‹ La métaphysique de Herbart et la critique de KantChapitre 50 sur 172 · Alli/i-'tneinc Metaphjsik · texte numérisé non relu

Alli/i-'tneinc Metaphjsik

On ne saurait en effet contester à cette conception de la causalité une très réelle originalité. Mais on peut se demander si elle suffit à tout expliquer, car ce fait même que les êtres sont tantôt ensemble et tantôt séparés doit avoir une cause. Quelle sera donc la nature de celte cause qui, à coup sûr, ne saurait être ramenée à l'action réciproque de deux êtres en connexion, puisque c'est justement le fait même de celte connexion qu'il s'agit d'expliquer? Nous verrons plus tard quelle est la réponse, d'ailleurs peu satisfaisante, à notre gré, que l'auteur fait à cette question.

Indépendamment de cette difficulté qui constitue un des côtés ruineux de la doctrine, d'autres questions se posent, auxquelles il importe dès maintenant de donner une réponse. Existe-t-il un rapport quelconque entre les deux manières dont Ilerbart a conçu la causalité, entre la cause considérée comme la raison des propriétés multiples des corps, et la cause envisagée comme consistant dans l'action réciproque de deux êtres simples en connexion? Ce rapport on peut le soupçonner, mais on ne l'aperçoit pas immédiatement. On ne voit pas davantage, d'une part comment la cause au premier sens du mot détermine dans le sujet la représentation des qualités sensibles des corp?, d'autre part en quoi consistent exactement ces perturbations et ces actes de conservation individuelle auxquels se ramène la causalité sous sa seconde forme. Tous ces points obscurs vont se trouver simultanément éclaircis par un rapide coup d'œil jeté sur le problème du moi, et sur les conséquences importantes auxquelles conduit sa solution.

Le problème du Moi. L'âme substance.

Le problème du Moi qui constitue le point d'attache manifeste entre la philosophie de Ilerbart et celle de son maître Fichte, est fondamental chez l'un comme chez l'autre. Il n'est plus sans doute chez le premier, comme chez le dernier, le problème unique et exclusif de la science; mais il a été du moins, comme nous l'avons vu, d'après le témoignage formel de Ilerbart, le point de départ de toutes ses investigations psychologiques et métaphysiques, et c'est en le résolvant qu'il a cru trouver le moyen de résoudre tous les autres. On comprend donc que la théorie du Moi soit de nature à jeter quelque lumière sur ce qu'il peut y avoir d'obscur dans le reste de la doctrine.

Toutefois le Moi que nous allons considérer n'est plus le Moi de Fichte, le Moi caractérisé par l'identité du sujet et de l'objet, quoique celui-ci puisse lui-même conduire indirectement au but que nous nous proposons. En efifet ce que nous cherchons actuellement à déterminer, c'est le réel, c'est l'être. Or nous avons vu que l'analyse du Moi sujet-objet conduit à faire naître le sujet de l'antagonisme des représentations qui se détruisent mutuellement (sich einander aufheben), de telle sorte que, comme l'objet se confond d'ailleurs avec le sujet, le Moi n'est plus alors qu'une place vide (eine leere Sicile), le centre commun (der Mittelpunct), le point de croisement des représentations (der Erkreuzungspunct der Vorstcllungen). Le Mol sujet-objet n'en est pas moins donné, et la psychologie aura j^i déterminer la

genèse de ce concept, mais il est donné à la manière de l'espace et du temps, comme une pure forme, sans réalité. C'est ce que l'on pouvait d'ailleurs prévoir, puisque le Moi, conçu comme l'identité du sujet et de l'objet, est obtenu, grâce à une abstraction supérieure, par l'élimination de toutes les déterminations particulières, qui seules sont réelles, et sans lesquelles il ne saurait lui-même exister, car chaque représentation en particulier peut bien être considérée comme accidentelle (zufiillig), mais il n'en est pas de même de toutes prises ensemble. C'est ainsi qu'une table à plusieurs pieds peut bien encore se tenir debout quand on vient à supprimer alternativement l'un ou l'autre, parce qu'elle est alors soutenue par ceux qui restent, mais sans qu'on puisse les supprimer tous simultanément. En rétablissant ces déterminations particulières, c'est-à-dire les représentations diverses, simultanées ou successives, dont le Moi sujet-objet n'est que le point de croisement, on retrouve le Moi individuel constitué par l'aggrégat de ces représentations. C'est le Moi tel qu'il est donné par la conscience commune, le Moi dont chacun entend parler quand il parle de lui-même. Nul n'oserait soutenir que si j'étais né à Péking ou à Orinoko mon Moi serait le Moi qu'il est réellement. C'est là le Moi réel, dont la « Moiitié » (die Ichheit) n'est que le concept abstrait.

Or le Moi individuel présente absolument les mêmes caractères que ces choses douées de propriétés multiples et changeantes (Dinge mit mehreren und verânderlichen Merkmalen), dont nous avons appris à déterminer la véritable signification. Pour résoudre les contradictions qu'il présente, il suffira donc de lui appliquer de la même manière la méthode des rapports. En tant qu'il nous apparaît comme un dans la multiplicité de ses affec-

tions simultanées nous serons ainsi conduits à poser un être simple substance, en connexion avec une pluralité d'autres êtres simples, causes de ses diverses déterminations particulières; et en tant qu'il apparaît comme identique sous la succession d'affections sans cesse changeantes, nous serons conduits à poser comme permanent Têlre simple substance, en connexion avec divers groupes d'autres êtres simples qui, tantôt unis avec lui et tantôt séparés, seront les causes de ses affections successives. Cet être simple, substance permanente, c'est justement ce que l'on est convenu d'appeler âme.

Que se passe-t-il cependant dans la connexion de l'àme avec les autres êtres simples? Gomme toujours, des perturbations et des actes de conservation individuelle. Et que sont ces actes de conservation individuelle? La réponse impossible dans tout autre cas devient ici facile : les actes par lesquels l'âme se conserve vis-à-vis des êtres simples avec lesquels elle entre en connexion, ce sont ses représentations '. Il ne s'agit pas ici d'ailleurs de représentai ions complexes, comme celle d'un arbre ou d'un animal, mais de représentations simples, saveurs, odeurs, sons, etc. Il faut cependant excepter les couleurs, qui, en vertu du mécanisme psychique, apparaissent toujours comme répandues sur une surAice, bien qu'elles soient en elles-mêmes des représentations simples, comme les saveurs ou les odeurs *. C'est par analogie avec nos propres représentations que nous pouvons concevoir, mais non pas connaître, ce que sont chez les autres êtres les actes de conservation individuelle. De même dans la doctrine de Leibniz c'est par

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