‹ La métaphysique de Herbart et la critique de KantChapitre 148 sur 172 · Voir 1" parUc · texte numérisé non relu

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quelque chose d étranger (elwas Fremdes), quelque chose qui a été introduit du dehors (ein von aussen Eingedrungenes). Mais d'autre part ce quelque chose ne saurait être considéré comme possédant une existence distincte, comme existant en soi, car on s'est déjà habitué à voir dans les divers caractères qui constituent ce groupe qu'on appelle chose, de simples qualités. Dès lors si l'apparition de ce caractère nouveau coïncide toujours avec la présence d'un autre objet, c'est à cet objet qu'on le rapportera. Celui-ci se trouve ainsi doué d'une propriété qui lui appartient en ce sens qu'elle est conçue comme faisant partie d'une série qui a en lui son origine, mais qui cependant ne peut êtr3 saisie que dans la chose où se produit le changement. C'est ainsi que la propriété nocuitive est attribuée à l'arsenic bien qu'elle ne se manifeste que chez la victime de l'empoisonnement. La cause n'est donc que la chose qui doit être considérée comme le point de départ d'un changement qui se produit dans une autre chose (die Sache die den Ursprung der Verànderung enthalten soll) ' ; et l'universalité du principe de causalité résulte de l'universalité même de la contradiction qu'implique le changement. Mais l'analogie de la causalité ainsi conçue avec notre causalité personnelle est manifeste : la chose considérée comme cause est l'origine d'un changement qui se produit dans une autre chose, comme le Moi est l'origine d'un changement qui a lieu dans le monde extérieur. Nous plaçons donc dans la chose que nous considérons comme cause cet effort qui est à l'origine de ces séries de représentations d'où nous avons tiré l'idée de notre propre causalité : toute cause est alors conçue comme

1. Psychologie als Wissenschaft,$ 142, S. \V., t. VI, p. 280 et suiv.

une activité. Et lorsque le concept commun de la chose fait place au concept métaphysique de la substance, celle-ci, en tant qu'elle est conçue comme déterminant des états nouveaux dans une autre substance (als der Tragervon neuen Merkmalen), devient une force (eine Kraftj. Gomme le concept même de substance, ce concept de force est plein d'obscurité (geheimnissvoll), et comme celui de substance il a donné naissance à des interprétations philosophiques de toute nature *.

Le trilemme du changement a montré l'absurdité de ces diverses conceptions : cause transitive, cause immanente, liberté transccndantale, etc. ; et la métaphysique, revenant au problème tel qu'il est primitivement posé par la nature même, a assigné à la cause sa véritable signification en résolvant par la méthode des rapports les contradictions contenues dans le concept d'une chose douée de caractères multiples et changeants (eine Sache mit mehreren und vcrànderlichen Merkmalen). La cause c'est alors le groupe d'êtres simples dont la connexion avec un autre être simple considéré comme substance explique tel ou tel des caractères de la chose. La causalité, c'est encore à un point de vue plus profond, l'acte par lequel chaque être simple en connexion avec d'autres êtres simples, tend à les détruire autant qu'il est en lui, et se conserve lui-même vis-à-vis de leur action perturbatrice dans l'intégrité de sa nature simple : les représentations ne sont que des cas particuliers de cette causalité.

On voit dès lors que Ilerbart ne saurait s'accorder avec Kant en ce qui concerne la notion de cause. Aussi voitil dans la théorie de la causalité la tache la plus sombre

1, t'sijcfiolo'ji" als \Vissenscl,iifl,$M-2, S. W., t. VI, p. '282.

sur le revers de la philosophie critique (aufder Kehrseite der sogenannten kritischen Philosophie dt^r allerdunkelste Flecken) * ; et il reproche surtout à son prédécesseur d'avoir réduit la causalité à la succession régulière des phénomènes (die regelmâssige Zeitfolge). Il voit là, et non pas sans raison, le résultat de l'influence de David Hume, dont il se plaît à reconnaître les qualités d'écrivain, mais auquel il n'attribue qu'une médiocre valeur philosophique *, à la difl"érence de Locke, qui est pour lui un grand penseur injustement oublié.

Il est certain que D. Hume et après lui Kant, comme plus tard Stuart Mill ont méconnu l'origine psychologique de ridée de causalité si bien mise en lumière par Maine de Biran, et mieux encore par Ilerbart. L'histoire nous oflre sur ce point des témoignages dont la clarté n'est pas douteuse. Toutes les causes sont originellement conçues sur le modèle de la causalité humaine. Les puissances de la nature sont divinisées par le génie populaire. Pour les philosophes l'âme est l'unique principe moteur, la véritable àpyvi -rï^i xtvr.o-sto; : c'est elle qui meut tout le reste en se mouvant elle-même. Pour Aristote tout mouvement est une espèce d'appétit. Pour lui, comme pour Platon, comme pour les Stoïciens, les astres sont des Dieux parce qu'ils se meuvent spontanément, et quelque chose de cette conception persiste jusqu'à l'aurore de la science moderne, jusqu'à Kepler.

L'idée de la succession régulière des phénomènes se développe à côté et indépendamment de celle de la causalité. Ce qui frappe les anciens, c'est les successions

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