CHAPITRE VI
Dieu et la finalité.
La solution antithétique que donne Herbart de la quatrième des antinomies kantiennes nous conduit naturellement à dire quelques mots de ses conceptions Ihéologiques. Sa doctrine ne semble guère favorable à l'esprit religieux. Elle n'est en définitive qu'une sorte d'atomisme, un atomisme métaphysique et imprégné d'idéalisme. Pour elle comme pour l'atomisme matérialiste, il semble que Dieu soit une hypothèse dont la théorie n'ait que faire. Les connexions et les séparations successives des êtres simples d'une part, les complexions et les fusions de représentations d'autre part ', ne rendent-elles pas suffisamment compte de tout ce qui se passe dans le ciel comme dans les organismes, dans la nature comme dans l'âme? Le mouvement primitif attribué aux êtres simples n'explique-t-il pas l'origine même des
séries de phénomènes, tant des apparences objectives que du pliénomène réel? Les êtres simples existent en soi et par soi ; ils ne requièrent point de cause : la preuve de Texistence de Dieu tirée de la contingence du monde est donc vaine. Le mouvement des êtres simples, d'ailleurs purement idéal, est conçu comme originel et n'a point besoin de cause : l'argument du premier moteur est donc aussi sans valeur. Quant à la preuve ontologique, Ilerbart a appris de Kant et c'est là le plus grand service qu'il reconnaisse lui devoir, que l'existence ne saurait être impliquée dans aucun concept quel qu'il soit : la réfutation de l'argument de Descartes et de saint Anselme demeure pour lui la partie la plus solide et la plus durable de la Critique de la Raison pure.
Et cependant Herbart est un esprit éminemment religieux : sa conscience, à défaut de son système, ne saurait se passer de Dieu. « Tous les hommes, dit-il, en citant un vers du père des poètes, ont besoin des dieux » (bedurfen der Gôtter). La religion est un besoin de la vie et un besoin du cœur : sans elle l'existence ne serait d'aucun prix (geringfugig '). Ces considérations à vrai dire ne sauraient avoir une grande valeur pour un homme de concepts (cin Begriffmensch), pour un penseur qui recommande si instamment de se défier du sentiment. Les besoins moraux eux-mêmes ne sauraient avoir chez Herbart la même autorité que chez Kant, car en môme temps que la liberté transcendentale, il rejette le principe de l'obligation et fait reposer le devoir sur les idées morales, au lieu de faire découler les idées morales du devoir. Et cependant le système lui-même n'est point irrévocablement fermé aux conceptions théo-