als ob auch in ihr etwas vâre, welches sich anstrengte das Wasser zu heben und zu fôrdern). « C'est pour cela qu'elle s'anime à nos yeux » (darum belebt sie sich fiir uns).

Ainsi c'est en nous-mêmes que nous puisons l'idée

1. Wer sich ein Thun denken will, der verlegl sich in einem Zusland, als ob in ihm eine Reihe dergestalt abliofe, dass sie vor/ugswcise durci» das reproducidenre Streben des Anfangsgliedes hervorgehoben wiirde. {Psych. als Wiss., $ 102, S. W., t. V, p. 501.)

d'activité, non pas dans le sentiment de l'effort musculaire comme le prétend Maine de Biran, que Herbart d'ailleurs ne semble pas avoir connu, mais dans le sentiment d'un effort d'ordre purement intellectuel, l'effort d'une représentation qui tend à remonter dans la conscience avec les représentations qui lui sont unies.

Toutefois la considération du mouvement volontaire ne va pas tarder à intervenir. Le concept d'activité en effet n'est pas encore celui de la cause : la cause implique ridée d'une action exercée par une chose sur une autre chose différente d'elle. Or en vertu de l'union de l'àme et du corps ', cet effort d'une représentation qui tend à remonter dans la conscience est le plus souvent accompagné de modifications dans l'arrangement des êtres simples qui constituent l'organisme, et parfois aussi dans l'arrangement de ceux qui constituent tel ou tel corps voisin. Il se produit en définitive un changement dans les choses extérieures telles qu'elles nous apparaissent, et ce changement est le dernier terme d'une série de représentations dont le premier est celte représentation primitive accompagnée d'un sentiment d'effort.

La causalité ainsi conçue est transportée dans les choses à l'occasion du changement et en vertu du principe de contradiction. Une chose, c'est d'abord, comme on l'a vu, un groupe de caractères (eine Complexion von Merkmalen). Dire qu'un changement se produit dans une telle chose, c'est dire qu'un des caractères du groupe disparait et est remplacé par un caractère nouveau. La chose est alors identique et non identique à ce qu'elle était d'abord, ce qui implique contradiction. Tour lever la contradiction, on admet que le caractère nouveau est

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