‹ La métaphysique de Herbart et la critique de KantChapitre 168 sur 172 · IbiiL, S · texte numérisé non relu

IbiiL, S

mière édition même de la Critique, l'auteur émet cette hypothèse, considérée par lui comme très vraisemblable, que le substractum de ce phénomène que nous appelons corps « est simple en soi, quoique par la manière dont il affecte nos sens, il produise en nous l'intuition de l'étendu et par conséquent du composé » — « et que des pensées capables d'être représentées avec conscience par leur propre sens interne résident dans la substance à laquelle se rapporte l'étendue par rapport à notre propre sens externe. De cette manière ce qui est corporel sous un rapport serait en même temps sous un autre rapport un être pensant dont nous ne pouvons à la vérité percevoir les pensées dans le phénomène, mais bien cependant leurs signes *. » La Critique du Jugement vient confirmer en la précisant celte hypothèse de la Critique de la Raison pure, et ce substratum intelligible, conçu d'abord comme un être pensant, est en définitive déterminé comme un sujet libre. Toutefois le passage cité, aussi bien que l'interprétation qu'en fournit le jugement téléologique n'impliquent que la seule réalité d'un substratum intelligible de la forme humaine; en ce qui concerne la matière brute, les plantes et même les animaux, Kant demeure muet, et l'on est en droit de se demander si ce ne sont pas là pour lui de purs phénomènes auxquels ne correspond aucune réalité.

Quoi qu'il en soit, le postulat de la chose en soi donne à la philosophie de Kant un caractère semi-réaliste. Quant à la teinte idéaliste de la doctrine de Herbart, elle est manifef-te partout, dans sa Psychologie comme dans sa Mélaphysique, témoignant ainsi de l'influence profonde que Kant et Fichte ont exercée sur son esprit. Tout

r Kanl, Critique (k la liaison pure, Paralogisme de la raison pure, 1" èdil.

d'abord il avoue le caractère subjectif de notre connaissance. « C'est nous, dit-il, que nous voyons et que nous pensons partout et toujours, parce que nous voyons avec nos yeux et pensons avec notre esprit » (uns selbst schauen wir und denken wir in Ailes hinein darum weil wir mit unseren Augen sehen und mit unserem Geiste denken '). Il se plaît à remarquer que moyennant certaines hypothèses, sa théorie sur la genèse de la forme d'espace pourrait trouver son application dans une doctrine idéaliste; et d'une manière plus générale, si l'on néglige la conception des êtres simples qui sont à l'origine de la représentation, comme la chose en soi de Kant à l'origine de la sensation, tout le mécanisme psychique est parfaitement conciliable avec l'idéalisme. Quant à la métaphysique générale, « elle ne devient réaliste, déclare Herbart, que par la réfutation de l'idéalisme » (die allgemeine Metaphysik wird realislisch erst durch die Widerlegung des Idealismus *). Et en effet « le penseur demeure toujours enfermé dans le cercle de ses représentations : il marche de représentation en représentation » (der Denker stets in seinem Vorstellungskreise eingeschlossen bleibt; ervon Vorstellungen zu Vorstellungen schreitet ^). Gomme la philosophie tout entière, science de l'élaboration des concepts (Bearbeitung der Dégriffé), la métaphysique générale qui en est une partie n'a proprement affaire qu'à des concepts. Or aucun concept n'implique en lui-même l'existence de son objet; l'existence ne consiste que dans l'absolue position. La pensée peut être déterminée à poser l'être; mais il n'existe cependaut pour elle qu'autant qu'elle le pose, et Herbart va jusqu'à

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