‹ La métaphysique de Herbart et la critique de KantChapitre 61 sur 172 · Allgemeinc Metaphysik, S · texte numérisé non relu

Allgemeinc Metaphysik, S

que, si Herbart avait connu les travaux de Gauss sur l'espace à N dimensions, il aurait saisi avec empressement l'occasion d'utiliser en métaphysique cette audacieuse conception mathématique, et n'aurait pas songé à identifier l'espace intelligible avec l'espace sensible.

Toutefois il faut reconnaître que sa doctrine se serait trouvée de ce fait profondément modifiée et plus décidément orientée du côté de l'Idéalisme. En effet l'identification de l'espace intelligible avec l'espace sensible, avec l'espace des géomètres a d'importantes conséquences au point de vue de la connaissance : grâce à elle on conçoit que les constructions a priori de l'esprit pussent s'appliquer exactement aux phénomènes donnés dans l'expérience : elle permet donc d'établir la légitimité delà géométrie, remplissant ainsi dans la doctrine de Ilerbartle même rôle que la théorie de l'espace forme a priori de la sensibilité dans le système de Kant. Malheureusement, comme nous l'avons vu, cette identification repose sur la pétition de principe impliquée dans la construction de l'espace intelligible.

Mais, sans insister plus longuement sur des critiques trop faciles il vaut mieux chercher à nous placer au point de vue de l'auteur et nous demander quelle est exactement la conception qu'il se fait de cet espace si péniblement construit.

Bien que l'espace sensible et l'espace intelligible présentent les mêmes caractères, ils diffèrent considérablement par leur origine aussi bien que par leur rôle : le premier, engendré par une opération inconsciente du mécanisme psychique, est le lieu des changements et des mouvements apparents; le second, construction de la pensée consciente et réfléchie, de la pensée métaphysique, est en quelque sorte le lieu des êtres réels, et c'est

en lui qu'est conçue cette sorte de va-et-vient des êtres simples qu'impliquent leurs connexions et leurs séparations successives. Il semblerait donc que l'espace intelligible dût s'opposer à l'espace sensible comme l'être s'oppose au phénomène. Mais le réalisme de Herbart ne va pas jusque-là : pas plus que l'espace sensible, l'espace intelligible n'est réel. En effet la contradiction ne saurait avoir accès dans la réalité : or l'espace intelligible tout aussi bien que l'espace sensible est éminemment contradictoire, puisqu'il doit être en définitive conçu comme continu et que la continuité implique de multiples contradictions. Qu'est-ce donc que l'espace intelligible? Pour répondre à cette question, il suffit de faire réflexion sur la manière même dont il a été engendré. Le point de départ de toute la construction est le lieu : or la notion de lieu est obtenue quand on considère la possibilité d'être ensemble pour deux êtres simples qui sont cependant conçus et maintenus séparés (Wir erhalten den Begriff des Orts indem wir im Nichtzusammen dennoch die Môglichkeit des Zusammens festhalten*). Gomme la construction tout entière repose sur des possibilité de ce genre, on voit que l'espace lui-même avec ses diverses déterminations est une pure possibilité *. En d'autres termes, l'espace n'est rien ; c'est un pur néant (ein vôlliges Nichts); ou du moins il n'est rien en soi, rien non plus pour les êtres considérés en eux-mêmes et dont chacun existe pour soi, indépendamment de tous les autres. Il n'est môme point à proprement parler le lieu des êtres simples, mais seulement de leurs images (Bilder); il n'existe que dans et par l'esprit qui le pense. C'est ainsi que les divers rapports entre deux langues, entre le gréa

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