‹ La métaphysique de Herbart et la critique de KantChapitre 34 sur 172 · Allfjcmeine Mrtap/ujsik, S 20S · texte numérisé non relu

Allfjcmeine Mrtap/ujsik, S 20S

séquent immuable, toujours identique à elle-même. Il reste à se demander comment cette détermination a /?mn du concept de l'être sera compatible avec les conditions de l'expérience et avec le donné qui doit en comporter l'application, car la Métaphysique ne doit jamais perdre de vue l'expérience qui est à la fois sa base et sa raison d'être. N'y a-t-il pas contradiction manifeste entre le concept de l'absolue position et les relations multiples dans lesquelles les choses nous apparaissent? La conciliation nécessaire de la logique et de l'expérience sera facilitée par la considération de ces points de vue accidentels (die zufâlligen Ansichten) dont il a déjà été fait fréquemment mention et qu'il convient maintenant d'étudier de plus près.

Les points de vue accidentels.

Conformément au principe de l'absolue position chaque être existe en soi (an sich); et en tant qu'il est en soi, sans relation par conséquent avec aucun autre être, sa qualité est absolument simple. Mais l'être peut être conçu par une intelligence : dans l'intelligence qui le conçoit il n'existe plus en soi, mais en tant qu'image (als Bild); et l'intelligence peut en même temps se représenter d'autres êtres qui en tant qu'images apparaissent ainsi en relations diverses avec le premier. Or la pensée a besoin pour se représenter l'être dans ses relations avec d'autres êtres d'une multiplicité de déterminations ' : ces déterminations multiples n'empêchent pas l'être d'être en soi absolument simple, car elles n'existent que dans

l. Hauplpimcte der Melaphysik, § 2.

la pensée et ne se rapportent qu'à la représentation, à l'image : elles constituent un point de vue accidentel de l'être (eine zufâllige Ansicht). Un son est en lui-même ce qu'il est et peut être considéré comme quelque chose de simple ; comparez-le à d'autres sons : sans cesser d'être ce qu'il est, il deviendra accidentellement une septième ou une octave . Le bleu est en lui-même ce qu'il est, quelque chose de simple; rapprochez-le par la pensée du vert : il sera semblable au vert à certains égards, différent du vert à d'autres égards, ce qui obligera à distinguer dans le bleu deux éléments (a et ^), l'un par lequel il ressemble au vert, l'autre par lequel il en diffère. Il peut ainsi se produire dans la pensée entre les sons et de même entre les couleurs des rapports esthétiques, qui sont quelque chose d'accidentel et par lesquels la nature intime du son ou de la couleur ne se trouve en rien modifiée. Ce ne sont là d'ailleurs que des exemples destinés à faire comprendre la possibilité et la nécessité des points de vue accidentels; mais il ne faudrait pas croire que le son et la couleur soient des qualités de l'être : ces qualités demeurent inconnaissables en ellesmêmes. En mécanique, le parallélogramme des forces nous fournit l'exemple d'une force unique qui peut et même qui doit dans certains cas être remplacée par deux forces différentes. En géométrie analytique un même point peut appartenir à une infinité de courbes et par conséquent ses coordonnées peuvent entrer dans une infinité de systèmes constituant pour elles autant de relations différentes, c'est-à-dire de points de vue accidentels. En algèbre enfin une quantité A peut être remplacée par {a -+ b) et une puissance 77i de A peut être ainsi développée suivant une formule très complexe :

A'" = (a -f- 6)-» = a™ -f »/ja'"-' b + 'iîiijil] am-î^j j.

Il n'est pas jusqu'à l'unité qui ne puisse se prêter à un développement de ce genre.

II suffit de poser 1 = l/^ + 1 — l/^l, et l'on a alors

D'une manière générale, si l'on prend une qualité simple A, on peut toujours poser sous un point de vue accidentel A = a + ^ dans laquelle équation le signe -h représentera un rapport généralement quelconque. Il peut alors se présenter quatre cas : 1° A est donné en même temps que a -+- ^ est connu : c'est ce qui a lieu dans le parallélogramme des forces. — 2° A est connu et nous savons qu'il doit y avoir de A un point de vue accidentel sans pouvoir encore déterminer a et 3 : c'est le cas qui se présente lorsqu'on voit un mouvement se produire sans connaître les forces diverses auxquelles il faut l'attribuer. — 3** A est inconnu pendant que a et 3 sont donnés; mais ce cas peut être négligé, car la connaissance de a et de p et du rapport qu'ils ont entre eux implique nécessairement la connaissance de A. — 4" Nous ne connaissons ni A, ni a et ^ non plus que leur rapport : nous savons seulement que pour penser A, d'ailleurs inconnu en lui-même, dans ses rapports avec d'autres concepts, il est nécessaire de se le représenter, quoique simple en lui-même, comme multiple sous un point de vue accidentel : c'est justement le cas qui se présente en métaphysique.

Nous aurons fréquemment par la suite à faire l'application du principe des points de vue accidentels, ce qui éclaircira ce que la théorie peut avoir d'obscur. Mais on voit déjà par ce qui précède comment l'être peut entrer en relation dans la pensée sans cesser d'être en soi, et être envisagé accidentellement comme multiple sans

cesser d'être simple. Toute latitude est d'ailleurs laissée en ce qui concerne le choix du point de vue accidentel : il suffit que la multiplicité par laquelle on exprime l'être simple soit toujours susceptible d'être ramenée à l'unité, puisque le caractère de simplicité est tout ce que nous connaissons de la qualité de l'être. C'est ainsi que lorsque en algèbre on remplace 1 par une expression complexe il faut, mais il suffit que cette expression complexe soit susceptible de reconstituer l'unité.

Cette théorie des points de vue accidentels constitue manifestement, antérieurement à la psychologie, une tentative intéressante pour introduire au sein de la métaphysique les procédés usités dans les mathématiques. Herbart lui attache une extrême importance. « Cette « considération des points de vue accidentels, dit-il, est « le point par où la métaphysique sort du cercle des pro- « cédés ordinaires de la logique. Elle constitue un rap- « port entre les concepts qui ne peut être représenté par « les formes catégoriques, hypothétiques ou disjonclives. « Ce n'est point une donnée de l'intuition, mais ce n'est « point non plus une invention de l'extravagance (Schwâr- « merci); c'est un procédé d'une clarté toute scientifique « (wissenschaftlich klar), appuyé sur des preuves suf- « fisantcs et dont la spéculation ne saurait se passer *. » En fait c'est, comme on le verra plus loin, un effort original pour arriver à découvrir une explication des rapports multiples des êtres simples, sans avoir recours à l'hypothèse ruineuse de l'harmonie préétablie. Gomme d'ailleurs les points de vue accidentels (modi quidam cogita ndi, traduit Herbart dans les Théorise de attractione elementorum princlpia metaphysira) n'existent que dans

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