‹ La métaphysique de Herbart et la critique de KantChapitre 72 sur 172 · Allgemeine Metaphysik · texte numérisé non relu

Allgemeine Metaphysik

odeur, saveur, etc., qui ne sont que les actes de conservation individuelle propres au sujet, pour ne considérer en elle que les éléments simples et les mouvements dont ils sont animés. C'est ainsi que la physique se représente le monde comme n'étant, indépendamment de tout sujet sentant, que le vaste domaine, obscur et muet, où les atomes entrelacent sous d'innombrables formes différentes leurs mouvements réguliers et rythmés. Toutefois la métaphysique n'est pas la science : elle ne cesse pas de mériter son nom : elle va plus loin que la physique; et pénètre jusqu'à l'être même, alors que celte dernière, franchissant seulement le domaine des apparences subjectives, s'arrête à l'apparence objective. Pendant que la physique conçoit l'espace et le mouvement comme des réalités, la métaphysique reporte dans le sujet luimôme l'espace et les mouvements divers qui s'y produisent, concentrant toute la réalité dans les êtres simples et leurs actes purs de conservation individuelle. Pendant que la physique attribue réellement l'étendue à ses atomes, la métaphysique n'accorde la forme et la divisibilité idéale qu'aux images des êtres simples, pures fictions auxquelles l'esprit est obligé d'avoir recours pour se représenter la réalité. Pendant que la physique enfin affirme l'impénétrabililé de ses atomes, la métaphysique considère ses êtres simples comme entièrement pénétrables les uns aux autres, si bien que leur pénétration réciproque constitue un des principes fondamentaux sur lesquels repose tout le système.

En résumé la doctrine de Herbart est bien une forme du réalisme; mais elle est, pourrait-on dire, un réalisme idéaliste. Elle est réaliste en ce qu'elle affirme la réalité de l'être et même d'une multiplicité incalculable d'êtres, dont chacun existe en soi et pour soi , en ce qu'elle

attribue à la matière même un fondement réel, et non pas seulement idéal, en dehors du sujet. Mais elle est idéaliste en ce qu'elle refuse à l'espace, au temps, au mouvement toute réalité, et ne voit dans les deux premiers que des formes pures, engendrées soit par le mécanisme psychique, soit par la réflexion métaphysique, qui n'est elle-même, en dernière analyse, qu'un produit plus complexe et plus éloigné -du mécanisme psychique *. Elle est réaliste et dogmatique en ce qu'elle voit dans les choses le fondement de la connaissance que nous en avons, en ce qu'elle affirme la possibilité pour l'esprit d'arriver à connaître exactement des rapports et des relations vrais (die Verhallnisse und Zusammenstellungen richtig erkennen) '. Mais elle est idéaliste et relaliviste en ce qu'elle refuse à l'intelligence le pouvoir de se représenter les choses telles qu'elles sont en elles-mêmes (an kein eigentliches Abbilden der Dinge, wie an sich sind, zu denken Ist) ', et de connaître les qualités vraies des êtres et de l'âme elle-même. Ces différents caractères de la philosophie de Herbart apparaîtront plus clairement dans la suite, par une comparaison attentive de la doctrine avec les systèmes dont elle procède et particulièrement avec l'idéalisme kantien.

Derniers problèmes de la philosophie naturelle.

L'étude métaphysique de l'espace et du temps, du mouvement et de la matière fournit à la philosophie de la nature ses principes et ses fondements. Nous ne sui-

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