Voir cliap. i
contradictoire : vaine apparence qu'il est, puisqu'il n'existe en définitive que dans et par le sujet, il fournit cependant, comme il a été établi plus haut, l'explication de notre monde d'apparences; il est la clef de l'énigme du monde sensible.
Le Beau est en dehors du temps : c'est le fond même de l'Esthétique de Schelling et de Schopenhauer, comme avant eux de Platon et de Plotin. Il se manifeste cependant d'une manière obscure, par la beauté sensible dans la nature, c'est-à-dire, dans le temps, et par la beauté morale dans le cœur de l'homme.
Le Vrai, c'est la science qui a son point de départ dans l'Etre, et qui conduit nécessairement à la conception d'une finalité non plus idéale, mais réelle, la finalité manifeste dans le monde. C'est à la science spéculative, à la métaphysique que l'idéal conçu par l'Esthétique doit de devenir une réalité. Le Premier, condition idéale de l'ordre moral, devient le Premier condition réelle de l'ordre physique; et en lui s'identifient du même coup le Beau et l'Aimé. La Trinité idéale devient une unité réelle : Dieu.
On voit clairement maintenant la méthode suivie par Herbart pour arriver à une détermination plus précise de la nature de Dieu, quoique son essence doive demeurer en elle-même absolument impénétrable. Elle consiste à combiner les résultats derniers de la science pratique avec ceux de la science spéculative. En tant que Dieu est le Premier, principe de l'ordre moral, chef suprême du royaume des esprits, il réalise en lui toutes les idées de la moralité : il est liberté interne, au sens où nous l'avons entendu plus haut, c'est-à-dire que sa volonté est toujours conforme à ses jugements esthétiques; il est Perfection, Amour, Justice, en un mot Sain-
teté *. En tant qu'il est le Premier, principe de Tordre physique, il est un, à cause de l'uniformité qui apparaît dans ses œuvres; il est sagesse (Weisheit), toute-puissance (Allmacht) *. Cependant Herbart n'entend pas la toute-puissance au sens absolu qu'on lui attribue fréquemment, au sens de Descartes ou de Duns Scot. Dieu ne peut faire un cercle carré : il est soumis à la nécessité géométrique comme à la nécessité logique. Dans les choses qu'il réalise, s'il en est qu'il choisit et veut expressément (vàhlt und schliesst), il en est d'autres qu'il ne fait que permettre (zulassen) ^ Il est bien le créateur des substances et en général de la nature (Schôpfer der Substanzen und in Grosse Schôpfer der Natur) ; mais il n'est pas le créateur des êtres simples eux-mêmes (der einfachen Realen). Comme le Dieu de Platon, il n'est qu'un démiurge organisateur, et doit compter avec les qualités propres essentielles à chaque être réel *. De là le mal qui se rencontre partout à côté du bien dans le monde; de là surtout le mal moral. Sa sagesse et sa puissance ne prévalent point contre les déterminations des hommes, et sa providence n'a point à se manifester dans la conduite des affaires humaines. « La suprême puissance ne « peut rien contre les combinaisons qui se produisent « d'elles-mêmes; à la suprême sagesse on ne saurait a demander la détermination de ce qu'elle attend elle- « même du développement spontané de l'humanité, par « exemple en ce qui concerne l'état et tout ce qui s'y « rattache. » (Aus der hôchsten Macht kann nichts folgen gegen die Combinationen die sich von selbst ergeben.
1. Lehrbuch zur Einleilung in die Philosophie, S 106, remarque.