Ibid., rcni. de la 2* cdil
de l'œil et du cœur. Il cite un passage de Fastronome Schubert, de Saint-Pétersbourg, déclarant que le rapport des masses des planètes qui constituent notre système solaire, assure à ce système une éternelle durée, à l'exclusion de tout autre, et rapportant à la sagesse divine le mérite d'un choix si avantageux à la conservation de l'ordre.
Et toutefois il reconnaît que le raisonnement qui de la finalité apparente dans les choses conclut à une fin préalableme^;it pensée, voulue et exécutée par une intelligence, ne saurait être considéré que comme une hypothèse hautement vraisemblable, qu'il ne faudrait pas cependant confondre avec une démonstration rigoureuse. Il a appris de Kant la prudente réserve qu'il convient d'observer en matière théologique. Et cette réserve se manifeste surtout dans sa tentative pour déterminer la nature et les attributs de Dieu. Nous ne pouvons connaître l'essence propre d'aucun être, pas même de notre âme : comment pourrions-nous donc espérer d'arriver à la connaissance de l'essence divine? Aussi raille-t-il l'audace présomptueuse de ces philosophes qui parlent de Dieu comme d'un objet scientifiquement connu, comme si les données ne nous manquaient pas pour arriver à une telle connaissance, et ne nous avaient peut-être pas été à dessein et sagement refusées. La religion, dit-il, n'aurait rien à gagner à une connaissance exacte et précise de la nature divine, car la religion repose tout entière sur l'humilité, la reconnaissance et la vénération (auf Demuth und dankbarer Verehrung), qui sont suffisamment assurées par la limitation même de notre savoir. Il ne faut donc pas demander à la science une réponse à des questions qui sont hors de la portée de la raison humaine; il doit suffire à l'esprit religieux que la spéculation fas^e
justice des systèmes qui, comme le Spinozisme et l'Idéalisme , lui sont manifestement défavorables , quoique cependant les âmes élevées (et c'est aussi une remarque de Kant) aient su de tout temps s'accommoder des plus mauvaises doctrines \
Il est impossible de méconnaître dans ces diverses considérations l'esprit même de l'auteur de la Critique, visible encore dans la manière dont ^Herbart a recours à la morale pour essayer de donner une précision relative à sa conception de la Divinité. Et cependant la Morale de l'un est profondément différente de celle de l'autre. Avec la liberté transcendantale * Herbart rejette le principe de l'obligation fondement de la morale kantienne. Ce qui est absolu pour lui, ce n'est pas le devoir, ce sont les jugements d'approbation (der Beifall) et de désapprobation (das Missfalien) ; il existe de tels jugements non seulement en ce qui concerne les actes moraux, mais aussi bien en ce qui concerne les productions de la nature et de l'art. Il faut restituer au bien son antique dénomination tô xa>vôv; le bien n'est qu'une espèce dont le beau est le genre; la Morale n'est qu'une branche de l'Esthétique. Son caractère distinctif consiste uniquement en ce que les jugements d'approbation et de désapprobation dont elle s'occupe ont pour objet le sujet lui-même et sa volonté, de telle sorte que, l'objet étant ici nécessairement donné, de tels jugements sont inévitables. Sans nous arrêter à la difficulté que présente l'existence de ces jugements primitifs (Ursprilnglich) dans une doctrine aussi nettement empiriste que l'est celle de Herbart, nous remarquerons avec lui que le travail logique en s'exerçant sur les jugements d'approbation et de désapprobation, parvient à en
1. Lehrbuch zur Einleilung in die Philosophie, $ 155. 8. Voir II* partie.
dégager certaines idées, les idées mêmes du beau et du bien, l'idée de la liberté interne (die innere Freiheit) qui consiste uniquement dans l'accord (Einstimmung) de la volonté (der Wille) avec le jugement (die Beurtheilung) ; l'idée de la perfection (die Vollkommenheit), l'idée de la bienveillance (das Wohlwollen) qui implique l'amour (die Liebe), l'idée de la justice (die Billigkeil) '. Toutes ces idées ont une valeur absolue, comme les jugements dont elles procèdent. Comme Kant dans sa dialectique de la Critique de la Raison pure, comme Schopenhauer, dans son Esthétique, comme Schelling et Hegel enfin, Herbart se souvient ici manifestement de Platon. Toutefois il se garde bien de réaliser ces idées : il ne les prend que pour ce qu'elles sont, c'est-à-dire pour de purs idéaux, jusqu'à ce que la Métaphysique vienne en quelque sorte leur fournir un substrat commun dans l'être intelligent, principe de l'ordre universel auquel conduit la considération de la finalité. C'est ainsi que la science spéculative et la science pratique, essentiellement distinctes dans leurs principes qu'on ne saurait confondre sans les plus graves inconvénients *, viennent cependant coïncider dans leurs résultats derniers. La Métaphysique est science du réel, l'Esthétique science de l'idéal; mais l'idéal est sans objet sans le réel, et le principe suprême de l'ordre manifesté dans le réel, demeure insuffisamment déterminé, tant qu'on ne l'identifie pas avec l'idéal : le réel conduit à poser lui-même l'idéal comme condition dernière du réel envisagé dans sa forme harmonieuse.
Dans un de ses plus anciens ouvrages [Ueber philosophisches Studiiim) Herbart, par manière de raillerie, a essayé d'exprimer, dans le langage obscur et allégorique