AUgemeine Melaphysik
Considérons maintenant le temps. Dans ce produit qu'est le mouvement, le temps peut être conçu comme le multiplicateur, alors que la vitesse est le multiplicande; mais cela même n'est pas sans exiger quelques explications. La vitesse est une quantité intensive puisqu'elle est susceptible de degrés; or la multiplication d'une telle quantité peut être faite de plusieurs manières différentes. D'abord elle peut avoir lieu intérieurement en quelque sorte et déterminer ainsi un accroissement du degré : c'est ainsi que la chaleur d'un corps peut devenir 2, 3, 4... n fois plus grande. En second lieu la multiplication peut se faire pour ainsi dire extérieurement de telle sorte que le quantum soit augmenté sans que le degré même s'accroisse : c'est ainsi que dans une salle de température homogène, on aura une quantité totale de chaleur 2, 3, 4... n fois plus grande en prenant des volumes 2, 3, 4... n fois plus grands, sans que le degré même de la chaleur subisse d'accroissement. Enfin un dernier cas peut se présenter et c'est justement celui du mouvement uniforme : la vitesse demeure toujours la même, sa quantité intensive n'est point accrue, et d'autre part, c'est toujours un seul et même mobile qui subsiste en différents lieux de l'espace avec une vitesse constante. Qu'est-ce à dire? Aussitôt que le mobile est posé en un lieu, on doit supprimer cette position, pour poser le. mobile en un autre lieu contigu au premier (aneinander), et ainsi de suite. On a donc ainsi une série de positions aussitôt supprimées. Si l'on néglige les suppressions successives qui ne servent qu'à empêcher les positions de tomber en une seule, ce qui aurait pour effet de déterminer un accroissement du degré, c'est-à-dire de la vitesse, on a simplement une série de 2, 3, 4... w positions. La vitesse se trouve ainsi multipliée pour un seul
et même mobile, sans subir en elle-même d'accroissement, et le multiplicateur est justement le temps. Le temps est donc le nombre des positions, ou en d'autres termes le nombre du changement : « die Zeit est die Zabi des Wechsels * ». C'est la formule d'Aristote : xpovoç àp'.Oaôs tT,^ x'.v/.Tîtos. De là il résulte que sans le changement il n'y aurait point de temps. Il n'y a donc point à proprement parler de temps pour l'être simple, identique et immuable. On peut dire cependant que celui-ci dure en ce sens qu'il est là (vorhanden ist) pendant tous les changements successifs (wàhrend des Wechsels), qui toutefois ne l'atteignent point en lui-même ^
D'après l'analyse présente, le temps nous apparaît comme une série d'instants : or chacun de ces instants étant comme un point, le temps peut être considéré comme un analogue de l'espace, ou du moins de l'espace à une seule dimension, de la ligne; non point encore de la ligne continue, mais de cette ligne fixe (starre Linie) dont il a été question dans la construction de l'espace intelligible. De la sorte le temps nous apparaît jusqu'ici comme exempt de toute contradiclion : toutes les difficultés que présente le mouvement se trouvent reportées sur son autre élément, c'est-à-dire sur la vitesse. Cependant on ne saurait s'en tenir à cette conception dès que l'on considère non plus un seul, mais plusieurs mouvements. Le temps doit être le même pour tous les mouvements, puisque dans l'analyse précédente il n'a été tenu aucun compte des divers degrés possibles de la vitesse. Or étant donné un premier mouvement, le temps qui mesure ce mouvement pourra être repré- Benté par une ligne susceptible d'être prolongée à l'infini