Ibid., S XXV; S. W., III, p
cela lient uniquement au sens transcendanlal dans lequel l'auteur de la Critique prend le mot sujet. Si au contraire on entend uniquement par sujet, comme le fait Herbart, le sujet psychologique, on peut dire que ce sujet est identique à l'objet dans la représentation du Moi pur, et que par conséquent ce Moi est l'identité du sujet et de l'objet. La doctrine de Kant présente même dès lors une singulière analogie avec celle de Herbart. En effet, pour l'un comme pour l'autre la représentation du Moi est une pensée vide et sans objet réel; pour l'un comme pour l'autre l'unité et l'identité du Moi sont purement formelles. Mais celte analogie ne doit point nous faire oublier les différences. Pour Kant le Moi pur est réellement le même pour tous les hommes; son universalité est transcendanlale; il est universel, pourrait-on dire, à la manière des Idées platoniciennes. Pour Herbart au contraire le Moi sujet-objel n'a qu'une universalité purement logique, il est universel à la manière des concepts. Pour Kant le Moi pur préexiste au Moi empirique, car il est le principe de la liaison des représentations à laquelle celui-ci doit sa naissance. Pour Herbart au contraire le Moi individuel préexiste au Moi sujet-objet, car celui-ci est obtenu par abstraction, grâce à l'éliminalion de toutes les déterminations particulières du Moi individuel. Pour le premier le Moi pur objet de l'apperception primitive, ce principe le plus élevé de toute la connaissance humaine (der oberste Grundsatz im ganzen menschlichen Erkenntniss) ' a une importance que ne saurait avoir chez le second le Moi sujet-objet, dont les contradictions ont été cependant le point de départ de toutes ses investigations. Chez Herbart ce qui sert à expliquer la liaison universelle et l'unité syn-
1. KanI, Kril. der Uvinvii Vrrniinfl, ;'. XVl; S. W., III, p. HT.
Ihétique des représentations, ce n'est plus le Moi, qui en est au contraire le résultat ultérieur, mais Tàme ellemême par l'unité de sa nature simple, qui de toutes les représentations ne ferait qu'une seule et même représentation, si le mécanisme psychique, grâce au phénomène de l'arrêt, n'introduisait la multiplicité nécessaire à l'œuvre de la connaissance.
Cette simplicité de l'âme constitue, d'après l'auteur de la Métaphysique, un principe d'unité bien supérieur au Moi de Kant; car le « je pense » qui doit pouvoir accompagner toutes nos représentations explique bien l'unité de la connaissance et du monde phénoménal, mais non pas l'unité même de l'esprit qui demeure inintelligible. Les diverses facultés du sujet forment un faisceau sans aucun lien d'éléments hétérogènes et ennemis : la sensibilité s'oppose à l'entendement, l'entendement à la raison, la raison spéculative à la raison pratique sans qu'il soit possible de comprendre comment ces diverses facultés peuvent agir de concert et concourir à l'œuvre de la connaissance '. Jamais critique ne fut plus juste; et, comme le remarque Herbart, les successeurs de Kant durent consacrer tous leurs efforts à réunir ce qu'il avait si arbitrairement et si inconsidérément séparé. C'est ainsi que Fichte chercha à déduire du Moi lui-même, considéré comme une activité essentielle, et non plus comme un principe formel d'unité, non seulement les catégories, mais encore l'espace, le temps et les diverses facultés. Chez Kant lui-même il n'y a manifestement qu'une manière de comprendre le jeu combiné et harmonieux de ces facultés, c'est d'en chercher la commune origine dans l'inconnaissable, dans le sujet transcendantal.