‹ La métaphysique de Herbart et la critique de KantChapitre 151 sur 172 · Kaiil, Kiil. (I«M- M. V. — s. VV., III, p · texte numérisé non relu

Kaiil, Kiil. (I«M- M. V. — s. VV., III, p

premiers germes ou rudiments; nous pénétrerons dans les capacités intellectuelles qui leur correspondent, où ils sont préformés en attendant qu'ils se développent à la faveur de l'expérience, et qu'affranchis par l'entendement de toutes conditions empiriques à eux inhérentes, ils soient exposés dans toute leur pureté native *. » Mais alors même que l'on admet la légitimité de ce double point de vue, Va priori psychologique en même temps que Va priori logique, la connaissance que nous avons des catégories pures n'en est pas moins inexplicable : elles ne sauraient être logiquement déduites de la possibilité de la science puisqu'elles n'en sont pas les conditions; elles ne sauraient être non plus dégagées de l'expérience, puisque ce que l'expérience implique c'est la permanence du réel et non pas la substance, la succession régulière des phénomènes et non pas la causalité pure. Comment donc les catégories pures nous sont-elles données? C'est ce qu'il est, à vrai dire, impossible de comprendre.

C'est là déjà une grave difficulté de la doctrine kantienne ; mais ce n'est pas la seule. Qu'est-ce en effet que ces phénomènes (Erscheinungen) qui ne sont l'objet d'aucune perception réelle, mais seulement d'une perception possible? Qu'est-ce que cette conscience pure elle-même au sein de laquelle se déroulent des phénomènes qui ne sont point perçus mais qui pourraient l'èlre? Si seulement on attribuait à la chose en soi un développement spontané et des lois propres susceptibles

1. Wir werden also die reinen Begriffe bis zu ihren ersten Keimcn und Anlagen im menschlichen Verstande verfolgen, in denen sie vorbereitet liegen, bis sie endlich bei Gelegenheit der Erfalirung enlwickelt und durch eben denselben Verstand von den ihnen anhungenden empirischen Bedingungen befreit, in ihrer Laulerkeit dargestelll werden {Ibid.y III, p. 91).

de s'exprimer en quelque manière dans les phénomènes, on comprendrait que ces lois s'exerçassent, que ce développement se poursuivît antérieurement à l'apparition de l'homme, en l'absence de tout sujet qui pût en prendre conscience, et fût alors l'objet d'une perception simplement possible. Mais telle n'est pas, et telle ne peut être la pensée de Kant pour qui les phénomènes ne traduisent en aucune manière la nature de la chose en soi qui ne fournit à la connaissance qu'une matière absolument indéterminée. La doctrine demeure dès lors tout à fait inintelligible, au même titre que celle de Stuart Mill sur ces possibilités de sensations qui se succèdent suivant des lois générales en l'absence de toute sensation réelle, c'est-à-dire de toute conscience. Ce sont là non plus des abstractions comme les Idées platoniciennes ou les entités de la Scolaslique, mais des possibilités réalisées. Ce sont vaines subtilités, « imaginations pures », et c'est le cas de répéter avec Aristote : « xoù-z'ïtzi xsvo).oy£w xal ^xt-zy.'fo-

Ajoutons enfin, sans insister d'ailleurs plus qu'il ne convient sur cette nouvelle objection, que la théorie de la liberté transcendantale viendra mettre en péril cette unité du monde des phénomènes si chèrement achetée. Il est vrai que la Critique du Jugement semblera voir dans la nature non plus une élaboration de l'entendement humain, mais une création de Dieu qui la fait servir à la réalisation des fins morales. Mais alors que devient l'œuvre si laborieuse, si véritablement géniale, mais en même temps si parfaitement stérile de la Critique de la Raison pure?

Et pourquoi accumuler ainsi les difficultés, les invraisemblances et les contradictions? Il n'y a en vérité qu'une manière de comprendre l'œuvre de Kant : c'est de la

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rapprocher de la doctrine de D. Hame dans laquelle elle a son origine et son explication. Le Phénoménisme était en effet réellement impuissant à rendre compte de la possibilité de la science et de l'identité du monde représenté dans les diverses consciences individuelles. Cette poussière de phénomènes, qui de la poussière ordinaire n'avait pas même la permanence, avait besoin d'un principe d'ordre et de liaison; et la loi de l'habitude ne pouvait pas môme fournir une liaison subjective puisqu'elle était inintelligible en l'absence de tout sujet permanent. C'est à cette nécessité que répond la doctrine des catégories. L'unité d'un monde de phénomènes n'est en effet possible qu'à la condition que tous les phénomènes, non seulement ceux qui sont réellement perçus, mais encore ceux qui sans être perçus sont conçus comme le complément et la raison des premiers, soient susceptibles d'être représentés dans une même conscience, que Kant appelle la conscience pure, mais qui n'est en réalité qu'une conscience purement possible. La légitimité de la science est ainsi garantie. Mais du moment où l'on admet l'existence réelle de la chose en soi, combien n'estil pas plus simple et plus commode de voir en elle, comme le fait Herbart, le principe même de l'ordre qui se manifeste dans les phénomènes ! Il est encore vrai de dire dans une telle hypothèse que le monde n'existe en tant que tel que dans les consciences qui se le représentent; mais l'existence à l'état virtuel des phénomènes qui ne sont représentés dans aucune conscience et qui sont cependant nécessaires pour comprendre ceux qui sont réellement perçus, devient alors parfaitement intelligible; la conscience pure, conçue comme une simple possibilité, devient une hypothèse vraisemblable. Kant objecterait sans doute que si l'ordre et les lois des pijéno-

mènes sont rapportés à la chose en soi, on ne conçoit plus la possibilité de ces affirmations «jo;7oy7' qu'implique la science. Mais nous avons déjà montré que la science n'a point besoin d'un a priori absolu, qu'un a priori relatif lui suffit. L'astronomie peut être aujourd'hui considérée comme a priori parce qu'elle repose tout entière sur la loi de l'attraction universelle; mais cette loi elle-même a son origine dans l'expérience. De même la permanence de la substance, la succession réglée des phénomènes suivant la loi de la cause et de l'effet, la réciprocité d'action et de réaction de toutes les substances qui sont dans le monde, et d'une manière générale le principe de l'universelle intelligibilité, sont des postulats que l'expérience même a suggérés à la science, et que celle-ci est en droit d'admettre jusqu'à preuve du contraire, au même titre que le postulat d'Euclide. La possibilité de la science est compatible avec l'Empirisme tout aussi bien qu'avec la doctrine adverse. La science existe en fait; et quand bien même les catégories et les principes directeurs de la connaissance auraient leur origine dans l'expérience, elle n'en conserverait pas moins sa valeur, jusqu'au jour où l'expérience elle-même cesserait de se conformer aux lois qu'elle a jusqu'ici suivies. Qu'un tel accident ne puisse jamais arriver, c'est ce qu'aucune doctrine, et la doctrine dualiste du sujet et de la chose en soi moins que toute autre, ne saurait garantir.

Quelque différentes que soient en fait les doctrines de Kant et de Herbart, on voit cependant comment la conciliation serait jusqu'à un certain point possible. En tant que la nature et dans la nature les consciences individuelles peuvent être considérées comme l'œuvre de l'en- Icndemcnt pur, on conçoit la possibilité d'ajipliquer à la fornialion de la conscience empirique la psychologie de

Herbart; et d'autre part, en tant que la chose en soi a une existence réelle, on conçoit que ses lois propres puissent être en définitive la raison des lois mêmes de l'enteridement, la conscience pure n'étant qu'une hypothèse provisoire. II y a à coup sûr transformation de la Critique ; mais cette transformation est naturelle et légitime tout aussi bien que celle que lui fait subir l'Idéalisme absolu de Fie h te.

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