Allgemeine Metaphysik
qu'apporte l'auteur à déterminer avec le plus d'exactitude et de précision possible les concepts qu'il emploie. Mais nous arrivons maintenant à la partie vraiment importante de la Synéchologie et, par la détermination définitive de ce qu'il convient d'entendre par le mouvement des êtres simples, nous allons nous trouver en mesure d'établir le véritable caractère du réalisme de Herbart.
On entrevoit déjà, d'après ce qui précède, que le mouvement ne saurait être véritablement attribué aux êtres simples, ne saurait être considéré comme un prédicat du réel. Et cependant ils doivent être conçus comme tantôt ensemble et tantôt séparés : que se passe-t-il donc dans l'intervalle de leurs connexions? Il se produit une simple apparence; mais, comme nous allons le voir une apparence vraiment objective, c'est-à-dire indépendante du sujet, et non pas conditionnée par sa nature propre, comme l'est chez Kant le phénomène prétendu objectif et qui n'est qu'universellement subjectif.
Revenons à nos deux êtres simples A et B qu'il faut concevoir comme séparés antérieurement à leur connexion. La construction de l'espace intelligible peut avoir son point de départ dans un être simple quelconque : en posant A nous posons donc du même coup l'espace intelligible qui aurait en lui son origine, avec toutes ses déterminations. Dès lors jetant sur B le filet de l'espace (das Netz des Raums), nous cherchons à lui imposer dans cet espace, qui est celui de A, un lieu déterminé; mais comme B est totalement indépendant de A, il échappe à ce rapport spatial que l'esprit voudrait lui imposer. L'esprit qui l'a posé en un lieu est obligé de supprimer ea position pour la répéter au point suivant et ainsi de suite : l'être B semble donc se mouvoir sans
toutefois jamais sortir de l'espace qui n'est que la possibilité générale de concevoir ensemble deux êtres réellement indépendants l'un de l'autre (die Môglichkeit der Zusammenfassung *) : sa direction et sa vitesse sont déterminées par la manière même dont il échappe continuellement à la relation que l'esprit voudrait lui imposer. (Die Geschwindigkeit und die ihr inwohnende Richtung sind die Bestimmungen wie und inwiefern die Zusammenfassung misslingt '.) Le mouvement apparent de l'être simple tient donc uniquement à la forme de l'espace et par conséquent n'a lieu que pour le spectateur, puisque l'espace lui-même est un apport de la part du spectateur (ein Zusatz von Seiten des Zuschauers).
Jusqu'ici le réalisme de Herbart semble bien voisin de l'idéalisme et particulièrement de l'idéalisme transcendantal de Kant; mais les différences ne vont pas tarder à apparaître. Si le mouvement n'a lieu que dans et pour le spectateur, il ne dépend cependant en aucune façon du sujet. On peut, dit Herbart, concevoir l'intelligence avec l'espace qu'elle construit, mais conformément à l'occasion qui lui en est donnée (gemiiss der gegebenenVeranlassung), comme un miroir où viendraient se peindre les images des êtres simples : ces images ne sont que dans le miroir mais leur situation respective aussi bien que leur état de mouvement ou de repos ne dépendent point de l'intelligence et lui sont au contraire imposés. Il résulte de là que les diverses relations spatiales dans lesquelles apparaissent les êtres simples sont totalement indépendantes du sujet et demeurent identiques, quelque soit le spectateur. En l'absence même de tout spectateur réel, toutes choses se passeraient de même pour un spec-