‹ La métaphysique de Herbart et la critique de KantChapitre 65 sur 172 · AUgemeine Metaphijsik, $ 2C · texte numérisé non relu

AUgemeine Metaphijsik, $ 2C

tion qui a été de tout temps une source féconde d'hypothèses invraisemblables, depuis Platon jusqu'à Leibniz, depuis la dyade du grand et du petit jusqu'au vinculum substantiale, et remarquer d'autre part que les fictions ne portent que sur la manière dont les êtres simples sont conçus dans l'espace intelligible, c'est-à-dire à proprement parler sur leurs images plutôt que sur euxmêmes. Si la matière a son fondement dans la réalité, à savoir dans les êtres réels dont les actes de conservation individuelle déterminent les forces d'attraction et de répulsion aussi bien que la situation relative des éléments, elle n'est elle-même qu'une apparence, une apparence vraie pour tout sujet pensant, quelque chose d'analogue aux phœtio?nena benc fundata de Leibniz, quoique en un sens un peu différent puisqu'elle ne tombe pas sous les sens : elle est, comme nous le verrons plus loin, une apparence objective (ein objectiver Schein); et les contradictions qui doivent être rigoureusement exclues de la réalité, sont inévitables dans le monde des apparences tant objectives que subjectives, puisque ces apparences ont pour forme commune l'espace, sensible ou intelligible, c'est-à-dire un concept éminemment contradictoire.

Le mouvement. La vitesse. Le temps.

L'élude de la matière nous a montré les êtres simples ou plutôt leurs images fixées en quelque sorte dans le lieu que leur fournit l'espace intelligible. Mais la matière nous apparaît comme le sujet do porpoluelles modifications, et les apparences changeantes du monde sensible nous conduisent à considérer comme tantôt

ensemble et tantôt séparés les êtres simples qui doivent en fournir rexplication. Le passage des êtres simples de l'état de connexion à l'état de séparation et réciproquement implique chez eux une sorte de va-et-vient, et par conséquent un mouvement de leurs images dans l'espace intelligible. Nous rencontrons ainsi sur notre chemin ce concept du mouvement qui a si fort embarrassé les philosophes de tous les temps et auquel Zenon d'Elée a emprunté ses plus fameux arguments contre la réalité du monde sensible.

Or, abstraction faite des mouvements résultant des forces d'attraction et de répulsion qui ne s'exercent que dans les connexions imparfaites, quelle sorte de mouvement convient-il d'attribuer aux êtres simples ou à leurs images? L'être réel est immuable dans la qualité simple qui constitue son essence; et tant qu'il n'entre pas en connexion complète ou incomplète avec deux ou plusieurs autres êtres simples, il ne se produit en lui absolument rien. Dès lors, en un point quelconque de son mouvement il est ce qu'il était au moment précédent et ce qu'il sera à l'instant suivant : dans ces conditions, son mouvement ne saurait être qu'un mouvement rectiligne et uniforme. La physique n'admet-elle pas que dans le monde sensible lui-même tout mouvement commencé persiste indéfiniment avec la même vitesse et dans la même direction, tant qu'aucune action étrangère ne vient s'exercer sur le mobile? Or les mathématiciens nous apprennent gue le mouvement uniforme peut être considéré comme le produit de deux facteurs, la vitesse et le temps : ce sont ces deux facteurs qu'il nous faut tout d'abord analyser.

Qu'est-ce donc que la vitesse? La vitesse, répond Herbart, c'est le chemin parcouru pendant un instant (ein

Jetzl), c'est-à-dire pendant un élément du temps, que nous devons tout d'abord considérer comme indivisible. Ce chemin peut être conçu comme étant toujours une fraction du point, dont la construction même de l'espace nous a conduits à admettre la divisibilité, fraction d'autant plus considérable que la vitesse est elle-même plus rapide. Sans doute cette définition de la vitesse implique une contradiction, puisque le mobile est conçu comme occupant simultanément plusieurs lieux, sans sortira vrai dire du point; mais elle a du moins l'avantage de permettre une réponse facile aux arguments dirigés par Zenon contre la possibilité du mouvement. On voit par exemple qu'Achille atteindra la tortue, que le mobile le plus rapide atteindra le plus lent lorsque la distance qui les sépare sera devenue inférieure à la différence entre ces deux fractions du point qui constituent leurs vitesses respectives.

La notion de direction va cependant susciter une difficulté nouvelle. Si en effet on suppose que le mobile est à la fois en A et en x^ kx désignant une fraction du point A correspondant à la vitesse du mobile, on voit immédiatement qu'il est impossible de distinguer la direction kx de la direction ^A : il faut donc reconnaître que dans le cas de la direction A^, le mobile est d'abord en A puis en x\ que dans le cas de la direction xky le mobile doit être conçu comme d'abord en x^ puis en A, ce qui conduit à distinguer dans l'élément môme du temps un avant et un après (ein Vorher und ein Nachher). Aussi bien quand les contradictions ne portent point sur les réalités mômes il n'est ni possible, ni nécessaire de les résoudre : il suffit d'arriver à les connaître exactement par une analyse attentive '.

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