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de ridéal fournit le but, la Science du Réel fournira les moyens d'y atteindre. Lorsque l'Esthétique aura appris à connaître le Bien, la psychologie qui a son fondement dans la métaphysique, permettra d'utiliser les lois du mécanisme psychique pour le réaliser. L'union des résultats sera d'autant plus facile et plus complète que la séparation des principes aura été plus profonde et plus radicale, alors qu'au contraire une identification prématurée a pour effet ordinaire d'amener une rupture définitive, de même que parmi les hommes une intimité excessive et trop hâtivement nouée entraîne d'habitude une excessive inimitié '.
Herbart est ici manifestement beaucoup plus près de Kant que Fichte et Schelling, qu'il combat. Il faut remarquer cependant que c'est chez Kant lui-même que ces derniers ont puisé la première idée du principe de ridentificalion de l'Être et de l'Idéal. La Critique de la Raison Pratique et surtout la Critique du Jugement indiquent un effort incontestable pour réunir ce que la Critique de la Raison Pure avait si expressément séparé, la Liberté et la Nécessité, en faisant de la Liberté elle-même le principe de la Nécessité. Herbart ne s'y est pas trompé : aussi lorsqu'il se proclame disciple de Kant, voit-il dans la Critique de la Raison Pure l'œuvre maîtresse et essentielle du maître, pendant qu'il ne professe au contraire pour la Critique du Jugement, dans laquelle il Irouve, et non sans raison, le germe des erreurs de la philosopiiie postkanlienne, qu'une assez médiocre admiration. « Es ist offenbar dass die Kritik der reinen Vernunft das Hauptwerk, und die Kritik der Urtheilskraft, worin, nach Fichte's Urtheil, Kant besonders hoch sollte
1. Ueber philosophisches Studium (Herbarl's kleinere Werke, I, p. 176).
gestanden haben, eigentlich nur eine Sammlung von Zusâtzen war, welche, falls sie sich jenem nicht genau anschliessen, das Vorurtheil der minderen Reife, oder auch einer kUnstlichen Nachhulfe, wider sich haben *. »
Si la Métaphysique et l'Esthétique peuvent et doivent être traitées séparément, par laquelle de ces deux sciences convient-il de commencer? Dans son Manuel pour servir d'introduction à la philosophie, Herbart fait précéder l'exposé de sa Métaphysique d'un résumé de son Esthétique, et dans son prograryme d'enseignement philosophique (KurzeDarstellungeines Plans zu philosophischen Vorlesungen), nous trouvons la raison de l'ordre adopté par lui : « il est bon, dit-il, que l'étudiant s'applique tout d'abord à la philosophie pratique, d'une part parce qu'elle est plus facile que la métaphysique, d'autre part et surtout parce qu'il serait dangereux que l'intelligence abordât les difficultés et les subtilités spéculatives, avant que le caractère moral se trouvât suffisamment formé*». Mais cette question d'ordre purement pédagogique ne saurait avoir d'intérêt ici : il nous suffit, pour le but que nous nous proposons, d'avoir établi que la Métaphysique de Herbart est complètement distincte de son Esthétique, et peut être par conséquent Tobjet d'une étude indépendante.
Revenant donc à la métaphysique, considérée comme la science qui a pour objet de rendre intelligibles en les complétant les concepts contradictoires et tronqués fournis par l'expérience, il nous faut maintenant remarquer que ces concepts sont d'une extrême généralité, et comme tels dominent toutes les sciences du réel. Rectifiés et complétés par le travail métaphysique, ils doivent pro-
i. Allf/nuciiif Mplapfiysik, $, 30, Anmcrkimg. 2. HcrliaK's kiciiierc Wcrke, 1, p. 25.
jeter sur ces sciences une lumière nouvelle; ils doivent servir à en assurer, à en éclaircir les principes et à en coordonner les résultats. Il est impossible d'arriver à une connaissance exacte et complète de la nature et de nous-mêmes tant que ce travail de rectification des concepts n'a pas été achevé. La métaphysique générale comporte donc la possibilité et la nécessité d'une métaphysique appliquée (angewandte Metaphysik), qui comprend elle-même trois parties essentielles, la psychologie, la philosophie de la nature, et la théologie naturelle '. Ce sont justement les trois grandes divisions de la métaphysique reconnues par Kant.
De ces trois sciences, la théologie naturelle repose entièrement sur la métaphysique générale; la philosophie de la nature suppose constituée la physique expérimentale qui se fonde et se développe en dehors d'elle ; mais il existe entre la psychologie et la métaphysique générale une pénétration réciproque et des rapports complexes dont il est nécessaire de dire ici quelques mots. D'une part la métaphysique générale fournit à la psychologie le concept fondamental de l'âme considérée comme un être simple en rapport avec d'autres êtres également simples dont le concursus (das Zusammensein) donne naissance aux représentations (die Vorstellungen) qui constituent la vie psychique tout entière, et que le psychologue, en s'aidant du calcul et des ressources de la mathématique, a le devoir de suivre dans leurs combinaisons diverses, dans leur dégradation progressive, dans leur passage à l'état de simple tendance (Strebung zum Vorstellen), et dans leur restauration sous forme sérielle. D'autre part la métaphysique elle-même a besoin
i. Lehrbuch zur Einleitunq in die Philosophie, g 7.
de la psychologie qui lui donne l'explication de l'origine empirique d'un grand nombre de notions, comme les notions de temps et d'espace, que le métaphysicien trouve sans cesse devant lui, et que l'on considère d'ordinaire comme des idées innées ou des formes a priori, faute de savoir en déterminer la genèse expérimentale. C'est ce qui nous obligera à intercaler, à l'endroit où le besoin s'en fera particulièrement sentir, une rapide esquisse de la psychologie de Herbart dans ses traits les plus essentiels. Cette exposition nécessaire aura d'ailleurs l'avantage de faire connaître la tentative si intéressante et si originale de ce philosophe pour édifier la psychologie sur le triple fondement de l'expérience, du calcul et de la raison métaphysique (Psychologie als Wissenschaft neu gegriindet auf Erfahrung Metaphysik und Malhematik).