‹ La métaphysique de Herbart et la critique de KantChapitre 78 sur 172 · Voir supra, liv. I, chap. i · texte numérisé non relu

Voir supra, liv. I, chap. i

si en honneur dans Técole de Schelling, les conclusions dernières de sa philosophie. Nous ne pouvons résister à la tentation de citer tout au long ce passage, dont la traduction malheureusement ne peut donner qu'une idée fort imparfaite.

« La spéculation cherche le Très-Haut (das Hôchste). « Cet objet auquel elle aspire, le Premier (das Erste), le « Beau (das Schônste), l'Aimé (das Liebste) le lui dési- « gnent en quelque sorte du doigt (winken es ihr wie « mit einem Wink). Elle les appelle d'un seul nom : le « Saint (das Heilige).

« Obéissant au signe qui lui est fait, tout entière à ce « signe, et échappant à la tyrannie du sentiment qui har- « diment exige et impose, la spéculation reconnaît peu à « peu à la place de l'unité pressentie (statt des geahn- « deten Einen) la Trinité : forme pure, car les trois mem- « bres de cette Trinité habitent également (insgesammt) « en dehors du domaine de l'être (ausser dem Sein).

« Dans le lointain flottent (schwebt) le Premier et le « Beau, base infinie mais non point fixe (als Basis, uner- « messlich doch nicht starre) d'un mystique triangle, en « telle façon que si cette base venait à s'évanouir et à se « réduire à un point, l'Aimé, sommet du triangle, s'abais- « serait et viendrait se confondre avec eux (sicli scnken « wurde zusammenfallcnd mit jonen in Eins).

« Le Premier se laisse découvrir dans le Temps. II con- « duit à l'Être et par l'Etre au temps, et ainsi à l'éternel « contradictoire (zum ewigen Widerspruch), qui, pur « néant (cin lecres Nichts), fournit une clef qui n'est rien « pour les énigmes du monde qui ne sont rien (der « nichtige SchlUssel ist zu den nichtigen Raihseln der « Welt).

« Le Beau ne connaît point le Temps; il ne connaît point

a non plus l'Etre. Sans résister, mais sans le savoir, il « suivrait le maître commun de l'un et de l'autre (es « wiirde dem Meister folgen zu beidem). Doux, comme a il est, il se laisse exprimer en de durs oracles. Elles « retentissent sourdement les voix prophétiques, au loin a dans le temps, et au plus profond du cœur.

« Ne parlez pas de l'Aimé : ne le cherchez pas dans le « Beau ; ne le cherchez pas dans le Premier, ne le cher- « chez pas du tout.

« Par-dessus tout et au sein même de l'Être, Il est, le « Vrai (das Wahre). Par lui brille dans le Temps et dans « l'âme des hommes la constellation à la triple étoile (Die « Dreigestirne) '. »

Il nous est actuellement facile d'interpréter ce langage symbolique et volontairement obscur, qui contraste singulièrement avec le style ordinairement si clair et si précis de l'auteur. Le Beau, c'est l'objet suprême de l'Esthétique qui comprend en lui le Bien et auquel se rapportent tous les jugements d'approbation ou de désapprobation. L'Aimé c'est l'objet suprême de la bienveillance (das Wohlwollen), de l'Amour (Liebe) qui s'attache d'abord à l'humanité, mais pour la dépasser bientôt. Quant au Premier, pour le déterminer, il faut savoir qu'IIerbart, considérant la société humaine (die Gcsellschaft), est conduit à concevoir un empire des esprits (eine Gemeinschaft der Geister), analogue à la « socielas hominum atque Deorum » de Cicéron, à la « Cité de Dieu » de Leibniz, au « Royaume des Fins » (Reich der Zwecke) de Kant. C'est à cet empire des esprits que se rapporte le Premier, comme principe de l'ordre moral '.

1. Ut'ber philosophisches Studium: ûber Spéculation. Kl. Sch., I, p. 128-29.

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