‹ La métaphysique de Herbart et la critique de KantChapitre 64 sur 172 · Th. de utlr. cl. princ. met., $ il · texte numérisé non relu

Th. de utlr. cl. princ. met., $ il

en effet a pour forme l'espace et pour éléments les êtres simples : il s'agit seulement de se demander quelle situa, tion les êtres simples ou plutôt leurs images doivent occuper dans l'espace intelligible pour engendrer la matière.

Or si nous considérons d'abord deux seulement de ces êlres réels, il est facile de voir que quatre cas peuvent se présenter : 1" les deux êtres simples sont à une dislance rationnelle l'un de l'autre; 2" ils se trouvent à une distance irrationnelle, c'est-à-dire aux deux extrémités d'une ligne qui n'est point susceptible d'être représentée par un nombre exact de points, entier ou fractionnaire; 3" ils sont en connexion parfaite, c'est-à-dire se pénètrent entièrement; 4° ils forment une connexion imparfaite (ein unvoUkommenes Zusammen), c'est-à-dire sont entre eux comme les points extrêmes d'une hypothénuse et d'un côté de l'angle droit qui doivent en quelque sorte rentrer l'un dans l'autre, mais non pas complètement, parce qu'entre l'hypothénuse et le côté de l'angle droit il n'existe point en général de commune mesure. Or, de ces quatre cas possibles le dernier seul nous offre actuellement de l'intérêt. En effet si les deux êtres sont à une distance quelconque l'un de l'autre soit rationnelle, soit irrationnelle, il ne se produit manifestement rien. S'ils sont en connexion parfaite il se produit seulement ces perturbations et ces actes de conservation individuelle que nous avons appris à connaître. Mais supposons que les deux êtres simples ne se pénètrent que d'une manière incomplète : que se passera-t-il? On aura une perturbation moindre et un moindre degré de l'acte de conservation individuelle? Peut-être; la réponse n'est pas précisément fausse; mais quelques éclaircissements sont indispensables.

Remarquons que notre conception même d'une péné-

tration incomplète de deux êtres simples est une pure fiction, car elle suppose des parties chez des êtres qui par nature n'en sauraient avoir. Toutefois c'est une fiction qui devient nécessaire du moment où nous faisons intervenir des considérations spatiales et qu'il faut conserver sans s'illusionner sur sa véritable signification. Mais dès lors que nous accordons fictivement aux êtres simples des parties, nous devons leur attribuer une figure et la seule figure qui leur convienne est évidemment celle d'une sphère. Nous pourrons donc les considérer comme des sphères, et comme des sphères égales, car il n'y a manifestement aucune raison pour faire intervenir entre elles des différences de dimension. Quelle serait cependant la conséquence d'une pénétration incomplète? II devrait y avoir perturbation et par conséquent acte de conservation individuelle, là seulement où la pénétration a lieu. Mais cette conception est insoutenable, car elle consisterait à transporter la fiction au sein même de la réalité, et à attribuer positivement et non plus" fictivement des parties aux êtres réels qui n'en comportent pas. II faut donc admettre que la perturbation et l'acte de conservation individuelle se produisent également dans la totalité de la sphère imaginée, mais à un degré moindre qu'au cas d'une pénétration complète. Gela étant, comme l'état extérieur doit manifestement se régler sur l'état interne, le seul réel, puisque la perturbation et les actes de conservation ont également lieu dans la totalité de chaque sphère, la connexion incomplète ne pourra subsister, les deux êtres simples devront arriver à une parfaite pénétration. Cette nécessité en vertu de laquelle deux êtres simples en connexion imparfaite tendent à se pénétrer totalement n'est autre cho.<?e que celte force connue sous le nom de force d'attraction.

Des deux forces constitutives de la matière, d'après l'opinion courante des physiciens, adoptée par Kant dans sa Métaphysique de la nature, la première se trouve donc expliquée. Quant à la seconde, la force de répulsion, il faut, pour en rendre compte, faire intervenir un troisième élément. Considérons donc non plus deux mais trois êtres simples dont deux seront supposés identiques. Soient A et A' les deux êtres identiques, B le troisième. Admettons en outre que B soit placé entre A et A' de telle sorte qu'il soit en état de pénétration partielle avec chacun d'eux. D'après ce qui précède, et en vertu de la force d'attraction, cette pénétration partielle devrait devenir une pénétration complète; mais pour cela il faudrait que B fût capable d'un acte complet de conservation vis-àvis des éléments A et A'. Or le contraire est possible et, en pareil cas, comme l'état extérieur doit toujours se régler sur l'état interne, les deux A ne pourront pénétrer complètement en B. On voit par là en quoi consiste la force répulsive qui s'oppose à la force attractive. Il se produira en définitive un état d'équilibre dans lequel A et A' pénétreront partiellement en B.

Voilà donc la matière avec les deux forces primitives d'attraction et de répulsion qu'on lui attribue; mais il est clair, d'après ce qui précède, que ce ne sont là que des forces apparentes qui ont leur origine dans des conditions déterminées et qui pas plus que toute autre force ne doivent être considérées comme inhérentes aux êtres eux-mêmes : après comme avant, il n'y a de réel que ces êtres et leurs actes de conservation individuelle qui déterminent les rapports spatiaux dans lesquels ils nous apparaissent. Quant à la forme même d'étendue qu'affecte la matière, il suffit pour la voir naître de considérer avec B non plus seulement deux mais plu-

sieurs A : chacun de ces derniers tendra à pénétrer en B mais n'y réussira que partiellement suivant un rapport déterminé par le nombre des A. L'ensemble constitué par les A et par B occupera dès lors dans l'espace intelligible plus qu'un point mathématique : il se formera une molécule (ein Klûmpchen) dont la densité sera déterminée par le rapport même des forces d'attraction et de répulsion. Prenez enfin plusieurs B dont chacun pénétrera partiellement dans les A : la molécule s'accroîtra et vous aurez une masse matérielle, un corps (eine kôrperliche Masse).

Une telle masse offre le caractère de solidité. Ne pourrat-elle donc être rompue? Il faudra pour cela ou bien que l'état extérieur soit empêché de se conformer plus longtemps à l'état interne — c'est ce qui se produit dans le cas d'une action mécanique; ou bien que les étals intérieurs en se modifiant deviennent tels qu'ils exigent un nouvel arrangement externe — c'est ce qui arrive dans le cas d'une action chimique. Dans un cas comme dans l'autre, cette séparation des parties n'a point lieu sans une résistance déterminée par la force d'attraction, et cette résistance croît à mesure que les éléments sont éloignés davantage de leur état d'équilibre, jusqu'au moment où cesse complètement leur pénétration réciproque : à cet instant la masse se rompt subitement puisque avec la pénétration incomplète s'évanouit la force de cohésion. Mais il peut arriver que la cause perturbatrice soit incapable, de triompher de la résistance qu'elle rencontre, et si elle cesse d'agir les éléments reprennent aussitôt leur situation première : toute matière est donc nécessairement élastique.

Nous pouvons maintenant déterminer dans quelle mesure il est permis de parler de l'impénétrabilité de la

matière. Considérons en même temps que la masse matérielle constituée par des éléments A et B, une autre masse constituée par des éléments G et D. Deux cas se présentent où la pénétration de CD dans AB sera possible : 1° lorsqu'il n'y aura pas opposition entre les qualités des êtres A et B d'une part, G et D d'autre part, de telle sorte que par le fait de CD il ne se produise pas de modification dans l'état interne, ni par conséquent dans l'arrangement externe de AB — c'est ainsi que la lumière traverse les corps diaphanes; 2" lorsqu'au contraire l'opposition entre les éléments A et B d'une part, G et D d'autre part pourra déterminer un arrangement nouveau — et c'est le cas des combinaisons chimiques.

Enfin une dernière conséquence importante de la façon même dont la matière est engendrée, c'est qu'elle ne constitue point un tout continu. Pour chaque état particulier de la matière en effet les éléments occupent une place fixe et déterminée, et le nombre des éléments qui constituent une molécule est fini. Dès lors s'évanouissent les difficultés relatives à la divisibilité à l'infini de la matière *.

Gette théorie ingénieuse et originale, qui a du moins le mérite de déduire a priori des principes posés les propriétés essentielles de la matière, n'est pas sans présenter de nombreuses difficultés que l'auteur lui-même n'hésite pas à reconnaître. Son inconvénient le plus grave est de recourir à des fictions qui ont, au premier abord, quelque chose de choquant, d'attribuer par exemple l'étendue et une forme déterminée à des êtres qui par nature sont absolument simples. Mais il faut d'une part tenir compte de l'obscurité même d'une ques-

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