‹ La métaphysique de Herbart et la critique de KantChapitre 45 sur 172 · Voir Synéchologie, liv, I, chap. v · texte numérisé non relu

Voir Synéchologie, liv, I, chap. v

Que se passe-t-il cependant dans cette sorte de pénétration mutuelle qu'est le « zusammen »? Chaque être considéré en lui-même est absolument un, simple, et immuable; rien ne saurait altérer, augmenter ou diminuer la qualité qui constitue son essence ; de telle sorte qu'on ne conçoit pas même qu'il puisse arriver en lui quoi que ce soit qui permette d'expliquer la multiplicité changeante des apparences sensibles. Gomment trouver dans l'identité de l'être le principe du changement qui est la loi du monde des phénomènes? Difficulté contre laquelle viennent se heurter d'ailleurs tous les systèmes métaphysiques. La réponse, c'est la théorie des points de vue accidentels (die zufàlligen Ansichten) qui va permettre de la trouver. En effet, la qualité essentielle de l'être, simple en elle-même, peut cependant toujours être représentée, sous un point de vue accidentel, par une expression complexe, à la condition que la multiplicité du point de vue accidentel soit susceptible d'être ramenée à l'unité d'un même concept. Soient donc deux êtres simples en connexion A et B; sous un point de vue accidentel on peut représenter la qualité simple de A par une expression complexe a -}- ^ + y; mais alors on peut aussi concevoir que la qualité simple de B soit susceptible d'être représentée par l'expression complexe ja -+- v — Y '. De là d'importantes conséquences que nous allons bientôt faire connaître, après avoir répondu à une objection que ne peut manquer de soulever la forme même de cette dernière expression. Eh quoi? dira-t-on, en faisant entrer ( — y) dans l'expression de B ne se met-on point en contradiction avec le principe qui proscrit toute détermination négative de l'être simple? Pour voir le peu de

i. AUgemeine Mclaphysik,$ 222. '■•

fondement de cette critique, il suffit de remarquer qu'il s'agit ici d'un point de vue purement accidentel. La négation n'a rien d'absolu; mais elle est simplement relative à l'opposition de A et de B. Ne voyons-nous pas qu'en algèbre on affecte du signe négatif les longueurs comptées sur l'abscisse gauche et sur l'ordonnée inférieure, alors que ces longueurs ont en elles-mêmes la môme valeur absolue que celles qui sont comptées sur l'abscisse droite ou sur l'ordonnée supérieure? Ne voyonsnous pas qu'en mécanique on considère comme négatives des forces qui en elles-mêmes sont tout aussi positives que celles auxquelles on attribue le signe (-j-)? C'est ainsi, pour prendre un exemple plus rapproché du cas qui nous occupe, qu'entre deux couleurs simples on peut concevoir une opposition partielle, susceptible d'être exprimée par l'opposition de l'affirmation et de la négation, quoique chaque couleur soit en elle-même parfaitement positive *.

L'emploi du signe ( — ) se trouvant ainsi justifié, on voit immédiatement que si l'on rapproche dans la pensée les expressions accidentelles de A et de B, comme on y est invité par l'hypothèse même de la connexion entre ces deux êtres simples, les termes semblables et de signe contraire (-f- y) et ( — y) se détruisent réciproquement, de telle sorte qu'il reste seulement la somme (a -h ,3 -+- UL -+- v). — Gomment interpréter ce résultat? Est-ce à dire que dans les deux êtres simples A et B deux parties s'annihilent réciproquement? Cela est doublement impossible, puisque d'une part les êtres simples n'ont pas de parties, et que d'autre part leur qualité ne saurait être ni augmentée ni diminuée. Ainsi deux êtres

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