‹ La métaphysique de Herbart et la critique de KantChapitre 43 sur 172 · Lehrbuch zur Einleitiing in die Philosophie · texte numérisé non relu

Lehrbuch zur Einleitiing in die Philosophie

Cette forme de la causalité suppose d'une part un principe actif, la cause (das Thatige), et d'autre part un principe passif (das Leidende) sur lequel agit le principe actif : il faut dès lors que le principe actif sorte en quelque manière de lui-même (geht aus sich heraus), et que le principe passif reçoive en lui-même quelque chose qui lui est naturellement étranger (nimmt etwas Fremdartiges in sich auf), ce qui implique une double contradiction. C'est ce que l'on peut encore établir autrement. Soient deux êtres A et B que nous supposerons indépendants l'un de l'autre. Admettons maintenant en A l'existence d'une force qui exerce une action sur B. Cette force ne peut être conçue sans son rapport à B : or elle est essentielle à A de telle sorte que A lui-même ne peut être conçu sans B, ce qui est contraire à l'hypothèse primitive de deux êtres indépendants l'un de l'autre. Dirat-on que ce qu'il faut attribuer à A ce n'est pas une force en acte, mais une simple puissance (mera facultas), la simple possibilité (mera possibilitas) d'agir sur B, lorsque par exemple celui-ci viendra au contact de A? Mais alors, à cette question : qu'est-ce que A? il faudra répondre A est tel qu'il puisse agir sur B. L'être de A se trouve donc défini par une simple possibilité, c'est-à-dire par ce qui n'est pas; l'être se trouve défini par le non-être (to esse definitur pcr non esse). On arriverait à une conclusion analogue en partant non plus du principe actif A mais du principe passif B, de telle sorte que l'hypothèse de la cause transitive implique une double contradiction '.

2° Si l'on admet une détermination spontanée (Selbstbcfetimmung), un principe interne de changement, on se trouve immédiatement en présence d'une contradiction

l. Th. de attract. Elcm., S H. — Cf. Enleit., S 127, où l.i dcmonslration se trouve beaucoup plus développée.

puisqu'ici le même être doit être à la fois déterminant et déterminé : dans l'acte de la détermination, il doit en quelque sorte se diviser lui-même et devenir simultanément actif et passif. En outre l'acte de la détermination doit lui-même avoir sa cause : il faut que l'être soit déterminé à se déterminer et ain^i de suite à l'infmi *.

3" Reste le troisième terme du trilemme, la théorie de l'absolu devenir qui, beaucoup plus savante que les deux autres, a par cela même été l'objet de la préférence de la plupart des philosophes, depuis Heraclite. Elle ne présente pas des contradictions aussi apparentes que celles sous lesquelles succombent les deux premiers termes du trilemme; mais cependant elle ne saurait se soutenir. En effet l'absolu devenir doit d'abord exclure le hasard; mais dès lors il n'y a qu'une manière de le concevoir, c'est d'admettre que le mouvement qui le constitue se poursuit toujours dans la même direction et avec la même vitesse sans jamais revenir sur lui-même : un pareil retour en effet, comme le mouvement elliptique des planètes, supposerait l'action extérieure de principes étrangers, tels que la Concorde et la Discorde d'Heraclite. Or cette conception est absolument opposée à c6 que nous montre l'expérience. En outre l'absolu devenir implique également en lui-même une contradiction. En effet si nous considérons deux moments successifs du Devenir, A et B, il faudra donc dire que A, parce qu'il est A devra devenir B, c'est-à-dire non-A. De plus, ou bien A aura totalement disparu lorsque B apparaîtra, et alors il n'y aura plus entre les deux moments successifs celte liaison impliquée dans le Devenir; ou bien A persistera

1. Lehrbuch zur Einleitiing in die Philosophie, $ 128. Voir infra, W partie, la criUque particulière faite par Herbart du principe interne du changement chez Leibniz, et de la Liberté Transcendantale chez Kant.

encore lorsque B commencera, et alors la même chose sera à la fois A et non-A, ce qui implique contradiction ^

La conclusion de l'examen des trois termes du trilemne, c'est que le changement est impossible; et en effet la qualité essentielle du seul être vraiment réel, de Fôlre simple, est immuable. Mais cependant le changement est un fait d'expérience : l'eau devient glace et la glace devient eau; la semence devient fleur et la fleur devient semence. Ce fait d'expérience on ne peut le rejeter purement et simplement : il faut l'interpréter. Or les choses douées de propriétés multiples que nous présente l'expérience ne se modifient pas simultanément dans tous leurs caractères : certains caractères apparaissent ou disparaissent, mais d'autres persistent. Quand l'eau devient glace par exemple, sa consistance et son volume changent aussi bien que sa température, mais son poids demeure identique. C'est ce que l'on exprime en disant que la Substance subsiste sous la diversité des apparences (bei allem AVechsel der Erscheinung beharre die Substanz). On considère ainsi la substance comme une hôtellerie où les accidents entrent et d'où ils sortent successivement *. Celte conception de la substance est peut-être vraie au fond; mais cependant elle ne peut être admise sous cette forme, car l'être simple ne saurait se prêter à ces entrées et sorties des accidents. Ici encore le travail métaphysique est nécessaire pour rectifier le concept expérimental, et donner à l'expérience son véritable sens. Considérons donc plusieurs moments successifs d'une môme chose en voie de transformation : à chacun de ces moments la chose consiste dans un groupe, dans une

1. Lehrbuck zur Einleilung in die Philosophie, $ 129. 3. AHgemeine Metaphyaik, S 228.

complcxion (Gomplexioneii) de caractères, dont les uns difTèrent pendant que les autres demeurent identiques. Désignons par G', G', G", G'"... ces complexions successives : pour chacune d'entre elles nous poserons une substance, et nous aurons ainsi une série de substances S, S', S", S'".... Ge sont là des substances différentes, puisque chaque substance est posée pour un groupe déterminé de caractères et cependant c'est toujours la même substance. Comme d'ailleurs le temps n'est rien (auch die Zeit fiir Niemanden wer sich besinnt fiir Elwas behalten wird) nous sommes en présence d'une contradiction manifeste; et cette contradiction n'avait point échappé aux anciens plus attachés que les modernes aux données de l'expérience : mise en lumière par Heraclite, c'est à la résoudre que Parménide, Zenon, Platon ont consacré tant d'efforts.

Gomme d'autre part cette contradiction n'a point été formée arbitrairement, mais a son principe dans l'expérience même, c'est le cas d'appliquer de nouveau la méthode des rapports. Désignons donc par N l'une quelconque des substances successives et diverses, par M la substance identique : M doit être identique et non identique à N ; d'où la nécessité de poser à la place de M plusieurs M dont l'ensemble sera identique à N. Gomme il y a d'ailleurs une série de N, à chacun de ces N successifs correspondra une multiplicité de M. Mais M doit être identique pour tous les N successifs : cela veut dire que pendant que parmi les M multiples qui correspondent à chacun des N il en est qui varient avec les N euxmêmes, il en est un au contraire qui demeure toujours le même. En d'autres termes, l'être simple qui constitue à proprement parler la substance persiste dans des connexions diverses tantôt avec certains êtres simples,

tantôt avec d'autres. Tel est le véritable sens du principe de la perdurabilité de la substance \

On pourrait d'ailleurs arriver au même résultat par une autre voie plus courte, en partant des conclusions mêmes de la précédente étude. Considérons deux moments successifs d'une même chose, et pour tenir compte des caractères qui demeurent en même temps que de ceux qui changent, désignons par a, b, c et a, b, d les deux groupes qu'ils constituent. Pour l'aggrégat «, b, c nous savons qu'il faut poser une substance et d'autre part des séries d'êtres A -h A + A... A' + xV + A'...' A"-i- A"-t- A"... etc., en connexion (Gemeinschaft) avec la substance et qui sont respectivement les causes des accidents a, b, c. Supposons que le caractère c disparaisse : cela veut dire que lesêtressimples A"+A"-h A"... ne sont plus en connexion avec la substance. Supposons que le caractère nouveau D apparaisse : cela veut dire que des causes nouvelles A'" + A'" h- A'"... entrent en connexion avec la substance, qui demeure ainsi toujours la même pour les caractères successifs aussi bien que pour les caractères simultanés. Ainsi tout caractère qui' s'évanouit nous oblige à supprimer un groupe de causés; tout caractère qui apparaît nous invite à poser un groupe de causes nouvelles '.

Il résulte de cette discussion que le concept de la subi slance, tel qu'il avait été précédemment déterminé, doit être complété par radjonclion de la perdurabilité qui en était pour Kant, d'accord en cela avec Wolff, le caractère essentiel, ou, pour parler plus exactement, par la concep-. lion de la persistance du même être simple à travers les connexions successives dont il constitue le centre com-l

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